‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 221 sur 235 · SUR LA RÉSURRECTION DE NOTRE-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

SUR LA RÉSURRECTION DE NOTRE-SEIGNEUR

Division. Jésus-Christ mort pour nos péchés , ressuscite pour notre justification. Comment? I. Parce que la résurrection de Jésus-Christ nous anime à persévérer dans la grâce reçue. II. Parce qu'elle nous apprend à y persévérer. La résurrection de Jésus-Christ , le motif et le modèle de notre persévérance.

Ve Partie. La résurrection de Jésus-Christ nous anime à persévérer dans la grâce reçue. En effet , les principales sources de l'inconstance des hommes dans les voies de Dieu, sont ou dans l'affaiblissement de la foi, ou dans la tiédeur de l'espérance : or, la piété chrétienne trouve dans le mystère de la résurrection, des préservatifs contre ces deux écueils, et des motifs très-puissants pour persévérer dans la grâce.

1" La piété trouve dans la résurrection de Jésus-Christ , des préservatifs contre l'affaiblissement de la foi , et cette sorte d'incrédulité que devance presque toujours le crime : car ce mystère est le grand témoignage de la foi chrétienne : c'est en lui que tous les autres mystères trouvent leur vérité et leur certitude; puisque, si Jésus-Christ est ressuscité, notre foi est certaine, la doctrine de l'Évangile est divine, ses promesses sont infaillibles. En effet, si Jésus- Christ est ressuscité , il était donc un envoyé du ciel , pour annoncer aux hommes la doctrine du salut : car Dieu véritable et fidèle n'aurait pas voulu autoriser l'imposture en la revêtant du caractère de la vérité : donc tout ce qu'il nous a annoncé, est véritable. Or, Jésus-Christ est ressuscité : nous prouvons ce grand miracle aux incrédules, premièrement, par les précautions mêmes que ses ennemis prirent d'abord après sa mort ; secondement , par la déposition des soldats; troisièmement, par les apparitions du Sauveu. , quatrièmement, par le doute des apôtres, avant de croiro ce miracle , et par tout ce qu'ils ont souffert ensuite pour rendre témoignage à la vérité. Et voilà ce qui soutient la foi de l'homme juste : il voit dans le mystère de la résurrection, toute la religion assurée; les châtiments dont elle menace , certains ; ses promesses infaillibles , et ses préceptes nécessaires, etc. Or quoi de plus propre à mettre un frein à l'inconstance du cœur de l'homme, et à l'établir dans une piété solide et durable, que ces grandes vérités:' aussi les disciples , témoins de la résurrection de Jésus- Christ, ne se démentent plus, et persévèrent jusques à la fin dans la prière , et dans le ministère de la parole sainte.

Mais nous sommes les enfants des saints qui virent Jésus-Christ ressuscité, et qui l'adorèrent sur la montagne de Galilée : nous avons vu de leurs yeux , et touché de leurs mains; pourquoi retournerions-nous donc encore en arrière? Si ce mystère rend notre foi certaine et inébranlable , pourquoi laisserait-il encore des inconstances à not;e cœur? S'il serait monstrueux , après tant de preuves, dit saint Augustin, de ne pas croire, l'est-il moins de croire, et de vivre comme si l'on ne croyait pas?

2° La piété trouve dans la résurrection de Jésus-Christ ! des préservatifs contre la tiédeur de l'espérance : car te

GSO

ANALYSES DES SERMONS

mystère, premièrement, rassure notre espérance; secondement , il la console; troisièmement, il la corrige.

Premièrement, la résurrection de Jésus-Christ rassure notre espérance, parce que nous savons, comme dil l'Apôtre , que nous lui serons un jour semblables , et que nous suivrons la destinée de notre Chef; que sa résurrection serait inutile, si nous ne devions pas ressusciter avec lui : nous savons que nos frères qui nous ont précédés avec le signe de la foi, et qui dorment en Jésus-Christ dans le sommeil de la paix , n'ont pas péri sans ressource , quoiqu'ils aient disparu à nos yeux. Or, dans le souvenir de ces vérités , que de puissants motifs pour affermir une âme dans la grâce et dans le service de Dieu ! puisque nous ressusciterons pour ne plus mourir, nous ne devons donc rien nous permettre qui ne soit digne de l'éternité bienheureuse.

