‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 227 sur 235 · LE JOUR DE SAINT BENOIT · texte numérisé non relu

LE JOUR DE SAINT BENOIT

Division. /. Benoit condamna le monde, je veux dire, les faux jugements et la sécurité du monde , par les lumières qui lui en découvrirent le néant et le danger. II. Il condamna le découragement et les irrésolutions du monde sw le salut, par la gloire et le, succès qui accompagna la promptitude de son entreprise.

Ve Partie. Benoit condamna les faux jugements et la sécurité du monde, par les lumières qui lui en découvrirent le néant et le danger. C'est de trois erreurs principales que naissent cette foule de fausses maximes répandues dans le monde, qui dérobent presque à tous les hommes les voies de la justice et de la vérité : la première

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est une erreur d'espérance qui ouvre à l'imagination, si capable de séduction dans le premier âge, mille lueurs éloignées de fortune , de gloire , de plaisir ; la seconde est une erreur de surprise, qui ne trouvant pas le cœur encore instruit sur le vide et l'instabilité des choses humaines , profite d'une circonstance où tout ce qui blesse l'amené s'efface plus, pour y faire entrer le venin plus avant , et la corrompre sans ressource : la dernière est une erreur de sécurité , qui nous représente les abus du monde comme des usages et des voies sûres , et nous fait marcher, sans rien craindre , dans des sentiers où tous les pas sont presque des chutes. Or, les lumières de la foi découvrirent à Benoît trois vérités principales, qui dissipèrent d'abord l'illusion de ces trois erreurs, et qui, encore aujourd'hui , condamnent le monde , ou qui les ignore, ou qui les méprise.

1" Contre l'erreur d'espérance, il comprit que tout ce qui passe et ne doit pas toujours demeurer, n'est pas digne du chrétien né pour l'éternité. Envoyé à Rome en un âge assez tendre, pour y cultiver l'espérance de ses premières années par tous les secours que pouvait fournir à l'éducation un séjour si célèbre, la foi qui mûrit de bonne heure la raison , et donne au premier âge toute la sagesse et toute la maturité des longues années , montra d'abord à Benoît ce que l'expérience seule apprend si tard aux âmes que Je monde a séduites; et dès l'entrée presque de la vie , Benoît vit le monde tel que le pécheur, trop tard détrompé , le voit enfin en mourant , et s'en éloigna en un âge où il est encore plus séduisant par les charmes qu'il promet , qu'il ne l'est ensuite par les faveurs réelles qu'il accorde. Car voilà l'illusion universelle dont le monde s'est servi dans tous les temps pour séduire les hommes. Dieu répand sans cesse des dégoûts et des amertumes sur nos passions injustes pour nous rappeler à lui ; mais nous rendons ces dégoûts inutiles , en charmant nos ennuis présents par l'espoir d'un avenir chimérique que l'événement dément toujours. C'est là l'état de presque toutes les âmes que le monde et les passions entraînent. Loin de chercher dans les promesses de la foi cette félicité qui nous manque, nous la cherchons dans les promesses du monde même ; et c'est à ces vaines promesses que nous sacrifions notre bonheur éternel.

T La foi préserva Benoit dès sa jeunesse de cette erreur de surprise, que la nouveauté des plaisirs, le défaut de réflexions, et le torrent des exemples et des usages, rend comme inévitable à ce premier âge. Il sentit que tout ce qui n'est pas Dieu , peut surprendre le cœur de l'homme ; mais ne saurait le satisfaire. Ce n'est là d'ordinaire que le fruit des réflexions et de l'âge ; et heureux ceux qui , après avoir été séduits, trouvent dans la séduction même de quoi se détromper plus solidement et sans retour de leurs erreurs passées! Mais Benoit parut instruit sur le vide et l'amertume des plaisirs , sans qu'il en eût coûté à son innocence pour s'en instruire. La première impression que le monde fit sur son cœur, fut le désir de l'abandonner; et il chercha la solitude, comme l'asile de son innocence, et non comme un lieu propre à pleurer ses crimes. Ce n'est pas qu'une retraite de pénitence ne soit glorieuse à la grâce de Jésus Christ; mais c'est toujours un cœur flétri, pour

ainsi dire, qu'on porte dans le sanctuaire; c'est une offrande, comme encore souillée qu'on va mettre sur l'autel : or, il semble que les âmes qui n'ont jamais appartenu au monde et au démon , sont bien plus propres à être consacrées à Jésus-Christ parmi les vierges saintes qui le servent, et à devenir sa portion et son héritage.

