DE LA NAISSANCE
Une haute naissance est une prérogative illustre, à laquelle le consentement des nations a attaché de
tout temps des distinctions d'honneurs et d'hommages. Mais ce n'est qu'un titre; ce n'est pas une vertu : c'est un engagement à la gloire; ce n'est pas elle qui la donne : c'est une leçon domestique , et un motif honorable de grandeur; mais ce n'est pas ce qui nous fait grand : c'est une succession d'honneur et de mérite; mais elle manque et s'éteint en nous, dès que nous héritons du nom sans hériter des vertus qui l'ont rendu illustre. Nous commençons, pour ainsi dire , une nouvelle race : nous devenons des hommes nouveaux : la noblesse n'est plus que pour notre nom, et la roture pour notre personne.
Que les grands se vantent d'avoir des princes et des rois parmi leurs ancêtres : s'ils n'ont point d'autre gloire que celle de leurs aïeux, si leurs titres sont leurs uniques vertus; s'il faut rappeler les siècles passés pour les trouver dignes de nos hommages; si toute leur grandeur est dans leur nom , leur naissance les avilit et les déshonore. On oppose sans cesse leur nom à leur personne : le souvenir de leurs aïeux devient leur opprobre; les histoires où sont écrites les grandes actions de leurs pères, ne sont plus que des témoins qui déposent contre eux. On cherche ces glorieux ancêtresdans leurs indignes successeurs; on redemande à leur nom des vertus qui ont autrefois honoré la patrie; et cet amas de gloire dont ils ont hérité, n'est plus qu'un poids de honte qui les flétrit et qui les accable.
Il en est qui portent sur leur front l'orgueil de leur origine. Us comptent les degrés de leur grandeur par des siècles qui ne sont plus, par des dignités qu'ils ne possèdent plus , par des actions qu'ils n'ont pas faites, par des aïeux dont il ne reste plus rien qu'une vile poussière, par des monuments que les temps ont effacés; et ils se croient au-(îe.csus des autres hommes, parce qu'il leur reste plus de débris domestiques de la rapidité des temps, et qu'ils peuvent produire plus de titres que les autres de la vanité des choses humaines. {Petit Carême , sermon de l'Incarnation.)
DE L'ÉDUCATION
On ne peut trop déplorer la vanité de ces personnes d'un rang distingué qui croiraient dégrader leurs ancêtres , s'ils s'appliquaient eux-mêmes à leur former une postérité digne d'eux; qui regardent comme des soins roturiers le soin de l'éducation, sans quoi se souille et s'épaissit la noblesse du sang ; qui confient à des mains étrangères le soin de cultiver des vertus domestiques; mettent à prix la destinée de leurs enfants ; et pour se trop souvenir de leur grandeur, laissent après eux des successeurs qui