Secondement, elle console notre espérance. Si la piété a ses douceurs , elle a aussi ses amertumes , puisque la vertu ne se conserve que par des combats et des sacrifices continuels ; et si vous vous relâchez un moment , vous êtes perdu. Or, dans ces dangereuses épreuves , rien ne soutient et ne console l'âme fidèle , comme l'espérance de la résurrection : ce corps de péché qui l'appesantit , elle sent qu'il sera bientôt conforme à celui de Jésus-Christ glorieux et ressuscité : dans les afflictions qui lui arrivent du côté des créatures, il n'en est aucune que cette espérance n'adoucisse. C'est par cette espérance que Job sur son fumier, voyait tranquillement son corps tomber en pièces : c'est par cette espérance , que les apôtres et les premiers fidèles se réjouissaient dans leurs tribulations : ils croyaient sans cesse voir arriver Jésus-Christ du haut des airs ; aussi , au milieu des tourments , ils défiaient avec une sainte fierté la barbarie des tyrans. Tel était l'esprit de ces siècles heureux : une vaine spiritualité n'avait pas encore interdit ces divines consolations à la vertu. En effet , le juste serait bien à plaindre, s'il n'y avait pour lui d'espérance qu'en cette vie. L'Évangile, en un sens, ne fait que des malheureux selon le monde; et s'il n'y a plus rien a espérer après celte vie, rien n'égale l'infortune d'un disciple de Jésus-Christ. Aussi point de règle plus sûre que celle-ci, pour connaître si l'on est véritablement disciple de Jésus-Christ , ou enfant du siècle : Seriez-vous à plaindre, s'il n'y avait point de résurrection à espérer? Si vous n'attendiez qu'un anéantissement éternel après cette vie , vous faites-vous assez de violence en celle-ci , pour dire avec l'Apôtre : Si nous n'espérons en Jésus-Christ que pour cette vie , nous sommes les plus malheureux de tous les hommes. Quand la religion ne serait qu'un songe, seriez-vous fort trompé dans vos mesures ? Les premiers fidèles avaient droit de dire , que si Jésus-Christ n'était pas ressuscité, tout était perdu pour eux ; eux qui sacrifiaient tout à cette espérance ; eux qui n'avaient aucune autre consolation sur la terre : mais vous qui ne sacrifiez aux promesses de la foi , ni plaisirs , ni goûts, ni superfluités ; que Jésus-Christ soit ressuscité, ou qu'il ne le soit pas, en êtes- vous plus ou moins à plaindre? dès là cependant vous n'êtes plus chrétien.

Troisièmement, elle corrige notre espérance, parce qu'elle nous propose les moyens qui seuls nous donnent îlroit d'espérer, en nous apprenant qu'il n'est pas possible

' de chercher la félicité sur la terre, et d'espérer en Jésus- Christ. Mais de plus , comme une des causes les plus ordinaires de nos rechules après la solennité, est de nous persuader que le retour à la grâce est facile, et ainsi d'espérer contre l'espérance , le mystère de la résurrection de Jésus-Christ corrige cette erreur si commune et si dangereuse. Car, puisque le bienfait de la résurrection n'a été en Jésus-Christ que le prix du plus douloureux de tous les sacrifices, et que sa résurrection est le modèle de la nôtre, nous devons en conclure , que si nous retombons, il faudra passer par de terribles épreuves , pour arriver au renouvellement de la pénitence; et môme la grâce d'une seconde pénitence nous sera-t-elle accordée , cette grâce qui est rare? Conservons donc précieusement un trésor si difficile à recouvrer.

IIe Partie. La résurrection de Jésus- Christ nous apprend à persévérer; elle est le modèle de notre persévérance. Jésus- Christ ressuscité d'entre les morts, ne meurt plus , dit l'Apôtre ; la mort n'a plus d'empire sur lui , parce que sa résurrection renferme un renouvellement entier et parfait ; qu'il n'a plus rien de terrestre au sortir du tombeau , et que la mort a été absorbée dans sa propre victoire. Voilà le modèle et le moyen de notre persévérance. Voulons-nous ne plus retomber? il faut que tout ce qui était en nous de terrestre et de mortel soit détruit, et que nous soyons des hommes tout renouvelés et tout célestes. Cependant l'erreur commune regarde le temps pascal comme un temps de relâchement et de repos ; mais c'est tout le contraire. Si vous voulez conserver la grâce de la résurrection, il doit être pour vous un temps de renouvellement et de ferveur : en voici les raisons.

1° Si vous croyez pouvoir vous permettre des mœurs plus douces , et un usage plus libre des plaisirs dans le temps pascal , parce que l'Église paraît dans l'allégresse en ce saint temps; faites réflexion que l'allégresse de l'Église n'ost fondée que sur la victoire que Jésus-Christ , et tous les fidèles avec lui , remportent aujourd'hui sur le péché; qu'ainsi, si vous êtes encore sous l'empire du péché, elle est encore couverte d'un deuil invisible, et gémit en secret devant son époux. D'ailleurs le temps de la vie présente n'est pas le temps de sa joie : elle y gémit sans cesse ; elle soupire sans cesse après sa délivrance ; et ses chants de joie ne sauraient être que des désirs d'éternité, et de vifs empressements d'être réunie à l'Église du ciel. Voyez si vous entrez dans l'esprit de l'Église, en faisant consister le privilège de la résurrection dans un usage plus libre des plaisirs, et dans la rareté des prières et des autres devoirs de la religion ?

