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DE LA GLOIRE

Il y a longtemps que les hommes, toujours vains, font leur idole de la gloire. Ils la perdent la plupart en la cherchant, et croient l'avoir trouvée, quand on donne à leur vanité les louanges qui ne sont dues qu'à la vertu. {Petit Carême, sermon du dimanche de la Passion.)

La gloire qui finit avec les grands est toujours fausse : elle est donnée à leurs titres plus qu'à leur vertu : c'est un faux éclat qui environne leurs places mais qui ne sort pas d'eux-mêmes : ils sont sans eesse entourés d'admirateurs, et vides au dedans des qualités qu'on admire. Cette gloire est le fruit de l'erreur et de l'adulation, et il n'est pas étonnant de la voir finir avec elles : telle est la gloire de la plupart des princes et des grands. On honore

DE LA GLOJRE.

leurs cendres encore fumantes d'un reste d'éloge ; on ajoute encore cette vaine décoration à celle de leur pompe funèbre : mais tout s'éclipse et s'évanouit le lendemain ; on a honte des louanges qu'on leur adonnées. C'est un langage suranné et insipide, qu'on n'oserait plus parler ; on en voit presque rougir les monuments publics où elles sont encore écrites , et où elles ne semblent subsister que pour rappeler publiquement un souvenir qui les désavoue. Ainsi, les adulations ne survivent jamais à leur héros : et les éloges mercenaires, loin d'immortaliser la gloire des princes , n'immortalisent que la bassesse, l'intérêt, la lâcheté de ceux qui ont été capables de les donner. ( Petit Carême, sermon de V Incarnation. )

Les succès éclatants et les grands événements qui les suivent , ne donnent pas toujours droit de prétendre à la gloire.

Je sais que le monde y attache delà gloire, et que d'ordinaire, chez lui, cène sont pas les vertus, mais les succès qui font les grands hommes. Les provinces conquises, les batailles gagnées, les négociations difficiles terminées, le trône chancelant affermi, voilà ce que publient les titres et les inscriptions, et à quoi le monde consacre des éloges et des monuments publics , pour en immortaliser la mémoire. Je ne veux pas qu'on abatte ces marques de la reconnaissance publique ; tout ce qui est utile aux hommes est digne en un sens de la reconnaissance des hommes. Comme l'émulation donne les sujets illustres aux empires, il faut que les récompenses excitent l'émulation, et que les succès voient toujours marcher après eux les récompenses. ( Petit Carême, sermon du dimanche de la Passion. )

Quelle est la vie la plus brillante où l'on ne trouve des taches? où sont les victoires qui n'aient une de leurs faces peu glorieuse au vainqueur ? Quels sont les succès où les uns ne prêtent au hasard les mêmes événements dont les autres font honneur aux talents et à la sagesse ? quelles sont les actions héroïques qu'on ne dégrade en y cherchant des motifs lâches et rampants? en un mot, où sont les héros dont la malignité et peut-être la vérité ne fassent des hommes? (Petit Carême , sermon du jour de Pâques. )

Il n'est point de prince, ni de grand, malgré la bassesse et le dérèglement de ses mœurs et de ses penchants, à qui de vaines adulations ne promettent la gloire et l'immortalité , et qui ne compte sur les suffrages de la postérité, où son nom même ne passera peut-être pas, et où du moins il ne sera connu Uue par ses vices. Il est vrai que le monde qui avait élevé ces idoles de boue , les renverse lui-même le

lendemain ; et qu'il se venge à loisir dans les âges suivants , par la liberté de ses censures , de la contrainte et de l'injustice de ses éloges. Il n'attend pas même si tard : les applaudissements publics qu'on donne à la plupart des grands pendant leur vie, sont presque toujours à l'instant démentis par les juges ments et les discours secrets : leurs louanges ne font que réveiller l'idée de leurs défauts ; et , à peine sortis de la bouche même de celui qui les publie, elles vont , s'il est permis de parler ainsi , expirer dans le cœur qui les désavoue. ( Petit Carême , sermon du dimanche de la Passion. )

Les victoires les plus éclatantes ne couvrent pas la honte des vices des héros; on loue les actions et l'on méprise la personne. C'est de tout temps qu'on a vu la réputation la plus brillante échouer contre les mœurs du héros , et ses lauriers flétris par ses faiblesses. Le monde , qui semble mépriser la vertu, n'estime et ne respecte pourtant qu'elle. Il élève des monuments superbes aux grandes actions des conquérants , il fait retentir la terre du bruit de leurs louanges ; une poésie pompeuse les chante et les immortalise : chaque Achille a son Homère; l'éloquence s'épuise pour leur donner du lustre : l'appareil des éloges est donné à l'usage et„à la vanité; l'admiration secrète et les louanges réelles et sincères, on ne les donne qu'à la vertu. ( Petit Carême, sermon du jour de Pâques. )

Percez jusque dans les motifs des actions les plus éclatantes et des plus grands événements, tout en est brillant au dehors; vous voyez le héros : entrez plus avant ; cherchez l'homme lui-même : c'est là que vous ne trouverez plus que de la cendre et de la boue. L'ambition, la témérité, le hasard, la crainte souvent, et le désespoir, ont donné les plus grands spectacles et les événements les plus brillants à la terre. Ce sont souvent les plus vils ressorts qui nous font marcher vers la gloire; et presque toujours les voies qui nous y ont conduits, nous en dégradent elles-mêmes. ( Petit Carême, sermon du dimanche de la Passion. )

Un prince vertueux qui gouverne sagement ses peuples , n'a rien à craindre des discours des hommes : sa gloire toute seule aurait pu faire des envieux; sa vertu rendra sa gloire même respectable : ses entreprises auraient trouvé des censeurs ; sa vertu sera l'apologie de sa conduite : ses prospérités auraient excité la jalousie ou la défiance de ses voisins ; il en deviendra , par sa vertu , l'asile et l'arbitre; ses démarches ne seront jamais suspectes, parce qu'elles seront toujours annoncées par la justice : on ne sera pas en garde contre son ambition, parce que son ambition sera toujours réglée par ses

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