‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 215 sur 235 · DES PRÉDICATEURS · texte numérisé non relu

DES PRÉDICATEURS

calamités dont elle gémit, soient payées d'un honneur et d'un ministère de paix et de réconciliation; que les plaies qui ont pu honorer la patrie, aient droit d'en faire une honteuse à l'Église , et que la valeur dans les combats donne des ministres de charité et d'humilité aux fidèles. Les services militaires peuvent nous valoir des grades dans la milice du siècle , mais non dans celle de Jésus-Christ. Ils peuvent donner des chefs aux armées et des gouverneurs aux provinces, mais non des pasteurs aux églises. On peut décorer la valeur de ces marques extérieures d'honneur dont nos rois sont revêtus, mais non de l'ordre et de l'honneur du sacerdoce. Les guerres où nos proches se sont distingués , sont-elles devenues pour nous des marques de vocation à un état dont la principale fonction est d'annoncer la paix à la terre? Qu'y a-t-il de commun entre les honneurs des armes et l'innocence du sanctuaire; entre les victoires qu'on remporte sur les hommes avec un glaive de mort et de fureur, et celles que l'on doit remporter sur les pécheurs avec le glaive delà parole de vie et de salut? {Conférences , de l'Ambition des clercs.)

Un pasteur peut-il alléguer son nom et sa naissance , et excuser là-dessus son faste et ses profusions? Mais eût-il trouvé dans un partage domestique de quoi soutenir la vanité de son nom , doit-il faire monter si haut les dépenses inévitables? Le dernier peut-être d'une famille nombreuse , ou du moins exclu des droits et des prérogatives de l'aînesse, il se serait vu réduit dans le monde à une fortune médiocre ; à une portion de cadet, toujours fort mince dans les maisons les plus anciennes. Quoi ! l'Église s'est-elle obligée d'établir dans le luxe et dans l'abondance ceux que le monde aurait laissés dans une honnête médiocrité ?Ils seraient plus à leur aise du patrimoine des pauvres , qu'ils ne l'eussent été de la succession de leurs ancêtres! Leur nom n'eût pas souffert dans le monde de l'obscurité et de la modicité de leurs biens et de leur fortune , et il souffrirait dans l'Église de leur frugalité et de leur modestie ! Quoi ! le monde qui a formé le fantôme de la vanité du nom et de la naissance, n'eût pas soutenu en eux son ouvrage ; et l'Église qui la condamne, cette vanité, qui la combat, serait elle-même obligée de la soutenir! les bienséances du monde ne seraient point blessées, lorsque leur fortune ne répondrait point à leur nom ; et celles de l'Église le seraient lorsque l'innocence, la simplicité, la tempérance, la piété de leur vie, répondraient à la sainteté de leur caractère! {Conférences , de l'Usage des revenus ecclésiastiques. )

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