‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 220 sur 235 · SUR LA IWSSION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

SUR LA IWSSION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

Division. L'opposition à la vérité, a toujours été le caractère le plus essentiel du monde: mais la mort de Jésus-Christ est la plus grande preuve de l'opposition du monde pour la vérité, et en même temps le plus grand témoignage de la vérité contre le monde.

Ve Partie. La mort de Jésus-Christ est la plus grande preuve de l'opposition du monde pour la vérité, c'est-àdire pour la vérité de sa doctrine, des Écritures, de ses miracles, de son innocence et de sa royauté.

1° Opposition à la vérité de sa doctrine : et c'est le respect humain qui la forme, cette opposition , même dans ses disciples. Qu'était-ce que sa doctrine, sinon une préparation aux croix et aux souffrances? Cependant dès que le monde se déclare contre lui, ses disciples chancellent, et sont découragés : et voici jusqu'où le respect humain et la crainte du monde les aveugle sur la vérité de sa doctrine. Dans Judas , elle forme un perfide qui trahit son divin Maître, et qui se joint à ses ennemis pour le perdre. Le même respect humain est cause de la défection des autres disciples; et Pierre lui-même, qui, loin des dangers, se promettait tout de son courage, n'est pas à l'épreuve d'une si dangereuse tentation : il n'ose s'avouer le disciple du Sauveur, et affecte d'ignorer jusques au nom de son divin Maître : Non novi hominem.

2° Opposition à la vérité des Écritures, et c'est ce que produit la jalousie dans les prêtres et dans les docteurs. Jésus-Christ les avait souvent renvoyés aux Écritures, comme au témoignage le moins suspect de la vérité de son uiinislère. Ce témoignage étaitclair, puisque les prédictions

des prophètes étaient accomplies : mais l'envie qui les aveugle, l'emporte sur la vérité qui les éclaire; et voici tous les caractères de cette injuste passion. Premièrement , la mauvaise foi : ils ne peuvent se dissimuler à eux-mêmes la vérité de ses prodiges ; et au lieu de le reconnaître pour le Messie, ils se demandent à eux-mêmes : Que ferons -nous? Quidfacimus , quia hic homo mulla signafacit ? Secondement, la bassesse : ils cherchent eux-mêmes en secret un faux témoignage contre Jésus-Christ. Troisièmement, la dureté : ces juges corrompus livrent le Sauveur à l'insolence et à la fureur de leurs serviteurs et de leurs ministres. Quatrièmement , enfin le sacrifice des intérêts de la patrie : eux qui détestaient le joug des incirconcis , qui se vantaient auparavant de n'avoir jamais été sujets ni esclaves de personne, protestent qu'ils n'ont point d'autre roi que César.

3° Opposition à la vérité des miracles du Sauveur ; et c'est l'ingratitude poussée jusques à la fureur, qui la met dans le peuple. Témoins de tant de prodiges qu'il avait opérés à leurs yeux , ils paraissaient en foule à sa suite avec ses disciples : ils avaient voulu l'établir roi sur eux dans le désert , lorsqu'il les rassasiait d'une nourriture miraculeuse ; et ce même peuple en furie , se déclare aujourd'hui contre Jésus- Christ, le suit comme un séditieux, et demande sa mort à Pilate.

4° Opposition à la vérité de son innocence ; et c'est ce que produit dans Pilate une ambition aveugle. Le Sauveur du monde est traîné devant ce magistrat infidèle : tout prouve à Pilate son innocence; il la reconnaît lui-même : mais on le menace de la disgrâce de César ; et voici tous les obstacles qu'une lâche ambition met dans son creur à la vérité qu'il ne peut se cachera lui-même : Premièrement, un obstacle de dissimulation et de mauvaise foi : au lieu de renvoyer absolument Jésus-Christ , il propose des expédients pour le sauver ; et fait entendre contre sa conscience , qu'il a besoin de grâce. Secondement , un obstacle de haine contre la vérité, qui fait qu'elle lui est à charge : embarrassé de la préférence que les Juifs donnent à Carabbas , il demande ce qu'il fera donc de ce Jésus qu'on appelle le Christ. Troisièmement, un obstacle d'hypocrisie, qui fait servir la vérité même aux vues de l'ambition : il renvoie Jésus à Hérode , non pour conserver la vie à un innocent ; mais pour recouvrer l'amitié de ce prince , qu'il avait perdue. Quatrièmement, un obstacle de fausse conscience, qui fait qu'en sacrifiant la vérité à des intérêts humains on croit encore n'avoir rien à se reprocher : Pilate voyant que les tempéraments ne servent qu'à allumer de plus en plus la fureur des J uifs , livre enfin le Sauveur à leur vengeance , mais en même temps il lave ses mains : il consent qu'on le fasse mourir, et il déclare qu'il n'est pas coupable de la mort de ce juste.

