‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 199 sur 235 · DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

DE LA CONSCIENCE

qu'une pompe qui les décore. Habiter des palais somptueux? mais ils édifient des solitudes où les soucis et les noirs chagrins viennent bientôt habiter avec eux. Y rassembler tous les plaisirs? ils peuvent remplir ces vastes édifices, mais ils laissent toujours leur cœur vide. Trouver tous les jours dans leur opulence de nouvelles ressources à leurs caprices? la variété des ressources tarit bientôt; tout est bientôt épuisé : il faut revenir sur ses pas , et recommencer sans cesse ce que l'ennui rend insipide , et ce que l'oisiveté a rendu nécessaire. Qu'ils emploient, tant qu'il leur plaira, leurs biens et leur autorité à tous les usages que l'orgueil et les plaisirs peuvent inventer; ils seront rassasiés , mais ils ne seront pas satisfaits; ils leur montreront la joie, mais ils ne la laisseront pas dans leur cœur. Qu'ils les emploient à faire des heureux, à rendre la vie plus douce et plus supportable à des infortunés que l'excès de la misère a peut-être réduits mille fois à souhaiter que le jour qui les vit naître eût été lui-même la nuit éternelle de leur tombeau; ils sentiront alors le plaisir d'être nés grands, ils goûteront la véritable douceur de leur état : c'est le seul privilège qui le rend digne d'envie. Toute cette vaine montre qui les environne est pour les autres; ce plaisir est pour eux seuls : tout le reste a ses amertumes; ce plaisir seul les adoucit toutes.

La joie de faire du bien est tout autrement douce et touchante que la joie de le recevoir. Revenons-y encore, c'est un plaisir qui ne s'use point; plus on le goûte, plus on se rend digne de le goûter. On s'accoutume à la prospérité, et on y devient insensible : mais on sent toujours la joie d'être l'auteur de la prospérité d'autrui. Chaque bienfait porte avec lui ce tribut doux et secret dans notre âme : le long usage qui endurcit le cœur à tous les plaisirs, le rend ici tous les jours plus sensible.

Les personnes nées dans une fortune obscure et privée n'envient dans les grands que le pouvoir de faire des grâces , et de contribuer à la félicité d'autrui. On sent qu'à leur place on serait trop heureux de répandre la joie et l'allégresse dans les cœurs, en y répandant des bienfaits, et de s'assurer pour toujours leur amour et leur reconnaissance. Si, dans une condition médiocre, on forme quelquefois de ces désirs chimériques de parvenir à de grandes places, le premier usage qu'on se propose de cette élévation, c'est d'être bienfaisant, et d'en faire part à tous ceux qui nous environnent. C'est la première leçon de la nature , et le premier sentiment que les hommes du commun trouvent en eux. {Petit Carême, sermon du quatrième dimanche.)

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