De là il s'ensuit que ce n'est pas une maxime si sûre , quoique très-ordinaire à des parents môme pieux et chrétiens , de se persuader qu'il est bon que leurs enfants aient connu le monde , avant de les consacrer à Jésus-Christ dans une retraite religieuse. Car, outre qu'il est rare de vouloir connaître le monde , sans qu'il en coûte de l'avoir connu ; quand cela n'arriverait pas , il en reste toujours je ne sais quelles impressions funestes, qui viennent troubler le repos et la douceur de la retraite; et souvent il touche plus par les vaines images qu'il a laissées, qu'il ne touchait par les plaisirs qu'il nous offrait autrefois. Aussi Benoît n'attend pas que l'essai mille fois fait des plaisirs injustes, le détrompe enfin , et le convainque que ce n'est point là ce qui peut rendre l'homme heureux. Il prend Dieu seul pour sa consolation et pour son partage, avant que d'avoir éprouvé que le monde ne saurait l'être. Et nous, détrompés depuis tant d'années par notre propre expérience , instruits par nos propres dégoûts , lassés du monde par les mêmes endroits qui autrefois avaient pu nous le rendre aimable , nous ne pouvons cependant nous déprendre de nous-mêmes ; nous n'osons rompre les liens qui nous accablent , et que nous portons à regret. Dieu est-il donc un maître si cruel et si dur à ceux qui le servent , qu'il faille préférer les amertumes mêmes du crime aux plus douces consolations de la grâce ?

3° La dernière erreur que les lumières de la foi découvrirent à Benoit, fut une erreur de sécurité. Il est assez ordinaire aux personnes qu'un heureux tempérament et les préventions de la grâce ont préservées des grandes chutes dans le monde, de ne compter pour rien les dangers où tous les autres périssent, et d'écouter tout ce qu'on dit contre la contagion du monde, plutôt comme un langage de piété, que comme des avis nécessaires pour la conserver. Cette fausse idée les établit dans une sécurité qui rend les plaies qu'elles reçoivent dans le monde d'autant plus incurables , que n'y étant pas sensibles, elles ne leur cherchent point de remèdes. C'est là l'écueil que la retraite de Benoît nous apprend à éviter. L'innocence conservée dans le monde ne le lui rendit pas moins redoutable. Il se retira donc de Rome, pour aller se cacher dans la solitude; et la nouveauté de son dessein, en un siècle où ces exemples étaient encore rares en Occident, n'arrêta pas un moment l'impression de l'esprit qui le conduisait au désert; et la retraite qu'il avait choisie aux environs de Rome, ne le cachant pas assez à son gré au monde, il en chercha une plus austère, eraignant de retrouver dans le concours des personnes que le bruit de sa piété attirail déjà de toutes parts à son désert , les mêmes écueils qu'il avait voulu fuir en sortant du monde.

11 ne s'ensuit pas de là que les cloîtres et les déserts soient la vocation générale de tous les hommes. Mais pour vous, pour qui tous les périls sont presque des chutes,

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et qui ne sauriez vous promettre d'être fidèle, tandis que vous serez exposé , il est évident que Dieu a gravé dans la faiblesse même de vos penchants, l'arrêt qui vous sépare du monde ; et les exemples de ceux qui se sauvent dans le siècle , ne concluent rien pour vous , à moins que vous ne puissiez vous répondre des précautions qui leur ont assuré le salut.

IIe Partie. Benoît condamna le découragement et les irrésolutions du monde sur le salut, par la gloire et le succès qui accompagna la promptitude de son entreprise. Lorsque Dieu convie les pécheurs à venir goûter les saintes consolations qu'il prépare ici-bas même, à ceux qui le servent , figurées sous l'image d'un festin ; au lieu de l'empressement qu'on devrait montrer, on oppose d'ordinaire, comme l'Évangile nous l'apprend, trois sortes d'excuses à la voix du ciel. La première excuse est une excuse de mollesse ; uxorem duxi : la seconde , est une excuse de fausse prudence , qui n'a jamais pris assez de mesures ; juga boum emi, eo probare illa : la troisième estime excuse d'attachement et d'intérêt terrestre ;villam emi. Or les démarches de la foi de Benoit confondent le monde sur ces trois vaines excuses.

1° L'excuse de mollesse. Caché d'abord au fond d'un antre , oublié des hommes , et connu de Dieu seul , passant les nuits ou à chanter de saints cantiques, ou à méditer les années éternelles, Benoit ne trouve plus de volupté qu'à crucifier sa chair, et la réduire en servitude; devenu père d'un peuple de solitaires, il renouvelle en Occident ces prodiges d'austérité, que les déserts de Scéthé et de la Thébaïde avaient admirés ; et sa règle si estimée depuis , ne fut , dit saint Grégoire , que l'histoire exacte des mœurs du saint législateur. C'est ainsi que Benoît confond la mollesse du monde. En effet, quand on nous propose ces grands modèles , nous nous récrions sur la puissance de la grâce dans ces hommes extraordinaires : mais nous n'allons pas plus loin; et parce que nous ne croyons pas que ces modèles de pénitence soient proposés pour être imités , nous ne les croyons pas même faits pour nous instruire. Mais quel a pu être le dessein de Dieu en suscitant dans tous les siècles, de ces pénitents fameux qui ont édifié l'Église ? n'est-ce pas de nous faire comprendre de quoi notre faiblesse , soutenue de la grâce , est encore capable ? De plus , je vous demande pourquoi ces grands exemples de pénitence nous paraissent-ils si éloignés de nos devoirs et de notre état ? Est-ce parce qu'ils ont vécu dans des siècles fort éloignés des nôtres ? mais les devoirs ne changent pas avec les âges. Est-ce parce que les saints ont été des hommes extraordinaires ? mais les saints ne sont devenus parmi nous des bommes extraordinaires , que parce que la corruption est devenue universelle. Est-ce parce que los mortifications et les saintes austérités ne forment que le caractère particulier de quelques saints ? mais lisez les histoires ; tous ont fait pénitence ; tous ont crucifié leur chair avec leurs désirs ; et partout où vous trouverez des saints, vous les trouverez pénitents. Nous avons donc beau nous rassurer sur l'exemple commun ; si les saints l'avaient suivi, ils ne mériteraient pas aujourd'hui nos hommages. L'Évangile est fait pour nous comme

