LXXIV
Grand Dieu! pourquoi mon âme ne vous seraitelle donc pas soumise? Nonne Deo subjecta erit anima mea? (Ibid. lxi , 2.) Êtes-vous donc un maître si cruel , qu'on risque de laisser sa destinée entre vos mains? que puis-je craindre, grand Dieu! en me reposant sur vous seul de tout ce qui me regarde ? ah! tandis que j'ai voulu être moi-même l'arbitre de ma destinée, je me suis confondu dans mes propres projets; les événements n'ont jamais répondu à mes souhaits et à mes mesures; je n'ai réussi qu'à me former tous les jours à moi-même de nouveaux embarras et de nouveaux chagrins ; en voulant chercher des sûretés, je me creusais des précipices : ce que je regardais comme mon appui , se tournait ensuite contre moi-même : vous vous plaisiez, grand Dieu ! à renverser l'édifice à mesure que je relevais : vous vouliez m'apprendre qu'en vain la main de l'homme édifie la maison, et que si votre main adorable ne la soutient et ne l'élève , il ne se prépare que de tristes ruines! qu'il est bien plus sûr, ô mon Dieu ! de vous laisser faire tout seul, ou de n'agir que sous vos ordres! Que d'inquiétudes je me serais épargnées si j'avais été fidèle à ce devoir! ma destinée aurait été semblable; mais mes chagrins n'eussent pas été les mêmes ; et j'aurais trouvé dans ma
soumission à votre volonté sainte , la paix que je n'ai jamais pu trouver dans le monde, ni dans mon propre cœur; et ensuite la récompense que vous promettez à ceux qui n'ont souhaité sur la terre, que l'accomplissement de vos volontés éternelles.
Ainsi soit-il.
LA PURIFICATION DE LA VIERGE
SECOND SERMON
POUR