DEUXIÈME PARTIE
Il n'est pas d'erreur plus répandue dans le monde que celle qui nous fait regarder le rang et la naissance comme des titres qui adoucissent à notre égard les obligations de l'Évangile. On croit que l'extrême disproportion qui se trouve entre les devoirs d'une vie chrétienne , et les usages inséparables de la grandeur, doit modérer en notre faveur l'austérité des règles saintes, comme si les obstacles de salut qui font la peine et la malédiction de la prospérité, pouvaient en devenir eux-mêmes un privilège qui leur en facilitât Tes voies ; et que ce qui fait le péril et le malheur des grands , dût en faire en même temps la sûreté et l'avantage. On se persuade que plus nous sommes élevés , plus le mérite de nos œuvres les plus légères croît devant Dieu; et que pour peu que nous fassions pour le ciel , nos faibles efforts , enflés de nos titres et de nos dignités , ont le même poids dans la balance du souverain juge , que les justices les plus abondantes et les œuvres les plus saintes et les plus pénibles des âmes vulgaires.
A une illusion si commune, saint Louis opposa les vues de la foi. Loin d'envisager la royauté comme un rang qui justifie des mœurs voluptueuses et toutes sensuelles, il comprit avec saint Ambroise, que plus il avait reçu , plus on exigerait de lui ; et que les périls du trône étant infinis , les fautes presque irréparables , les exemples du souverain essentiels, il avait besoin de plus de vigilance, pour y conserver son âme pure ; de plus de mortification , pour y expier, outre ses propres faiblesses , tant de fautes étrangères , inévitables dans les grandes places; et enfin de plus de fidélité dans le détail de ses devoirs domestiques , pour y être le modèle de ses peuples.
POUR LE JOUR
Je dis en premier lieu , de plus de vigilance pour y conserver son âme pure. En effet, mes frères, tout est péril dans la dignité souveraine : l'orgueil que nourrissent des adulations injustes ; les passions auxquelles applaudissent toujours des complaisances basses ; les plaisirs que facilite l'autorité suprême; l'oubli de Dieu que produit la multiplicité des soins, ou l'oisive indolence; enfin les usages que tous les siècles ont reçus , mais que la loi de Dieu , plus ancienne que les siècles, a toujours réprouvés. Au milieu de tant d'écueils, le plus dangereux encore, c'est de ne pas les connaître; car les grands, toujours loués et jamais instruits, périssent d'ordinaire sans avoir même su qu'ils avaient lieu de craindre.
Convaincu de ces grandes vérités, le pieux prince régla sa vigilance sur la multitude de ses périls. Les grands d'ordinaire, dès qu'ils oublient Dieu, ne mettent plus de bornes à la licence : lassés des désordres communs , il leur faut des excès bizarres pour réveiller leur âme rassasiée de volupté; et jusque dans le crime même , il n'est qu'une affreuse distinction d'énormité qui puisse leur plaire. Ainsi ce prince de Babylone n'eût pas trouvé assez de goût aux dissolutions impures de ses festins , s'il ne les eût assaisonnées par l'impie profanation des vases du sanctuaire. Notre saint roi se fit des monstres des fautes les plus légères : rien n'égala dans son esprit l'borreur d'un seul péché qui tue l'âme, et qui la met dans la disgrâce éternelle de son Dieu. Il ne pouvait comprendre que les hommes connussent de plus grand malheur sur la terre que celui de tomber dans le péché : c'était là le sujet le plus ordinaire de ses entretiens ; et comme il disait souvent, la perte de son royaume lui eût paru un gain, s'il avait fallu s'en dépouiller pour éviter un seul crime. Ressuscitez, ô mon Dieu, au milieu des grands et des princes de votre peuple, une foi si vive et si digne de la religion; et faites-leur comprendre que dans la plus haute fortune , et sur le trône même , on n'est plus rien et on a tout perdu, dès qu'on a eu le malheur de vous perdre.
