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rite qui se fait presque toujours plutôt sentir par les refus que par les grâces, et nous expose à la haine de ceux mêmes que nous voulons sauver : c'est-àtlire, c'est un état dont les soins sont infinis et ingrats; dont les seuls privilèges sont des exemples qui puissent servir de modèles ; dont toute l'autorité et les plus sages ménagements du zèle se bornent à faire des murmurateurs et des mécontents. {Conférences, de l'Ambition des clercs.)
Qu'offre à la plupart le choix de l'état saint pour lequel ils se sont déclarés? Les uns, exclus par les circonstances de leur naissance des bénédictions temporelles et des prérogatives du premier-né; tristes peut-être comme Ésaù de n'y pouvoir plus rien prétendre, se consolent sur ce que le Père de famille a des bénédictions de plus d'une sorte , et regardent le plus saint et le plus sublime de tous les états comme le moindre partage, comme un pis-aller inévitable, comme une bienséance que le monde lui-même leur impose , et un égard qu'ils doivent à leur nom , aux intérêts de leur maison, qu'ils se doivent à euxmêmes : les autres, destinés dès leur tendre enfance à des espérances d'élévation, accoutumés par des discours domestiques à ne se figurer le fardeau redoutable du sacerdoce, que sous les idées flatteuses de poste et de dignité , y courent comme à des biens et des honneurs assurés : semblables à ce profane Héliodore, ils n'entrent dans le temple, que parce qu'ils ont ouï dire qu'ils y trouveraient des trésors immenses, quoiqu'ils ne doivent y trouver que des dépôts sacrés, destinés, non à nourrir leur faste et leur mollesse, mais à la nourriture des orphelins et des veuves. {Conférences , de l Excellence du sacerdoce.)
On ne souhaite souvent les fonctions du sacerdoce que pour les rétributions qui y sont attachées : les mieux payées sont les plus courues; celles où il ne s'agit que de la gloire de Dieu et du salut de nos frères, ont peu de solliciteurs. Un esprit d'intérêt sordide entre dans les ministères les plus saints : on apprécie les fonctions sublimes du sacerdoce comme los ouvrages vils et mécaniques ; et on est plus occupé de ce qu'elles rendent, que du fruit qu'elles peuvent faire. Ainsi , sous prétexte qu'il est permis de vivre de l'autel , on fait de l'autel comme un métier qui nourrit son artisan; et l'on accoutume les peuples à ne pas distinguer le salaire d'un prêtre du Très-Haut du salaire du vigneron et du laboureur qui défriche la terre. {Conférences , de l'Ambition des clercs.)
Il en est qui ne doivent qu'à des bassesses profanes une élévation toute sainte , qui ne sont montés qu'en rampant sur le trône sacerdotal ; qu'on ne voit assis dans le sanctuaire du Dieu vivant, que pour avoir
été longtemps debout dans les antichambres des grands; et qui n'auraient jamais été placés sur la tête des hommes, s'ils n'avaient été mille fois lâchement à leurs pieds. {Oraison funèbre de M. de f'illeroy.
Le sacerdoce est pour la plupart le terme fatal de leurs études. On ne s'était proposé que d'en savoir assez pour soutenir les épreuves légères de doctrine et de capacité par où il faut passer pour être admis aux saints ordres. Est-on revêtu du saint et dernier caractère, on est charmé de n'avoir plus de compte à rendre aux hommes de son ignorance ou de sa capacité Les livres sont devenus des meubles de rebut; souvent même on n'en a pas ; et c'est beaucoup quand le presbytère de certains pasteurs est décoré du moins de la présence d'une seule bible. {Conférences , de l'Étude nécessaire aux ministres.)