2° Si après une vie criminelle , vous avez été assez heureux pour recouvrer en ces jours votre innocence pai la grâce des sacrements, vous êtes donc de nouveaux enfants de la grâce : or, dans cet état d'enfance et de faiblesse , plus faciles à séduire , ne vous faut-il pas plus de secours et de précautions pour vous soutenir ? D'ailleurs , si vous ne faites que de sortir de vos mœurs criminelle.--, vous n'avez donc encore rien fait pour les expier. Vous avez gémi au tribunal , il est vrai ; mais ce ne sont pas là les seuls fruits de pénitence. Vous n'avez donc pas encoie

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rommencé à expier vos crimes ; et vous voulez vous permettre des adoucissements ; est-il temps de se reposer à l'entrée même de la carrière ? Il peut arriver quelquefois qu'à la fin de la course, on se relâche ; mais les commencements doivent être fervents : c'est là le caractère de la première grâce. Si donc vous commencez par la chair, comment finirez-vous par l'esprit? De plus , votre propre expérience vous apprendra que les tentations ne sont jamais plus violentes que dans un commencement de nouvelle vie ; parce que le démon , furieux d'avoir laissé échapper sa proie , met tout en œuvre pour la recouvrer. Les tentations étant donc alors plus vives , et la piété plus faible, n'est-il pas évident que la fidélité et la vigilance ne furent jamais plus nécessaires que dans ces commencements?

3° Puisque l'Église, en ce saint temps, fournit moins de secours extérieurs à la piété des fidèles, vous devez remplacer ce défaut par un renouvellement de zèle et d'attention ; car pour vous qui êtes encore faible dans la foi, cette privation de secours sensibles a ses dangers. Il est à craindre que ne trouvant plus autour de vous les appuis extérieurs de la piété , vous ne puissiez vous soutenir tout seul, et que la sainte liberté de ce saint temps , ne soit pour vous une occasion de chute et de libertinage. D'ailleurs entrez dans l'esprit de l'Église; depuis la naissance du Sauveur jusqu'à sa résurrection, et à l'effusion de son Esprit saint que nous attendons, elle vous a tenus sous ses ailes , pour ainsi dire , comme des petits qu'elle enfantait , et qu'elle voulait former à Jésus-Christ. Mais désormais , ces mystères étant accomplis , elle regarde son ouvrage comme achevé en vous ; et vous regardant comme des hommes tout célestes, elle se relire dans le secret de son sanctuaire , et ne propose à votre piété que le mystère ineffable de l'unité de l'essence divine , et de la trinité des personnes , qui fait toute l'occupation et tout le culte des bienheureux; parce qu'elle croit que vous mènerez désormais une vie toute céleste. Jugez si vous devez vivre selon les sens, dans un temps où l'Église suppose que votre vie est enfin toute cachée en Dieu avec Jésus-Christ?

4° Mais supposons qu'une vie molle et moins attentive ne fût pas dangereuse pour la piété après la solennité sainte, elle serait du moins injuste pour la plupart des fidèles. Le juste arrivé au bout de cette sainte quarantaine , a droit d'essuyer ses larmes , et de goûter avec l'Église les consolations sensibles de ce saint temps; lui, qui loin de se dispenser de la sévérité de ses lois, y a ajouté des rigueurs de surcroît. Mais ceux qui au lieu d'avoir été pénitents pendant le carême , ont été prévaricateurs de la loi commune même de la pénitence; qui ont porté au mystère de la résurrection des passions aussi vives et aussi entières qu'elles l'étaient avant ces jours de macération et d'abstinence; ah! ceux-là, loin de se permettre aujourd'hui des délassements, doivent se mettre en état de réparer leur làchelé passée , et changer ce temps de joie en un temps de deuil et de tristesse.

Au reste, la grâce ne peut se conserver que par les mêmes voies par où on l'a recouvrée. Vous avez employé , pour la recouvrer, les larmes, la componction, une vive

horreur de vos fautes, l'élorgnement des occasions , une conviction sincère de votre faiblesse , et du besoin que vous aviez de prière et de vigilance , la fuite du monde et de ses plaisirs, etc. Voilà le plan de vos devoirs jusques a la fin : suivez toujours ces routes heureuses, qui vous ont conduit à votre délivrance ; et vous persévérerez. Vous relâcher, ce serait tout perdre , et risquer tout le fruit de vos travaux passés.

LE JOUR DE LA PENTECOTE

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