DE LA GLOIRE
elles plus permises que l'innocent artifice dont je me sers pour trouver du soulagement à mes peines? {Carême, sermon du quatrième dimanche.)
Un prince véritablement affable laisse à l'auguste éclat de sa naissance la dignité qui la fait respecter; mais il en ôte l'humeur et la fierté, qui n'ajoutent rien à la grandeur, et qui ôtent beaucoup aux grands. Il ne retient de son rang que ce qu'il en faut pour rendre encore plus aimable l'affabilité qui l'en fait descendre; et il rassure si fort ou le respect ou la timidité par un attrait inséparable de sa personne, qu'au sortir de son entretien on goûte toujours à la fois et le plaisir d'être charmé de lui , et le plaisir de n'être pas mécontent de soi-même. {Oraison funèbre du prince de Conti. )
La fierté, qui d'ordinaire est le vice des grands, ne devrait être que comme la triste ressource de la roture et de l'obscurité. Il paraîtrait bien plus pardonnable à ceux qui naissent, pour ainsi dire , dans la boue, de s'enfler, de se hausser, et de tâcher de se mettre , par l'endure secrète de l'orgueil, de niveau avec ceux au-dessous desquels ils se trouvent si fort par la naissance.
Nos rois ne perdent rien à se rendre accessibles ; l'amour des peuples leur répond du respect qui leur est dû. Le trône n'est élevé que pour être l'asile de ceux qui viennent implorer la justice et la clémence du prince; plus il en rend l'accès facile à ses sujets , plus il en augmente l'éclat et la majesté. Eh ! n'est-il pas juste que la nation de l'univers qui aime le plus ses maîtres, ait aussi plus de droits de les approcher ?
Rien ne révolte plus les hommes d'une naissance obscure et vulgaire, que la distance énorme que le hasard a mise entre eux et les grands. Ils peuvent toujours se flatter de cette vaine persuasion : que la nature a été injuste de les faire naître uans l'obscurité, tandis qu'elle a réservé l'éclat du sang et des titres pour tant d'autres dont le nom fait tout le mérite. Plus ils se trouvent bas, moins ils se trouvent à leur place : aussi , l'insolence et la hauteur deviennent souvent le partage de la plus vile populace; et plus d'une fois les anciens règnes de la monarchie l'ont vue se soulever, vouloir secouer le joug des nobles et des grands, et conjurer leur extinction et leur ruine entière. Les grands, au contraire, placés si haut par la nature, ne sauraient plus trouver de gloire qu'en s'abaissant. Ils n'ont plus de distinction à se donner du côté du rang et de la naissance : ils ne peuvent s'en donner que par l'affabilité; et s'il est encore un orgueil qui puisse leur être permis, c'est eelui de se rendre humains et accessibles.
La fierté prend sa source dans la médiocrité, ou n'est plus qu'une ruse qui la cache. C'est une preuve certaine qu'on perdrait en se montrant de trop près. On couvre de la fierté, des défauts et des faiblesses que la fierté trahit et manifeste ellemême : on fait de l'orgueil le supplément, si j'ose parler ainsi, du mérite; et on ne sait pas que lo mérite n'a rien qui lui ressemble moins que l'orgueil.
Les princes invisibles et efféminés , devant lesquels c'était un crime digne de mort que d'oser paraître sans ordre , et dont la seule présence glaçait le sang dans les veines des suppliants, n'étaient plus, vus de près, que de faibles idoles, sans âme, sans vie, sans courage, sans vertu. Livrés dans le fond de leurs palais à de vils esclaves; séparés de tout commerce, comme s'iis n'avaient pas été dignes de se montrer aux hommes , ou que des hommes faits comme eux n'eussent pas été dignes de les voir, l'obscurité et la solitude en faisaient toute la majesté.
L'affabilité est comme le caractère inséparable et la plus sûre marque de la grandeur. Les descendants de ces races illustres et anciennes auxquels personnene dispute la supériorité du nom et l'antiquité de l'origine , ne portent point sur leur front l'orgueil de leur naissance; ils la laisseraient ignorer, si elle pouvait l'être. Les monuments publics en parlent assez , sans qu'ils en parlent eux-mêmes : on ne sent leur élévation que par une noble simplicité. Ils se rendent encore plus respectables, en ne souffrant qu'avec peine le respect qui leur est dû; et , parmi tant de titres qui les distinguent , la politesse et l'affabilité est la seule distinction qu'ils affectent. ( Petit Carême , sermon du quatrième dimanche. )