Le caractère sacré qui fait le prêtre , ne change rien à celui qui a formé l'homme ; et un prêtre né avec un esprit rude, impétueux, grossier, bizarre, se voyant établi sur un peuple, loin de trouver dans sa nouvelle qualité de père et de pasteur un frein à son humeur, et de nouveaux motifs de douceur et de tendresse, n'y trouve presque toujours que de nouvelles occasions de rudesses , de bizarreries et d'emportements. On était doux et paisible dans un état dépendant et subalterne; le désir d'être en place était plus fort que l'humeur et la contraignait; on obéissait avec docilité : à peine est-on placé , que l'on commande avec rudesse, et que l'on ne se contraint plus dans une nouvelle situation où l'on aurait dû trouver mille nouveaux motifs d'adoucir l'humeur et de la contraindre. Ce n'est pas le peuple seul qui se plaint ; les seigneurs eux-mêmes des paroisses , qui avaient cru trouver dans leur curé une société douce et édifiante, un conseil dans leurs perplexités, une consolation dans leurs peines, un ami solide et chrétien dans l'éloignement où ils vivent des villes et de tous les autres secours de la religion et de la société n'y trouvent souvent qu'un pasteur féroce, livré à lui-même, à son humeur brusque et solitaire, sans communication, sans prévenance, sans autre attention que de n'en avoir aucune pour le premier de ses paroissiens, de le contredire, et par là de le révolter et contre le ministre de la religion , et contre la religion elle-même. {Conférences , discours XV)
Une dignité sacrée est un ministère qui nous fait un devoir essentiel de conserver le goût de la retraite et du recueillement au milieu des soins et des embarras; de conserver cette fleur de réputation, cette innocence et cette pudeur sacerdotale , parmi les passions et les secrètes faiblesses dont nous sommes les témoins et les dépositaires; qui nous mêle parmi
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les hommes , et quelquefois dans les palais des rois , et nous oblige cependant d'y porter toute la simplicité, toute la gravité, toute la mortification des déserts, et d'y condamner par notre exemple la mollesse et l'ambition de ceux qui les habitent. C'est un poste de vigilance où il faut avoir sans cesse à la main les armes spirituelles d'une milice sainte , le glaive de la parole, le bouclier de la foi et de la doctrine , pour combattre contre la chair et le sang, contre les puissances invisibles, contre les erreurs qui altèrent le dépôt sacré, contre les préjugés et les maximes du siècle qui corrompent les règles; de sorte que les abus que nous tolérons ou que nous ne corrigeons pas, deviennent nos crimes, et que les désordres publics nous sont comptés comme nos vices particuliers. Est-il sur la terre une condition plus périlleuse, un état qui, dans l'affaiblissement presque universel des règles et de la loi , met sur nous les abus publics, et ne compte notre innocence personnelle que comme le point le plus facile de nos devoirs? {Conférences, de l'Ambition des clercs.)
Quelques-uns , détrompés des plaisirs et rebutés des injustices du monde, qui les néglige; lassés même dès passions par le vide seul et l'amertume qui les suit, dépouillent l'ignominie de l'habit séculier, entrent dans la cléricature, simplement comme dans une voie plus sûre de salut, et où la bienséance les met à couvert des occasions de chute qu'ils avaient trouvées dans le monde, et regardent comme la réparation de leurs crimes passés un état sublime et divin, dont les pénitents mêmes étaient autrefois exclus, et qui n'était ouvert qu'à l'innocence! Chacun n'envisage le sacerdoce que par rapport à soi ; nul ne le regarde comme un état à suites, et qui lie nos destinées à celles des peuples : comme si nous n'étions prêtres que pour nous-mêmes. ( Conférences, de l'Excellence du sacerdoce. )
Si les dignités de l'Église n'étaient , comme autrefois, que des ministères pauvres et laborieux, sans éclat, sans pompe, exposés à la faim, à la nudité, aux persécutions, à la mort, les trouverait-on dignes de nos empressements? S'il ne fallait que vaquer à la prière et au ministère de la parole, et porter le poids du jour et de la chaleur ; si l'honneur du sanctuaire n'offrait rien de plus flatteur que ces deux devoirs, envierait-on beaucoup le partage apostolique? Hélas! on verrait bientôt nos empressements ralentis, nos brigues et nos poursuites changées en frayeurs, en résistances, en vaines allégations sur notre indignité et sur notre faiblesse. En un mot, s'il ne fallait être que pêcheurs d'hommes, la conduite de la barque ne nous paraîtrait pas fort digne de nos recherches. Mais nous savons que la