pour eux , et comme il n'a rien qui nous ressemble, il n'a rien non plus qui doive nous rassurer.

2° Seconde excuse : la fausse prudence , qui trouve toujours des difficultés insurmontables , que Benoît confond pareillement. Quoiqu'il y eût déjà eu dans nos Gaules de saintes assemblées de moines, on peut dire que Benoît fut suscité de Dieu, et rempli de tous les dons de la nature et de la grâce, pour être en Occident non-seulement le restaurateur, mais le père de la vie cénobitique. Mais quelle entreprise fut jamais plus traversée et plus contredite! il est obligé de quitter le premier monastère dont on l'avait chargé ; parce qu'il n'y trouva que des enfants pervers et corrompus : il n'est pas plus tranquille dans la nouvelle solitude qu'il s'est choisie : enfin il aborde au Mont-Cassin, cette montagne depuis si célèbre, le Carmel de l'Occident; il n'y trouve que des idolâtres , il en bannit l'idolâtrie, et y élève un autel au Dieu vivant ; il y donne sa loi céleste à ses disciples , et devenu père d'un grand peuple de saints solitaires, il remplit tout l'Occident du bruit de son nom et de sa sainteté. Mais il importe plus de nous instruire que de le louer. La grande foi de Benoit, qui l'affermit contre toutes les difficultés que le démon oppose à son entreprise , condamne notre découragement dans les obstacles qui traversent les démarches de conversion que Dieu demande de nous : ce sont les difficultés et les obstacles eux-mêmes qui doivent soutenir et animer une âme dans la résolution qu'elle prend de changer de vie, et de servir Dieu. Si tout était tranquille, ce grand calme devrait lui faire appréhender pour une conversion à laquelle le monde et l'enfer seraient si favorables : les contradictions ont toujours été le caractère le plus constant des œuvres de Dieu.

3° Troisième excuse ; l'attachement aux choses de la terre , à la fortune ou à la réputation : elle esteondamnée par la gloire et le succès qui accompagna Benoit dans son entreprise. Benoît sur le Mont-Cassin, fut l'oracle de toute la terre; l'institut célèbre dont il jeta les fondements , semblable au grain de sénevé , devint bientôt un grand arbre qui couvrit tout le champ de Jésus-Christ , et en fit le plus bel ornement. Les enfants de Benoît gouvernèrent longtemps toute l'Église, et comme Jacob, il fut le père des patriarches. Ce fut dans ces pieux asiles que la science et la vérité se sauvèrent de l'ignorance et de la barbarie de ces siècles infortunés qui suivirent le siècle de Benoit. Telle fut la gloire, tels furent les succès de notre saint; et voilà ce qui nous confond, nous en qui la fausse prudence, et les inconvénients de fortune et de réputation que nous croyons entrevoir dans une vie chrétienne , l'emportent presque toujours sur les plus pressants mouvements de la grâce qui nous y convient. Oui, les personnes même qui se sont déjà déclarées pour Jésus-Christ dans le détail de leurs devoirs, sacrifient presque toujours à des égards humains les lumières et les mouvements de leur propre conscience. Ce n'est pas à la vérité sur des points essentiels; mais c'est sur une infinité de moindres démarches que Dieu demande de nous, et que nous sentons tous nous être nécessaires : cependant le monde nous arrête; la première pensée qui nous occupe, c'est ce que le monde pensera de nous ; et après l'avoir abandonné , nous voulons

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encore le ménager ; et nous ne pensons pas que si nous regardons le inonde comme l'ennemi de Dieu , il ne peut lien nous arriver de plus heureux que de lui déplaire.

LE JOUR DE SAINT JEAN-BAPTISTE

Division. /. Jean-Baptiste condamnant le monde par le témoignage qu'il rend à la lumière et à la vérité. II. Jean-Baptiste condamné du monde pour avoir rendu ce témoignage.

Ve Partie. Jean-Baptiste condamnant le monde par son témoignage. Le monde a de tout temps taxé les austérités de la vie des gens de bien, d'excès et de singularité; leur humilité, de pusillanimité et de faiblesse; leur zèle , de bizarrerie et d'aigreur. Or c'est sur ces trois préjugés si injustes que Jean-Baptiste condamne le inonde.