Aux sentiments, saint Louis ajouta les précautions et les remèdes : car qui ne sait , mes frères , que l'adulation est l'écueil des meilleurs princes ; que leurs vices, ne trouvant autour d'eux que des yeux favorables et des langues mercenaires, ne reviennent jamais à eux que sous les couleurs flatteuses de la vertu ; et que tout les trompe , parce que l'art de leur plaire, c'est de les tromper? Le saint roi n'eut point de flatteurs, parce qu'il n'aima point ses fautes : environné d'un nombre d'amis saints et fidèles, il les établissait les censeurs de sa conduite : les plus sin-
cères lui étaient toujours les plus chers. Persuadé que les princes n'apprennent jamais que les vérités agréables ; qu'on est à plaindre sur le troue de n'êire puissant que pour n'avoir pas un ami, et de rendre les hommes faux et timides par les grâces mêmes qui nous les attachent, le saint roi chercha dans les gens de bien cette droiture de cœur, cette sincérité de lèvres , cette liberté désintéressée qu'on ne saurait trouver qu'en eux seuls. Il voulait être instruit ; il ne voulait pas être flatté : la vérité n'est odieuse qu'à ceux qui craignent de la connaître.
Mais peu content d'éviter les périls de la royauté , saint Louis se crut obligé d'en expier sans cesse les fautes , ou inévitables , ou inconnues. Car, mes frères, quel abîme qu'une grande place, qui nous établit sur les peuples , qui nous rend responsables devant Dieu de la destinée des villes et des provinces , de la tranquillité des familles , de l'observance des lois , des suites de la paix ou de la guerre , de l'abondance ou des calamités publiques, de la licence ou la discipline des mœurs , des artifices et des passions humaines; des abus, ou impunis, ou autorisés; des vertus, ou négligées, ou peut-être persécutées ; des grâces ou accordées au vice , ou refusées au mérite! Grand Dieu! vous ne rejetez pas les grands et les puissants, puisque vous les avez établis vous-même , et qu'ils tiennent leur puissance de vous seul ; mais que les grandes places sont degrands écuejls pour le salut!
Plein de ces vues de la foi, le saint roi gémissait sans cesse sous le poids de la couronne et sous la multiplicité de ses soins et de ses devoirs. Il n'était pas ébloui de l'éclat qui environne le trône ; il était effrayé des sollicitudes et des obligations immenses cachées sous cet éclat trompeur. Il punissait sur sa propre chair les désordres publics : il regardait les péchés de ses peuples comme ses péchés propres , et se croyait obligé d'expier tout ce qu'il ne pouvait empêcher. Sous l'éclat de la pourpre royale, il cachait la mortification de Jésus-Christ : l'austérité d'une haire presque perpétuelle affligeait l'innocence de son corps : la seule soumission aux avis du guide de sa conscience suspendait quelquefois cette pratique douloureuse; et des membres qui n'avaient jamais servi à la volupté , servaient à la justice et à la pénitence. Cependant après les plus grands crimes, on n'oserait l'exiger des grands : leurs plus légères démarches de religion sont accompagnées d'éloges si pompeux , qu'on les donnerait à peine à la piété la plus consommée : ils sont des modèles de vertu, le moment après qu'ils ont cessé de l'être du vice et de la licence. Aussi , comme le disait saint Ambroise au grand Théodose , les siècles passés ont
DE SAINT LOUIS
vu beaucoup de princes pécheurs assis sur le trône ; mais ils n'y ont presque vu qu'un seul David pénitent. Combien de fois dans les calamités publiques qui affligeaient le royaume, cette ville régnante vitelle notre saint roi traverser les rues couvert de cendres et de cilice; aller implorer publiquement dans nos temples le secours du ciel; s'offrir lui-même, à l'exemple de David , comme une victime de propitiation pour tout son peuple; se reconnaître seul coupable des malheurs publics ; et comme ce prince, dire au Seigneur : Détournez sur moi seul , ô mon Dieu, le glaive de votre fureur et de votre colère! épargnez ce peuple que vous avez choisi , qui vous connaît et qui vous adore , et dont peut-être tout le crime à vos yeux est d'avoir un prince que vous avez comblé de faveurs , et qui ne vous est pas plus fidèle : Fertatur, obsecro, manus tua contra me; ego sum qui peccavi ; isti qui oves sunt , quidfecerunt ? ( n Reg. xxiv, 17. )