mer où nous allons entrer cache des trésors dans son sein: que les filets de Pierre ont la vertu de, trouver une somme d'argent dans les entrailles mêmes d'un poisson : sur cette espérance, nous voulons gouverner le vaisseau et succéder à son ministère. ( Conjérences, de l'Ambition des clercs. )
Il n'en est pas des honneurs du sanctuaire comme des dignités du siècle. Celles-ci, fondées sur la crainte, sur un frein nécessaire aux passions des hommes , sur une autorité extérieure qui doit parler et imposer aux yeux et aux sens, ont besoin d'une pompe extérieure pour se soutenir. La majesté des lois tire presque toute sa force de la majesté du souverain et de celle de ses ministres. Il faut du spectacle et de l'appareil pour rendre respectables les titres qui élèvent les hommes les uns sur les autres. La puissance des souverains vient de Dieu seul; mais c'est l'orgueil qui a inventé ensuite la plupart des titres subalternes qui mettent une si grande différence parmi leurs sujets. Ainsi, c'est à l'orgueil à soutenir ce que l'orgueil seul a inventé : ce sont des titres vains qu'il faut environner d'éclat pour en cacher le vide et le néant, et leur donner une sorte de réalité. Mais c'est l'innocence, la sainteté, la justice, la modestie, la pauvreté, le zèle, le travail, qui font l'éclat des dignités du sanctuaire. Elles ne sont fondées que sur le mépris du monde et de tout ce qui ne brille qu'aux yeux des sens , puisqu'elles ne sont fondées que pour en donner l'exemple et l'inspirer aux fidèles. La magnificence n'est pas l'état de l'Église sur la terre : elle est ici-bas étrangère, désolée de l'absence de son époux, affligée des scandales qui la déshonorent, des persécutions qui la troublent, des schismes qui la déchirent, des plaies domestiques qui la percent d'un glaive de douleur, et, tandis qu'elle est couverte de deuil et d'amertume, ses ministres ne doivent pas venir lui insulter par une pompe déplacée et éloignée de son esprit . ( Conférences , de l' Usage des revenus ecclésiastiques. )
Que produit-on aujourd'hui comme un titre qui donne droit aux honneurs et au ministère redoutable du temple? Le nom et la naissance : comme si le vain éclat d'un nom qui n'a peut-être commencé que par les crimes et l'ambition de nos ancêtres, devait nous donner avec leur sang, l'humilité, la pudeur, le zèle, l'innocence, la sainteté qu'ils n'eurent jamais eux-mêmes; comme si une distinction tout humaine, qui traîne après soi l'orgueil, la mollesse, le luxe, les profusions, des mœurs toujours opposées à l'esprit de notre ministère, devait elle-même nous en rendre dignes! La noblesse que demande la sublimité de nos fonctions est une no-
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blesse d'âme , un cœur héroïque , un courage sacerdotal que les menaces, les promesses, la faveur ou la disgrâce du monde trouvent également inébranlable. La seule roture qui déshonore le ministère, c'est une vie souillée , des mœurs profanes , des penchants mondains, un cœur lâche et rampant qui sacrifle la règle et le devoir à des faveurs humaines. Depuis que les césars et les maîtres du monde se sont soumis au joug de la foi , l'Église a assez d'éclat extérieur; elle n'a point besoin d'en emprunter de ses ministres; la protection des souverains assure sa tranquillité, et lui conserve le respect et l'obéissance des peuples. Voilà à quoi les puissances de la terre lui sont utiles; mais la noblesse et la grandeur humaine de ses ministres lui sont à charge : il faut qu'elle en soutienne le faste et l'orgueil; et qu'un bien consacré à des usages saints, et destiné à soulager des misères réelles, soit employé à décorer le fantôme du nom et de la naissance. Aussi, ses fondateurs et ses plus illustres pasteurs furent d'abord pris d'entre le peuple ; les siècles de sa gloire furent les siècles ou ses ministres n'étaient que la balayure du monde : elle a commencé à dégénérer depuis que les puissants du siècle se sont assis sur le trône sacerdotal , et que la pompe séculière est entrée avec eux dans le temple. {Conférences , de l'Ambition des clercs.)