1° Sur la pénitence que le monde taxe d'excès et de singularité. Quoique sanctifié dès le sein de sa mère, quoique ce ne fût pas un pécheur, un mondain , un ambitieux , mais un juste en qui la grâce avait prévenu la nature, quels exemples d'austérité ne vient-il pas montrer aux hommes? Suivez-le dans les déserts, sur les bords du Jourdain, à la cour d'Hérode , la différence des lieux ne change rien à l'austérité de ses mœurs; il est partout le môme. Cependant le monde n'en est point touché , parce que le monde ne peut comprendre qu'on ne soit pas fait comme lui ; et que tout ce qui le condamne , lui paraît plutôt une imposture inventée pour amuser les simples, qu'un modèle proposé pour confondre les pécheurs. Jean-Baptiste ne se contente pas de prêcher la pénitence par ses exemples; il la prêche dans ses discours, comme le seul moyen de se mettre à couvert de la colère à venir : mais c'est un langage bien nouveau que celui de la pénitence, pour un monde qui ne le connaît pas. Aussi le monde l'écoute , le monde l'admire; mais le monde ne le croit pas, et il demeure toujours tranquille dans son aveuglement. Cependant , sur quoi le monde se croit-il dispensé de faire pénitence? 8ei ait-ce sur l'innocence de la vie ? hélas ! n'a-l-il pas assez de crimes à expier? Serait-ce la faiblesse de la santé qui arrête? mais quel usage n'en fait-on pas pour les plaisirs, pour la gloire et pour la fortune? Serait-ce sur la facilité avec laquelle Dieu reçoit toujours le pécheur pénitent? il est vrai , Dieu reçoit toujours le pécheur qui revient à lui ; mais qui vous a répondu que vous arriverez à ce jour que vous vous marquez à vous-même, et que Dieu changera votre cœur, quand vous aurez mis le comble à vos crimes?

2" Les abaissements de Jean-Baptiste sont encore un nouveau sujet de condamnation pour le monde, qui traite l'humanité de pusillanimité et de faiblesse. Et remarquons comment tous les caractères de l'humilité de Jean-Baptiste confondent notre orgueil. Premièrement , il rend gloire à la vérité et à la justice, en se reconnaissant inférieur à Jésus-Christ; et nous, malgré tout ce qui nous humilie au dedans de nous , nous exigeons que les hommes pensent de nous ce que nous n'oserions en penser nous-mêmes. Secondement, il veut diminuer, afin que Jésus-Christ croisse, et met sa véritable grandeur à cacher l'éminence de ses titres :

et nous, non-seulement nous voulons nous attribuer les ta» lents et les vertus que nous n'avons pas, nous disputons même aux autres celles qu'ils ont, comme si leur réputation nous humiliait, et qu'on nous privât des louanges qu'on leur donne, Troisièmement, Jean-Baptiste ne fait servir l'éclat de ses dons et de ses talents qu'à la gloire de Jésus-Christ; et tout ce que le Seigneur a mis en nous de dons et de talents, hélas ! nous n'en faisons usage que pour nous, et souvent contre le Seigneur lui-même.

3° Le zèle de Jean-Baptiste condamne le monde qui a coutume de le traiter de bizarrerie et d'aigreur. Son zèle est éclairé; il ne s'en prend qu'aux abus; il ne propose à chacun que les devoirs propres de son état : mais il n'en est pas moins intrépide. Il ne ménage ni les rangs, ni les digni lés, ni les erreurs les mieux établies : partout où il trouve le vice, il l'attaque, il le confond, et ne connaît pas ces timides ménagements qui font grâce au crime en faveur du pécheur. Mais cette intrépidité de zèle est accompagnée de prudence et de charité; de cette prudence qui condamne le vice sans aigrir le pécheur ; de cette charité qui supporte le malade, mais qui ne souffre et ne déguise pas le mal, qui prend toutes les formes , qui mêle la douceur et la sévérité. Or, qu'il est rare de trouver tous ces caractères dans le zèle des personnes qui font profession de piété! Notre zèle est éclairé; c'est-à-dire, nous sommes clairvoyants sur les défauts de nos frères ; rien ne nous échappe de leurs faiblesses. Notre zèle est intrépide : mais c'est envers ceux que nous n'aimons pas , que nous ne craignons pas , qui nous sont inutiles ou même opposés à nos vues, à nos intérêts, à nos sentiments. Aussi notre zèle est prudent; mais ce n'est que d'une prudence intéressée et charnelle; enfin notre zèle, au lieu d'être charitable, est plus aigri et rebuté, que touché des chutes et des faiblesses de nos frères : il leur fait paraître plus de rigueur, plus d'indignation et d'horreur de leurs fautes, que d'affection, de désir, et d'amour de leur salut. 11 rend la vertu plus redoutable par ses censures , qu'aimable par ses ménagements. Or, en violant ces règles du véritable zèle, nous fournissons au monde un préjugé fâcheux contre la piété même.

