TOUR
LE JOUR DE SAINT BERNARD
Dilcctus à Domino Deo suo , renovavit imperium , et unxit principes in gente sud : in lege Domini congregalionemjudicavit, et injide sud probatus est propheta.
Il fut aimé du Seigneur son Dieu ; il fit prendre à tout l'État une face nouvelle , répandit une onction sainte sur les princes de son peuple , présida aux assemblées d'Israël , prononça selon la loi du Seigneur, et parut un vrai prophète dans sa foi. (C'est l'éloge que le Saint-Esprit fait de Samuel au chap. xlvi de l'Ecclésiastique. 16, 17.)
Israël , infidèle au Dieu qui l'avait tiré de l'Egypte, était devenu depuis longtemps la proie des nations et l'opprobre de ses voisins. La discipline des moeurs y était tristement défigurée; la sainteté de la loi tombée dans l'avilissement ; le culte du Seigneur négligé ; les sacrifices et les offrandes souillées , ou par l'impiété des prêtres , ou par la superstition des fidèles; les enfants d'Héli, ministres du sanctuaire, faisaient des fonctions mêmes de leur ministère, l'occasion de leurs désordres; l'arche sainte ne rendait plus ses oracles à Silo , mais tombée en la puissance des Philistins elle avait paru dans le temple de Dagon , et depuis errait indécemment dans les campagnes de la Judée. Enfin tout l'éclat de la fille de Sion était obscurci : ses solennités et ses sabbats n'étaient plus que des spectacles lugubres : elle n'avait plus de consolateur : ses prophètes ne lui reprochaient plus son iniquité pour l'exciter à pénitence, et le Seigneur avait fait sécher dans sa fureur l'abondanced'Israël, et n'avait pas épargné les beautés de Jacob.
Tel était l'état de la synagogue , lorsque Dieu , touché des gémissements et des calamités de son peuple, lui suscita Samuel, ce prophète chéri du ciel, qui renouvela le gouvernement, qui répandit une onction sainte sur les princes de sa nation, et qui jugea l'assemblée d'Israël, selon la loi; ce prophète, qui d'abord sous les yeux du grand prêtre Héli invoqua le Seigneur dans le calme et dans la retraite du sanctuaire; qui depuis consulté de tout Israël à Silo, où il avait choisi sa solitude, parut à la tête du peuple de Dieu, fut connu depuis Dan jusqu'à Bersabée , régla les différends des tribus , rétablit le culte du Seigneur, et fut le censeur des rois et des princes du peuple; et qui enfin dépositaire de la vérité de la loi fut reconnu fidèle dans ses paroles, parce qu'il avait vu le Dieu de lumière; confondit Amalec,et brisa l'insolence des princos de Tyr et de tous les chefs des Philistins.
Est-ce une prophétie, mes frères ? est-ce une histoire? et par quelle suite de rapports a-t-il pu arriver que le siècle de Samuel ressemblât si fort à celui de Bernard ; et ce prophète si fameux et si souvent loué dans les livres saints, à celui dont j'entreprends aujourd'hui l'éloge?
L'épouse de Jésus-Christ ne s'était jamais vue couverte de plus de taches et de rides , que dans ces temps de ténèbres et de dissolutions où la Providence avait marqué dans ses conseils éternels la naissance de ce grand homme. La foi éteinte parmi les fidèles ; le culte défiguré et inondé de superstitions; les clercs et les princes des prêtres plongés dans l'ignorance et dans le vice; la vigueur de la discipline monastique affaiblie; 'et les élus eux-mêmes, si j'ose le dire, sur le point de céder au torrent , et de se laisser entraîner par l'erreur commune. A tant de calamités , à des plaies si hideuses et si touchantes vous ne fermâtes pas votre cœur, et n'endurcîtes pas , Seigneur, vos entrailles; mais vous tirâtes des trésors de votre miséricorde une de ces grandes ressources que vous ne refusez jamais aux besoins extrêmes de votre Église.
Bernard, le Samuel de son siècle, naît. Il passe les premières années de sa vie dans le repos et dans la retraite du sanctuaire, et c'est là où vous lui donnez des marques secrètes et ineffables de votre amour : Dilectus à Domino Deo suo. Le bruit de son nom se répand bientôt après : de toutes parts on va consulter le Voyant; il quitte sa solitude, et devient le législateur des tribus; il renouvelle la face de l'État, et les princes sont touchés de l'onction et de la grâce de ses paroles : Renovavit imperium, et unxit principes in gente suâ. Enfin, instruit du Dieu même de lumière, il confond l'hérésie et le schisme , devient l'arbitre des conciles , et préside aux assemblées d'Israël ; et malgré les discours des insensés, la grandeur de sa foi le fait reconnaître pour un vrai prophète : In lege Domini congregationem judicavit, et injide suâ probatus est propheta. Et le voilà représenté dans les trois principales circonstances de sa vie ; parfait religieux, homme apostolique , et docteur toujours invincible : c'est l'idée la plus naturelle de son éloge, à laquelle je me suis arrêté. Implorons.
Ave, Maria.