‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 197 sur 235 · DES BIENFAITS · texte numérisé non relu

DES BIENFAITS

droits : il n'attirera pas sur ses États le fléau delà guerre, parce qu'il regardera comme un crime de la porter sans raison dans les États étrangers : il réconciliera les peuples et les rois, loin de les diviser pour les affaiblir, et élever sa puissance sur leur division et sur leur faiblesse : sa modération sera le plus sûr rempart de son empire : il n'aura pas besoin de garde qui veille à la porte de son palais; les cœurs de ses sujets entoureront son trône, et brilleront autour, à la place des glaives qui le défendent : son autorité lui sera inutile pour se faire obéir. Les ordres les plus sûrement accomplis, sont ceux que l'amour exécute; et la soumission sera sans murmure , parce qu'elle sera sans contrainte : toute sa puissance l'aurait rendu à peine maître de ses peuples ; par sa vertu il deviendra l'arbitre même des souverains. {Petit Carême y sermon du jour de Pâques. )

Écoutons ceux qui ont approché autrefois de ces hommes que la gloire des succès avait rendus célèbres; souvent ils ne leur trouvaient de grand que le nom. L'homme désavouait le héros; leur réputation rougissait de la bassesse de leurs mœurs et de leurs penchants : la familiarité trahissait la gloire de leurs succès : il fallait rappeler l'époque de leurs grandes actions, pour se persuader que c'étaient eux qui les avaient faites. Ainsi ces décorations si magnifiques, qui nous éblouissent et qui embellissent nos histoires, cachent souvent les personnages les plus vils et les plus vulgaires. La droiture du cœur, la vérité, l'empire sur les passions : voilà la véritable grandeur, et la seule gloire réelle que personne ne peut nous disputer. Un règne serait plein de merveilles; un prince porterait la gloire de son nom jusqu'aux extrémités de la terre; ses jours ne seraient marqués que par ses triomphes; il ajouterait de nouvelles couronnes à celles des rois ses ancêtres ; l'univers entier retentirait de ses louanges : si l'orgueil plutôt que la justice était l'âme de ses entreprises, il ne serait pas un grand roi; ses prospérités seraient des crimes; ses triomphes, des malheurs publics : il serait l'effroi et la terreur de ses voisins ; mais il ne serait pas le père de son peuple : ses passions seraient ses seules vertu ; et malgré les éloges que l'adulation , [la compagne éternelle des rois , lui aurait donnés , aux yeux de la postérité elles ne paraîtraient plus que de véritables vices. ( Petit Carême, sermon du dimanche de la Passion. )

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