IIe Partie. Le monde condamnant Jean-Baptiste sur les mêmes choses sur lesqtielles Jean-Baptiste l'a condamné.

1° Sur la pénitence. Sa vie si austère, sa retraite si profonde, son détachement si universel, qui ne doivent former dans les cœurs que des sentiments d'admiration et de respect , ne trouvent parmi les Juifs que des dérisions et des censures. Loin d'animer leur faiblesse par son exemple, loin de bénir Dieu de ce qu'il veut bien donner de temps en temps à la terre ces grands exemples de pénitence, si propres à confondre les pécheurs et les libertins, ils regardent les saints excès de Jean-Baptiste comme une illusion de l'esprit imposteur qui le séduit , et comme une frénésie : Venit Joannes , non manducans , nequebibens : et dicunt : Dœmonium habet. Telle a été de tout temps la destinée du monde; il tourne à sa perte les mômes secours que la bonté de Dieu avait préparés pour son salut. En effet, lorsque des âmes poussées par l'Esprit saint , font succéder à vos yeux la relraite aux dissipations

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du monde, les larmes aux plaisirs, l'austérité des mœurs aux charmes de la volupté et de la mollesse : en êtes-vous touchés , en ètes-vous seulement édifiés ? non , leurs austérités saintes , vous les traitez de singularité et de faiblesse , leur retraite de bizarrerie et d'humeur, leurs larmes de pusillanimité et de faiblesse. C'est une affection , une ardeur de tempérament, une raison blessée : et ce ne sont pas seulement les libertins qui parlent de la sorte ; ce sont les plus sages d'entre les mondains, qui trouvent des inconvénients infinis aux saintes austérités, et aux. larmes heureuses de la pénitence des justes. Us voudraient une vertu modérée, qui ne désespère pas ceux qui en sont témoins , au lieu de les encourager ; ils redisent sans cesse qu'on ne va pas loin , quand on s'y prend si vivement.

Mais d'un autre côté une vertu plus adoucie et plus commune ne trouve pas plus d'indulgence auprès du monde. Car ce même monde qui prêche tant la modération aux gens de bien , dès que ceux-ci paraissent dans des mœurs plus communes, et que leur piété n'a rien de trop austère qui frappe et qui surprenne, ah! c'est alors que le monde insulte à celte vertu commode et aisée ; c'est alors qu'il met bien haut les obligations de l'Évangile , et qu'il devient un docteur rigide et outré : et c'est là le reproche que Jésus-Christ fait aux Juifs de notre Évangile.

2° Le monde condamne Jean-Baptiste sur les abaissements. Oui , le monde qui accuse si facilement les gens de bien d'aller toujours à leurs fins , d'être si sensibles aux honneurs et aux préférences, toujours plein de contradictions, condamne l'humilité du Précurseur. L'aveu qu'il fait aux Juifs de son néant, de sa bassesse, et de la grandeur de Jésus Christ, les éloigne de lui, et ils ne paraissent plus en foule à sa suite : et telle est encore notre injustice envers la vertu. Nous qui trouvons si mauvais que ceux qui en font profession , briguent des dignités et des places , qui leur faisons souvent un crime des grâces mêmes et des honneurs qu'ils fuient , et que leur mérite leur a attirés malgré eux-mêmes ; nous-mêmes , si un juste animé de l'Esprit de Dieu, abdique le faste et l'éclat des honneurs du siècle, pour méditer dans la retraite les merveilles du Seigneur et les années éternelles, de quel œil regardons-nous la grandeur de son humilité , et le courage héroïque de son renoncement et de sa retraite ? Nous y trouvons de la pusillanimité et de la faiblesse : nous appelons une vie oiseuse et obscure, une vie qui sert de spectacle aux anges et aux saints : nous taxons de paresse et de défaut d'élévation, les sacrifices les plus héroïques, et les sentiments les plus nobles de la foi : et tandis que nous admirons le désintéressement, la fausse sagesse, et le mépris orgueilleux que les philosophes avaient pour les dignités et pour les richesses , nous regardons comme un bon air de mépriser la noble humilité des serviteurs de Dieu. Tel est l'aveuglement du monde, d'admirer tout ce qui l'avilit, et de mépriser tout ce qui peut le rendre estimable.

