DE LA CONSCIENCE
Partout nous rendons hommage, par nos troubles et par nos remords secrets, à la sainteté de la loi que nous violons; partout un fonds d'ennui et de tristesse inséparable du crime, nous fait sentir que l'ordre et l'innocence sont le seul bonheur qui nous était destiné sur la terre. Nous avons beau faire montre d'une vaine intrépidité, la conscience criminelle se trahit toujours elle-même. Des terreurs cruelles marchent partout devant nous. La solitude nous trouble, les ténèbres nous alarment; nous croyons voir sortir de tous côtés des fantômes qui viennent toujours nous reprocher les horreurs secrètes de notre âme : des songes funestes nous remplissent d'images noires et sombres; et le crime, après lequel nous courons avec tant de goût, court ensuite après nous comme un vautour cruel, et s'attache à nous pour nous déchirer le cœur, et nous punir du plaisir qu' il nous a lui-même donné. {Carême, sermon du dimanche de la Passion.)
Nous portons tous au dedans de nous des principes naturels d'équité, de pudeur, de droiture. Nous naissons avec les règles de la loi écrites dans le cœur. Si la vertu n'est pas notre premier penchant, nous sentons du moins qu'elle est notre premier devoir. {Avent, sermon de la Toussaint.)
Dès que l'homme est l'ouvrage de Dieu , l'homme ne peut plus vivre que conformément à la volonté de son Auteur; et dès que Dieu a fait de l'homme son ouvrage, et son ouvrage le plus parfait, il n'a pu le laisser vivre au hasard sur la terre, sans lui manifester sa volonté : c'est-à-dire sans lui prescrire ce qu'il devait à son Créateur, aux autres hommes, et ce qu'il se devait à lui-même; aussi, en le tirant de la boue, il imprima dans son être une lumière vive, sans cesse montrée à son cœur, qui réglait tous ses devoirs. {Carême, sermon du dimanche de la Passion.)
En vain la passion entreprend quelquefois de nous persuader que nous sommes nés pour le plaisir; et qu'au fond , des penchants que la nature a mis en nous , que chacun trouve en soi , ne sauraient être des crimes : cette persuasion étrangère ne saurait jamais rassurer l'homme criminel. C'est un désir, car on voudrait bien que tout ce qui plaît fût légitime; mais ce n'est pas une conviction réelle : c'est un discours, car on se fait honneur de paraître au-dessus des maximes vulgaires; mais ce n'est pas un sentiment. {Avent, sermon du jour de Noël.)
Nous sentons que l'ordre demande que toutes nos passions soient réglées par le frein de la loi. Tous nos penchants, corrompus dans leur source,