‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 207 sur 235 · DES LOIS · texte numérisé non relu

DES LOIS

ne s'en souviennent pas assez. (Oraison funèbre de M. de Villars.)

Quel soin, que celui d'être chargé de la jeunesse des souverains; de jeter dans ces âmes destinées au trône les premières semences du bonheur des peuples et des empires ; de régler de bonne heure des passions qui n'auront plus d'autre frein que l'autorité; de prévenir des vices ou d'inspirer des vertus qui doivent être, pour ainsi dire, les vices et les vertus publiques; de leur montrer la source de leur grandeur dans l'humanité ; de les accoutumer à laisser auprès d'eux à la vérité l'accès que l'adulation usurpe toujours sur elle : de leur faire sentir qu'ils sont grands, et de leur apprendre à l'oublier; de leur élever les sentiments, en leur adoucissant le cœur; de les porter à la gloire par la modération; de tourner à la piété des penchants à qui tout va préparer le poison du vice ; en un mot, d'en former des maîtres et des pères ! (Oraison funèbre de M. le Dauphin.)

On aime mieux donner à des enfants des leçons de vertu et de probité : on se fait honneur même de leur débiter les maximes les plus sévères et les plus héroïques de la sagesse; mais la conduite domestique soutient mal le faste et la vanité de ces instructions. On leur propose les vertus de leurs ancêtres, et on affaiblit, en les démentant soi-même par des mœurs opposées, l'impression qu'aurait pu faire le souvenir de ces anciens modèles. Aussi , loin de leur inspirer des sentiments de vertu , par ces impressions contredites par nos exemples, nous les accoutumons à penser de bonne heure que la vertu n'est qu'un nom ; que les maximes qu'on nous en débite ne sont qu'un langage et une façon de parler, qui ont passé des pères aux enfants , mais que l'usage a toujours contredits ; et qu'enfin ceux qui en ont paru dans tous les temps les plus zélés défenseurs ont toujours été, au fond , semblables au reste des hommes.

On publie souvent que la jeunesse des rois doit avoir de plus nobles amusements que des pratiques journalières de piété; que, sous prétexte de préserver son innocence, on amollit son courage; qu'il faut laisser plus de carrière à des penchants qui , dans la suite, ne trouvant plus de frein dans l'autorité souveraine, iraient d'autant plus loin qu'on aurait plus voulu les contraindre; et qu'enfin une vertu si rigoureuse et si exacte peut former de bons solitaires, mais qu'elle n'a jamais formé de grands princes. Ainsi justifie-t-on , tous les jours, les abus des éducations profanes. Ce n'est pas qu'on ne recommande tous les jours à ceux qui y président, d'imprimer de bonne heure aux enfants qu'on leur confie

les maximes de la vertu et de la sagesse ; mais ce sont les seules impressions qu'on craint toujours qui ne soient poussées trop loin. L'amour de la gloire, le désir de parvenir, l'art de plaire , sont les plus sérieuses et les plus importantes leçons qui cultivent la jeunesse de ceux que leur naissance destine à de grandes places. On aime à voir briller dans cet âge tendre les premières lueurs de toutes ces dangereuses passions. Les ébauches naissantes des grands vices , on les appelle de grandes espérances. On regarde les inclinations heureuses et tranquilles d'un naturel tourné à la vertu, comme des présages moins favorables : on craint tout d'une enfance moins docile aux leçons de la vanité. On y réveille, par mille artifices, les passions que la nature même semblait avoir assoupies ; et il arrive souvent que ces impressions étrangères prévalent, et que ceux pour qui on avait craint un excès de sagesse et de vertu deviennent trop licencieux pour le monde même. ( Panégyrique de saint Louis. )

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