Par l'onction sacerdotale, nous cessons en un sens d'être citoyens et membres de la république. Unis avec les autres hommes par les devoirs publics qui nous lient à l'État , nous formons un peuple à part, une nation sainte, un sacerdoce royal. Nous commençons à vivre sous d'autres lois , à contracter de nouveaux rapports, à prendre des engagements plus saints. Ce n'est pas que nous cessions d'être membres de l'État du côté de l'obéissance et de la vénération que nous devons aux puissances établies de Dieu; nous en devons même donner l'exemple au reste des fidèles, et rendre à César ce qui est à César : nous ne cessons d'être membres de la république, que par les fonctions publiques qu'elle exige de ses membres. Les mystères saints deviennent nos seules fonctions; les temples, nos maisons; les autels sacrés, nos places d'bonneur ; les œuvres de la piété et de la charité , nos tributs et nos charges publiques ; les cantiques, nos plaisirs publics. C'est sur ce fondement que leslois ne comptent point sur nous pour les services et les besoins communs de l'État. Elles ne nous renferment point dans le corps de la société. Elles nous regardent comme détacbés du reste des citoyens, déchargés des devoirs et des assujettissements sur lesquels roule la vie civile. Elles se départent , pour ainsi dire , du droit qu'elles avaient
sur nous, et nous laissent tout entiers à des usages plus saints et plus augustes. Elles respectent le recueillement profond que demandent nos fonctions; et nous laissent pour partage un loisir sacré, afin que nous remplacions , par nos prières et par nos offrandes , les services que nous manquons de rendre à la république. Toute la personned'un prêtre est comme un spectacle de religion, qui doit toujours être environné de respect, degravité etde décence, et qu'on ne devrait plus regarder qu'avec une espèce de culte. {Conférences , de la Fuite du monde.)
Le inonde, tout corrompu qu'il est, blâme en secret , dans les pasteurs et les ministres de l'Église , ce faste et ces profusions dont il semble leur faire honneur. Il est le premier et le plus rigide censeur d'un abus qui paraît son ouvrage. Tout aveugle et injuste qu'il est, il respecte encore assez la majesté de la religion, pour comprendre que ses ministres doivent l'honorer plutôt par la sainteté de leur vie que par la pompe qui les environne. Il sent le ridicule et l'indécence d'un faste attaché à un état saint et à l'usage d'un bien consacré à la piété et à la miséricorde. Les plus mondains eux-mêmes sont indignés, scandalisés, de voir servir au luxe, à la sensualité, et à toutes les pompes du siècle, des richesses prises sur l'autel. Ils blâment la simplicité de leurs pieux ancêtres, d'avoir laissé des biens si considérables aux églises, pour nourrir la mollesse, la vanité et le faste des ministres; et de n'avoir diminué les possessions et les héritages de leurs maisons, que pour augmenter les abus et les scandales de l'Église. Us disent que ces biens sortis de leurs maisons auraient été plus utilement employés à l'éducation de leurs enfants , et à les mettre en état de servir la patrie, qu'à nourrir le faste et l'oisiveté d'un clerc inutile à l'Église et à l'État. Ils se plaignent que les clercs tout seuls vivent dans l'opulence, tandis que tous les autres états souffrent, et que le malheur des temps se fait sentir au reste des citoyens. L'hérésie en usurpant, le siècle passé , les biens consacrés à l'Église, n'allégua point d'autres prétextes. L'usageprofane que la plupart des ministres faisaient des richesses du sanctuaire, l'autorisa à les arracher de l'autel, et à rendreau monde des biens que les clercs n'employaient que pour le monde. {Conférences, de l'Usage des revenus ecclésiastiques.)
On allègue comme des titres qui donnent un droit incontestable aux dignités de l'Église, les plaies et les services de ses proches. On veut que l'innocence, la douceur et la tranquillité du sanctuaire soient le prix des incendies et des carnages; que l'Église, qui a tant d'horreur pour le sang, en souille, pour ainsi dire , ses dignités et ses places ; que les guerres et les