DE L'IDOLATRIE
dans ses progrès. Elle n'en voulait d'abord, parmi nous, qu'aux abus du culte; elle a depuis attaqué le culte même : elle voulait réformer la religion ; elle a fini parles approuver toutes, ou, pour mieux dire, par n'en plus avoir et n'en plus connaître aucune : elle prétendait s'en tenir à la lettre aux livres saints, et cette lettre a été pour elle, une lettre de mort, et ses faux propbètes y ont puisé un fanatisme et des visions sur l'avenir que l'événement a démenties , et dont elle a rougi elle-même. {Petit Carême, sermon du Vendredi Saint. )
Ce n'est pas la soumission à l'Église qui nous coûte : cette soumission ne blesse ni notre orgueil, ni nos penchants, ni notre ambition, ni notre fortune. Ce qui nous blesse , c'est de dépendre de ceux que nous croyons fort au-dessous de nous, c'est de porter le poids d'une autorité qui paraît mal placée. Nous adoucissons même les dépendances les plus . inévitables de notre état, par le mépris secret de ceux de qui nous dépendons. Nous nous vengeons de leur élévation par nos censures; notre orgueil, forcé de leur obéir, se console en les méprisant. Leurs ordres nous rendent ingénieux à découvrir leur&défauts, et il est rare que nos supérieurs et nos maîtres aient sur notre cœur la même autorité qu'ils ont sur notre personne. {Mystères, sermon du jour de l'Assomption.)
La liberté que les sectateurs de l'hérésie nous vantent tant, en nous reprochant notre soumission à l'autorité respectable de nos pasteurs comme une crédulité aveugle et superstitieuse, cette, liberté les a rendus elle-même esclaves d'une doctrine toujours changeante et incertaine, et qui n'a plus de règles que les variations éternelles de l'esprit humain. Les pièges qu'ils tendaient à la foi des simples se sont tournés contre eux-mêmes : leur conjuration unanime contre l'Église les a divisés; et, du même principe qui avait formé leur désobéissance et Leur révolte, est sorti le dogme monstrueux qui secoue toute autorité , et qui autorise chaque particulier à se soulever contre la doctrine de ces faux apôtres et à se faire une religion selon le caprice et les égarements déplorables de son esprit. C'est par là que Dieu détruit enfin les ennemis de son culte, et qu'il emploie, pour anéantir l'erreur, la doctrine ellemême qui lui donna naissance. {Paraphrase du psaume IX.)
Les troubles de l'État ne sont jamais loin de eeux de l'Église. On ne respecte guère le joug des puissances , quand on est parvenu à secouer le joug de la foi ; et l'hérésie a beau se laver de cet opprobre, elle a partout allumé le feu de la sédition ; elle est née dans la révolte. En ébranlant les fondements de la
foi , elle ébranle les trônes et les empires ; et partout, en formant des sectateurs, elle forme des rebelles. ( Petit Carême, sermon du troisième dimanche. )
L'illusion dont l'hérésie se sert le plus pour flatter l'orgueil de ses sectateurs , c'est de leur persuader qu'eux seuls usent de leur raison et de leur liberté, en secouant le joug des pasteurs auxquels nous sommes assujettis. Mais comment ne s'aperçoivent-ils pas qu'ils prennenttoujours le change sur les choses qui les intéressent le plus, ne trouvant d'ordinaire que dans leurs préjugés les vraisemblances qui les déterminent? Toujours divisés, entre eux, de langage , de sentiments , de principes sur les dogmes essentiels qui nous sont révélés, ils refusent à l'Église une autorité qu'ils ne rougissent point de s'attribuer à eux-mêmes. {Paraphrase du psaume IX. )
L'hérésie a beau dire que les persécutions des princes lui mirent en main les armes d'une juste défense; l'Église n'opposa jamais aux persécutions que la patience et la fermeté : la foi fut le seul glaive avec lequel elle vainquit les tyrans. Ce ne fut pas en répandant le sang de ses ennemis qu'elle multiplia ses disciples ; le sang de ses martyrs tout seul fut la semence de ses fidèles. Ses premiers docteurs ne furent pas envoyés dans l'univers, comme des lions, pour porter partout le meurtre et le carnage; mais comme des agneaux , pour être eux-mêmes égorgés. Ils prouvèrent, non en combattant, mais en mourant pour la foi , la vérité de leur mission. On devait les traîner devant les juges pour y être jugés comme des criminels, et non pour y paraître les armes à la main , et les forcer de leur être favorables. Ils respectaient le sceptre dans des mains même profanes et idolâtres ; et ils auraient cru déshonorer l'œuvre de Dieu , en recourant , pour l'établir, à des ressources humaines . {Petit Carême, sermon du deuxième dimanche.)