5° Opposition à la vérité de sa royauté; et c'est ce que produit dans Hérode son impiété : d'abord par un mouvement de curiosité , il souhaite de voir cet homme dont la renommée publiait des choses si merveilleuses ; il se promet d'en être lui-même le témoin : il fait à Jésus-Christ mille questions inutiles ; mais ensuiie ne voyant aucun mirade, et n'en pouvant même tirer une seule parole, il le méprise, et toute sa cour suit son exemple.

ANALYSES DES SEUMONS.

IIe Partie. La mort de Jésus-Christ est le plus grand témoignage de la vérité contre le monde.

1° La mort de Jésus-Christ rend témoignage à la vérité des Écritures : c'est la clef sacrée qui ouvre les sept sceaux de ce livre fermé ; car sans le dénoûment de ce grand sacrifice , les livres saints sont incompréhensibles : mais la mort de Jésus-Christ y répand un nouveau jour. A la faveur de ce mystère, on voit clair dans toutes les figures, on découvre l'esprit de toutes les cérémonies , on entre dans le sens de toutes les prophéties , on sent la vérité et la divinité de nos livres saints.

2° Elle rend témoignage à la vérité de sa doctrine, en la confirmant par ses opprobres et par ses souffrances. Toute la doctrine du Sauveur semblait se réduire à humilier l'esprit, et à mortifier les sens : or, comme nul philosophe jusqu'à lui n'avait annoncé aux hommes qu'il fallait aller à la félicité par les humiliations et par les souffrances, il fallait que l'exemple du Sauveur confirmât la nouveauté de ses préceptes; et c'est ce qu'il a fait par les humiliations et les douleurs de sa mort : aussi notre impénitence n'a-telle rien à opposer au grand exemple qu'il nous donne aujourd'hui.

3° Jésus-Christ rend témoignage sur la croix à la vérité de ses miracles , en les renouvelant. Et ce n'est pas tant en ouvrant les tombeaux , en brisant les rochers , en obscurcissant le soleil , etc. ; c'est en convertissant un scélérat qui expire à ses côtés ; c'est en changeant le cœur du centenier même qui préside à son supplice , et le forçant de confesser tout haut sa puissance et sa divinité; c'est en louchant les spectateurs de sa mort. Voilà le grand miracle de la mort de Jésus -Christ : la conversion des grands pécheurs.

4° Jésus-Christ rend témoignage sur la croix à la vérité de son innocence et de sa sainteté, en priant pour ses ennemis. En effet, le caractère le moins équivoque de la sainteté, c'est d'aimer ceux qui nous outragent, et de prier pour le salut de ceux qui veulent nous perdre : or, voilà le grand témoignage que Jésus-Christ rend aujourd'hui à son innocence ; il meurt pour ceux qui le crucifient, et il meurt en demandant grâce à son Père pour ses ennemis : Mon Père , pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font

5° Jésus-Christ rend témoignage àla vérité de sa royauté, en conquérant le monde par sa croix. Le monde lui avait disputé l'éclat et la réalité de sa royauté; il ne l'avait traité de roi que par dérision : toutes les marques de sa royauté avaient été de nouveaux opprobres ; mais aujourd'hui ces marques honteuses d'une royauté si humiliante, deviennent les signes glorieux de sa puissance et de son empire. Mais au lieu que la puissance et le règne des rois de la terre finissent avec eux , le règne de Jésus-Christ ne commence à éclater que par sa mort ; et ses opprobres sont la première source de ses grandeurs et de sa gloire. En effet , depuis qu'il est mort, tout reconnaît sa souveraineté : sa croix triomphe du ciel et de l'enfer, de l'aveuglement des Juifs , de 1 incrédulité des gentils , de la barbarie des bourreaux , de l'endurcissement môme d'un pécheur mourant.

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