3° Le monde condamne Jean-Baptiste sur son zèle. L'impiété d'Hérodias et la faiblesse d'Hérode font au Précurseur un crime de la sainte liberté de son ministère. Il devient le martyr de la vérité : heureux de l'avoir annoncée jusque dans le palais des rois, et au pied du trône! plus

beureux encore de mourir pour elle, et d'avoir eu assez de zèle pour mériter d'être condamné par le monde ! Tel est le caractère du monde ; il ne saurait pardonner à la vérité, parce que la vérité ne peut lui rien pardonner. Cependant dans quelle bouche la vérité pouvait-elle être plus respectable, que dans celle du Précurseur? Le prodige de sa naissance, le saint excès de ses austérités, sa réputation , les hommages de toute la Judée, l'esprit de tous les prophètes qui paraît revivre en lui , le rendaient l'instrument le plus propre à rendre gloire à la vérité , et à confondre la volupté, si la volupté pouvait rougir. Mais ce vice n'est pas comme les autres , qui laissent encore un reste de goût , au moins de respect pour la vérité; pour la volupté, elle en a été de tout temps la plus inexorable persécutrice. Il n'est rien de sacré pour elle : tout ce qui s'oppose à sa passion, la rend furieuse et barbare : les crimes les plus affreux ne coûtent plus rien , dès qu'ils deviennent nécessaires; et malgré les noms doux et aimables que les théâtres impurs donnent à cette infâme passion, c'est dans la vérité une furie armée de fer et de poison , qui n'épargne rien , et qui est capable de tout, dès qu' on l'incommode et qu'on la traverse. Hérodias n'est touchée ni de la sainteté et des autres qualités de Jean-Baptiste, ni du respect qu'Hérode ne peut refuser à sa vertu , ni même de la circonstance du festin; Jean-Baptiste la reprend; il ose lui reprocher la honte dont elle ne craint pas de se couvrir à la face de toute la Palestine ; il faut que son sang expie le crime de cette liberté. Voilà où mène cette affreuse passion.

Mais sans pousser les choses si loin, arrêtons-nous a la faiblesse d'Hérode. Voyez ce que l'empire de la volupté peut sur les cœurs même les mieux faits : il n'a pas la force de refuser la tête du Précurseur ; il frémit en secret de l'horreur et de la barbarie de cette injustice ; il se rappelle toute la sainteté de ce prophète; c'est à regret qu'il va souiller ses mains du sang innocent ; mais c'est la voluplé qui le demande : est-il possible de rien refuser à la volupté, quand une fois elle s'est rendue maîtresse d'un cœur? L'honneur, la raison, l'équité, notre gloire, notre intérêt même ont beau se révolter contre ce qu'elle exige; ce sont de faibles moniteurs , rien n'est écouté. Telle est la récompense que trouve sur la terre le zèle de Jean- Baptiste , telle est la vérité , toujours odieuse au monde parce qu'elle ne lui est jamais favorable.

LE JOUR DE SAINTE MADELEINE

Division. Madeleine avait aimé le monde d'un amour de goût et de vivacité, qui adoucissait tout ce qu'elle trouvait de pénible dans ses voies; d'un amour de préférence jusqu'à tout sacrifier au monde. Elleaime Jésus-Christ, I. D'un amour tendre et ardent, qui adoucit tout ce qu'elle entreprend déplus amer pour lui; II. D'un amour fort et généreux, qui ne connaît plus rien qu'elle ne lui sacrifie.

Ve Partie. Madeleine aime Jésus-Christ d'un amour tendre et ardent, qui adoucit tout ce qu'elle entreprend déplus amer pour lui. La grâce de la conversion

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imite et suit d'ordinaire le caractère du cœur qu'elle touche; et la miséricorde de Dieu trouve toujours dans nos passions les moyens même de notre pénitence. Or, voilà ce qui se passe aujourd'hui dans le changement de Madeleine.

1° Le monde avait trouvé en elle un de ces cœurs tendres et faciles, que les premières impressions blessent; un de ces caractères que tout entraîne, et à qui tout devient presque un écueil : et voilà la première disposition que la grâce fait aujourd'hui servir à son salut. Excitée par la curiosité , elle vient entendre les paroles de grâce qui sortaient de la bouche du Sauveur, et qui portaient des traits célestes et une onction ineffable dans les cœurs. Ce cœur, si facile pour le monde , ne se défendit pas longtemps contre Jésus- Christ. De nouvelles agitations naissent dans son âme : les idées de la vertu que ce prophète vient de donner aux hommes la surprennent , et la lui rendent déjà aimable : les couleurs terribles avec lesquelles il peint le vice l'alarment, et déjà elle se propose des mœurs plus dignes de sa gloire et de son nom. Voilà la première impression de Jésus-Christ sur cette âme : les mêmes facilités que les attraits des passions avaient trouvées en elle pour le inonde, la grâce les trouve pour le salut.

