POUR SE CONSACRER A DIEU PAR UNE NOUVELLE VIE
Postquàm impleti sunt dies purgaiionis Maries secundùm legem Moysi, tulerunt Jesum in Jérusalem, ut sisterenteum Domino.
Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi de Moïse , ils portèrent l'Enfant à Jérusalem , pour le présenter au Seigneur. (Luc , u , 22.)
Ce n'est pas seulement pour satisfaire à la loi qui consacrait au Seigneur tous les enfants premiersnés, que Jésus-Christ paraît aujourd'hui dans le temple ; c'est aussi pour en accomplir la figure : il ne vient pas seulement se soumettre à une ordonnance qui n'avait pas été faite pour lui ; il vient encore développer les mystères d'une cérémonie qui ne se rapportait qu'à lui.
Pourquoi en effet, mes frères, le Seigneur avaitil ordonné que les premiers nés des hommes et des animaux lui fussent offerts , comme pour racheter par cette offrande la vie et la servitude de tous les autres ? pourquoi ces premiers des fruits de la terre, que la loi de Moïse lui avait réservés? n'est- il pas également maître de tous nos biens? et le sacrifice du soir lui est-il moins dû que celui du matin? Pourquoi ces figures? c'est parce que Jésus-Christ, le premier né d'entre ses frères , devait s'offrir un jour pour les délivrer tous de la condamnation d'Adam : c'est encore parce que Jésus-Christ, ce fruit sublime de la terre, comme l'appelle un prophète, devait être présenté dans le temple, par cette oblation sanctifier toute la nature, et rendre à l'homme le droit d'user des biens qu'elle produit, dont un abus injuste l'avait privé.
Ce n'était donc là que les ombres de l'avenir : voilà pourquoi les prophètes ne cessaient de nous annoncer, que l'éclat de l'ancien temple céderait à la majesté du nouveau. Ce ne sont plus en effet des nuées de gloire qui descendent du ciel pour couvrir le sanctuaire ; elles y enfantent aujourd'hui le juste :
ce n'est plus l'ange du Seigneur, qui du fond du propitiatoire annonce ses volontés au peuple ; c'est le Seigneur du temple lui-même qui vient en personne instruire les hommes des vérités éternelles du salut : ce ne sont plus des princes et des conquérants profanes, qui, attirés par la majesté et par la réputation de ce lieu saint, viennent y adorer le Dieu des armées , et charger ses autels d'offrandes magnifiques; c'est le Prince de la paix, le Roi immortel des siècles , le conquérant de Juda , revêtu desdépouilles des nations, qui vient les offrir toutes à son Père , comme le trophée de sa victoire : ce n'est plus la fumée des encensements, qui monte avec majesté vers le trône céleste; ce sont les prières et les supplications du Christ, toujours exaucé à cause de son excellence : ce n'est plus le sang de mille victimes qui coule sur l'autel; c'est l'oblation sanglante du rédempteur d'Israël qui s'y accomplit par avance : enfin, ce n'est plus un premier-né offert par la synagogue et racheté en même temps , comme incapable de la purifier de ses souillures : c'est l'Église elle-même, figurée dans Marie, qui va offrir son chef, son premier-né, les prémices de ceux qui dorment dans le sein d'Abraham , pour être par cette oblation sainte rendue sans tache et sans ride, et préparée à jamais au Seigneur comme une vierge pure, et seule digne d'entrer avec lui dans le sanctuaire éternel.
Or, comme c'est ici la première marque publique du culte, que Jésus-Christ donne à son Père, sans doute il veut nous y apprendre les dispositions dans lesquelles il faut entrer, pour se consacrer à lui par une vie toute nouvelle. Recueillons donc les circonstances principales de ce mystère, et nous y trouverons un esprit de sacrifice dans Jésus-Christ qui s'offre à son Père , et un esprit de fidélité dans Marie qui l'offre. Or, voilà les deux dispositions qui rendent la conversion sincère et durable, et l'offrande de nos cœurs agréables à Dieu : un esprit de sacrifice qui ne réserve rien en s'offrant; un esprit de fidélité qui ne se dément plus sur rien en le servant. Implorons , etc.
Ave, Maria.