‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 174 sur 235 · DE LA VENGEANCE · texte numérisé non relu

DE LA VENGEANCE

incapables; mais ce n'est pas l'intérêt public qui nous pique, c'est la jalousie et le cbagrin de n'avoir pas été nous-mêmes choisis : les places où nous aspirons ne sont jamais, selon nous, données au mérite; la faveur du maître et le bien de l'État ne nous paraissent jamais aller ensemble. On se donne pour amateur de la patrie, et on n'en aime que les honneurs et les prééminences : on étale le titre de bon citoyen, et on cache dessous celui de jaloux : l'on a sans cesse l'État dans la boucbe, et la jalousie dans le cœur : on paraît contristé quand les événements sont malheureux et ne répondent pas aux vues et aux mesures de ceux qui sont en place , et l'on s'applaudit plus du blâme qui en retombe sur eux, qu'on n'est touché des maux qui en peuvent revenir à la patrie. Eh! combien de fois a-t-on vu des hommes publics sacriiier l'État à leurs jalousies particulières; faire échouer des entreprises glorieuses à la patrie, de peur que la gloire n'en rejaillit sur leurs rivaux ; ménager des événements capables de renverser l'empire , pour ensevelir leurs concurrents sous ses rui nés ; et risquer de tout perdre pour faire périr un seul homme! {Petit Carême, sermon du Vendredi Saint.)

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