2" Le monde avait trouvé en Madeleine un cœur habile et ingénieux dans le choix des moyens pour arriver à ses fins : or cette malheureuse prudence qui l'avait conduite dans les voies de l'iniquité, devient une pieuse sagesse dans les démarches de sa pénitence. Elle choisit les circonstances les plus favorables pour toucher Jésus-Christ, et obtenir de lui le pardon de ses fautes. Elle choisit, premièrement, la salle du festin, c'est-à-dire, un lieu qui l'exposant à la risée et à la censure publique , intéressera Jésus-Christ pour elle, et le touchera de pitié. Secondement, le temps du repas, où les grâces s'accordent plus facilement. Troisièmement, la présence des pharisiens, parce que Jésus-Christ , pour confondre leur dureté , se plaisait à donner des marques de bonté et de tendresse envers les brebis égarées. Quatrièmement , elle emploie une confusion salutaire, sans chercher de vaines excuses pour adoucir, du moins aux yeux de son Sauveur, l'excès de ses égarements, et se contente de se tenir à ses pieds. Cinquièmement, elle emploie pour le fléchir une humilité profonde : elle répand des parfums précieux, mais elle ne les répand que sur ses pieds , ne voulant presque pas que le Seigneur s'en aperçoive : elle ne veut attirer les regards de son Libérateur que sur les misères de son âme , et point du tout sur le mérite de ses œuvres. Voilà les saints artifices de l'amour de la Madeleine : elle avait été prudente dans le mal , elle est prudente pour le bien : au lieu que souvent habile dans la recherche des plaisirs, et dans la conduite de leurs passions, les femmes du monde ne savent plus par où s'y prendre , quand il faut se déclarer pour Jésus-Christ.

3° Le monde avait trouvé dans Madeleine un cœur ardent, où les passions ne savaient pas même garder de niesires : vous allez voir les mêmes traits dans le caractère de son amour pour Jésus-Christ. Premièrement, la promptitude. A peine eut-elle appris que le Sauveur était

entré dans la maison du pharisien , elle y court ; elle profite de la première occasion qu'elle trouve de venir se jeter à ses pieds. C'est qu'en effet la promptitude est essentielle à la conversion : la grâce a des moments heureux , que ni le temps , ni les années , ni les mêmes circonstances ne ramènent plus. Secondement, la vivacité. Le monde avait trouvé en elle un de ces caractères extrêmes qui ne se donnent jamais à demi. C'est ainsi qu'elle aime Jésus-Christ : tout ce que l'amour a de plus vif et de plus extrême, pour ainsi dire, elle le sent : toutes les marques de la douleur la plus profonde, elle les donne. Les suites ne diminuent rien à celte ardeur : et partout dans l'Évangile elle nous sera représentée comme une amante vive et fervente. Instruction importante ; car, si l'on n'y prend garde , les conversions les plus vives finissent d'ordinaire par la tiédeur et par le relâchement; et d'un pénitent zélé, on devient un tiède chrétien. Troisièmement, l'aveuglement de son amour, si j'ose ainsi m'exprime r. Car, quoique la grâce soit une lumière céleste , il est vrai de dire néanmoins qu'elle aveugle la raison charnelle sur mille difficultés que l'amour-propre oppose d'ordinaire aux premières démarches de la conversion. Aussi Madeleine ne raisonne point sur les difficultés infinies qu'elle pourra rencontrer dans son changement. En effet , les précautions excessives dans un commencement de pénitence, outre qu'elles ne supposent qu'un cœur à demi touché , ne sont jamais heureuses. La grâce, dans ses premiers mouvements surtout , a d'heureuses imprudences qui révoltent la sagesse humaine, mais qui consomment l'ouvrage du salut. Ce n'est pas que pour mourir au monde et servir Dieu , il faille renverser toutes les règles de la prudence. La raison est donnée à l'homme pour le conduire ; c'est tenter Dieu , et sortir de l'ordre de la Providence , que de ne pas consulter une lumière qu'il a mise lui-même en nous : mais il est certain que trop de prévoyance et de circonspection arrête toujours l'ouvrage de la grâce; et que dans les premières démarches de la grâce, surtout, il faut laisser quelque chose à faire à l'esprit qui nous touche , ne vouloir pas tout prévoir soi-même, s'abandonner à Jésus- Christ sur mille difficultés auxquelles on ne voit pas de ressource , et avoir encore plus de foi et de confiance que de raison.

IIe Partie. Madeleine aime Jésus- Christ d'un amour fort et généreux qui ne connaît plus rien qu'elle ne lui sacrifie. Madeleine avait aimé le monde d'un amour de préférence ; elle lui avait sacrifié sa réputation , son repos , ses biens , ses qualités naturelles : c'est ainsi qu'elle aime Jésus-Christ ; et voilà précisément ce que son amour lui sacrifie aujourd'hui.

1 ° Sa réputation. Elle l'avait d'abord sacrifiée au monde : d'abord arrêtée sans doute par la pudeur naturelle à son sexe, et par sa naissance, ensuite rassurée contre ellemême par ces maximes insensées que le monde inspire , elle ouvrit son cœur à tout ce qui s'offrit pour le captiver. En vain sa gloire et sa raison rougissent en secret de ses faiblesses , l'ascendant de son caractère avait pris le dessus, et tous les nouveaux objets étaient pour elle de nouvelles passions. Elle a les motifs les plus puissants de retenue;

