DE LA VIE HUMAINE
Qu'est-ce que la vie humaine, qu'une mer furieuse et agitée, où nous sommes sans cesse à la merci des flots , et où chaque instant change notre situation et nous donne de nouvelles alarmes? que sont les hommes eux-mêmes, que les tristes jouets de leurs passions insensées et de la vicissitude éternelle des événements? Liés par la corruption de leur cœur à toutes les choses présentes, ils sont avec elles dans un mouvement perpétuel : semblables à ces figures que la roue rapide entraîne , ils n'ont jamais de consistance assurée; chaque moment est pour eux une situation nouvelle. Ils flottent au gré de l'inconstance des choses humaines, voulant sans cesse se fixer dans les créatures, et sans cesse obligés de s'en déprendre; croyant toujours avoir trouvé le lieu de leur repos , et sans cesse forcés de recommencer leur course. Lassés de leur agitation , et cependant toujours emportés par le tourbillon, ils n'ont rien qui les fixe, qui les console, qui les paye de leurs peines , qui leur adoucisse le chagrin des événements; ni le monde qui le cause, ni leur conscience qui le rend plus amer. Ils boivent jusques à la lie toute l'amertume de leur calice : ils ont beau le verser d'un vase dans un autre, se consoler d'une passion par une autre passion nouvelle ; d'une perte ,