ANALYSES DES SERMONS

»a naissance, la tache immortelle que ses égarements allaient faire à son sang , l'exemple d'une sœur attachée au devoir, les suites même d'une réputation flétrie dans les personnes de son âge , etc. ; mais elle aime le monde , et il n'est plus rien de si cher qu'on ne sacrifie à ce qu'on aime. Maintenant elle aime Jésus-Christ; et voyez comment elle fait un sacrifice de sa réputation à l'amour qu'elle a pour lui. Elle vient chercher Jésus -Christ dans une maison étrangère où elle n'est ni connue , ni priée ; et s'avoue pécheresse par cette démarche, sans écouler toutes les réflexions qui pouvaient naître dans son esprit sur son âge, sur son sexe, etc. Elle ne risquait rien, ce semble, d'attendre que Jésus-Christ se fût retiré chez quelqu'un de ses disciples , où elle lui eût exposé en secret le triste état de son âme : mais le saint amour, comme la passion , ne raisonne pas. Elle ne pense pas à se faire approuver des hommes dans une action où elle va se condamner ellemême : elle traverse les rues de Béthanie dans un appareil bien différent de celui où elle y avait paru : elle entre dans la salle du festin avec une sainte impudence : sa présence renouvelle dans l'esprit des spectateurs le souvenir de ses excès passés , et elle veut bien en soutenir toute la honle. Chacun cherche dans sa malignité des raisons de son changement; et dans ce déchaînement universel, elle n'est touchée que de ses crimes , et n'est occupée que de son amour. Les discours publics ne l'avaient jamais refroidie dans ses passions; ils ne lui font rien rabattre de sa pénitence. Et en effet, pourquoi les passions n'ayant point craint la censure publique, la pénitence serait-elle plus timide? Le monde est-il donc un juge plus éclairé et plus à craindre sur les voies de la grâce , que sur celles du péché? On n'est touché de Dieu qu'à demi , tandis qu'on a encore le loisir de se ménager avec les hommes.

2° Son repos. Madeleine avait sacrifié au monde le repos de son cœur, cette paix si chère à l'âme, et la plus sûre source de nos plaisirs. Car, s'écrie saint Augustin , vous l'avez ordonné , ô mon Dieu ! et la chose ne manquo jamais d'arriver, que toute âme qui est dans le désordre, soit à elle-même son supplice : il n'est point d'iniquité tranquille : et le crime est toujours plus pénible que la vertu. Son amour fait encore ici le même sacrifice à Jésus- Christ : elle lui sacrifie, non pas la paix véritable, mais une certaine paix à laquelle le pécheur renonce véritablement, en renonçant à ses vices, parce que la grâce fait toujours au fond du cœur des séparations douloureuses. Premièrement , elle se fit une grande violence pour éteindre des passions , dont le caractère de son cœur la rendait si capable. Secondement , elle ne se proposa pas une conversion douce et commode, comme tant d'âmes à demi converties. Or, à son âge, il faut bien prendre sur soimême pour accoutumer au joug une chair qui frémit au seul nom de tout ce qui peut la contraindre. Madeleine attachée à la personne du Sauveur, le suit dans ses courses, et partage avec lui tous les travaux de sa vie pénitente. Ajoutez à cela les alarmes qui suivirent son tendre amour pour Jésus-Christ, et tout ce qu'elle craignait de la fureur et de la jalousie des pharisiens contre son divin maître; ajoutez à cela le spectacle du Calvaire; de quel glaive de

douleur son âme n'y fut-elle point percée ? C'est ainsi que renonçant au monde, Madeleine lit un sacrifice de son repos à Jésus-Chrisl : et souvent en se déclarant pour la piété , on y cherche une vie plus douce et plus tranquille; et on ne sort des voies difficiles du siècle , que pour trouver une sainte oisiveté dans le sentier du salut.

3° Ses biens. Madeleine avait sacrifié ses biens au monde : car quel usage en fait-on dans une vie toute mondaine? La passion n'est jamais avare , et tout ce qui peut aider à la satisfaire, n'est jamais trop acheté. Ses biens servent aujourd'hui à sa pénitence : elle répand des parfums précieux sur les pieds du Sauveur; elle lui ouvre sa maison au retour de ses voyages ; elle le suit dans ses courses pour fournir à ses besoins : et voilà le modèle de la pénitence des pécheurs. Ils ont semé pour l'iniquité : il faut qu'ils sèment pour la justice; cependant, souvent après les excès et les profusions des plaisirs, on prend avec la piété des inclinations de réserve et d'épargne; et il semble qu'on veut regagner avec Jésus-Christ ce qu'on a perdu pour le monde.

4° Les qualités naturelles. Madeleine avait sacrifié au monde tous les dons qu'elle avait reçus de la nature : elle en fait dans sa pénitence un sacrifice à Jésus-Christ. Sa douleur n'excepte rien, et sa compensation est universelle : son amour reprend toutes les armes de ses passions, et s'en fait autant d'instruments de justice. Elle punit le péché par le péché même, et n'imite point ces personnes qui, dans leur pénitence, veulent encore sauver quelque chose du débris de leurs passions. Or, il doit y avoir une compensation enlre le péché et la pénitence , entre le sacrifice de justice et le sacrifice d'iniquité : et puisque l'on n'a pas été un demi-pécheur, l'on ne doit pas être un demipénitent.

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