Et au lond, mes frères, ces sentiments si humbles dans la bouche de saint Louis, ne seraient que les dispositions les plus légitimes des personnes élevées. Les malheurs des peuples sont presque toujours une suite des crimes des grands. Oui , mes frères , le peuple simple adore encore le Dieu de ses pères avec une foi humble et une conscience sincère ; la religion n'est presque plus que pour lui : c'est parmi les grands et les puissants que la religion devient un problème; que la foi passe pour crédulité; que l'impiété n'a souvent d'autre frein que la b'enséance ou la sévérité religieuse du maître ; que la volupté ne connaît pas même les bornes sacrées de la nature et de l'humanité, et que l'ennui et la satiété , qui suit les plaisirs , est le partage des plus vertueux et des plus sages. Cependant, mes frères, c'est vous seuls qui attirez les châtiments publics sur les peuples ; et c'est le peuple seul qui souffre de ces châtiments publics : vous vous servez même tous les jours de l'excuse des calamités publiques pour diminuer vos largesses et vous dispenser de les soulager : vos jeux , vos tables , vos profusions , vos plaisirs n'y perdent rien ; les devoirs seuls de la miséricorde sont retranchés : vous êtes les seuls coupables ; et les pauvres seuls sont punis : votre crime devient votre excuse ; les calamités publiques qui sont toujours la peine de vos dissolutions , et qui devraient être le juste sujet de vos larmes et de vos largesses, le deviennent de votre dureté et de votre barbarie. Vous avez attiré l'indignation de Dieu sur son peuple par l'usage criminel des biens dont il vous a comblés : vous rallumez sa foudre , en les refusant a«x malheureux qu'il ne frappe que pour vous donner occasion de l'apaiser en les soulageant.
Malheur à vous , qui après avoir abusé des grâces du ciel , abusez encore de ses châtiments ; et qui également insensibles aux démarches d'un Dieu ou bienfaisant ou sévère , trouvez partout ou l'occasion de vos crimes , ou le prétexte de votre impénitence !
Du moins , mes frères , vous devez l'exemple aux peuples, quand même vous trouveriez des prétextes pour vous dispenser de la réparation des maux publics qui les affligent ; dernier motif de vertu que le saint roi trouva dans la dignité souveraine. En effet , les exemples des grands décident presque toujours des mœurs publiques : les hommes aiment les grands modèles ; et par une vanité naturelle que chacun trouve en soi , on croit en copiant leurs moeurs , entrer en part de leur grandeur et de leur naissance ; le peuple surtout , qui n'est pas capable de se faire des règles , cherche des exemples ; et comme les grands lui paraissent les plus dignes d'envie, ils sont aussi ceux qui lui semblent les plus dignes d'imitation. Ajoutez à ce désir qu'inspire la nature, les motifs étrangers de complaisance, de crainte, de fortune, qui donnent aux grands tant d'imitateurs, et qui rendent si dangereux, ou si utiles , les exemples de ceux à qui on a intérêt de plaire.
Plus donc on est exposé aux regards publics, plus, on doit à son rang le spectacle d'une vie pure et irrépréhensible. Aussi on admire encore aujourd'hui dans saint Louis toutes les qualités d'un grand roi , jointes à toutes les vertus d'un simple fidèle. Plus magnifique que tous les princes de son siècle, dans les occasions où la dignité du trône le demandait, il savait reprendre ensuite cette simplicité chrétienne dont les grands ne sont pas dispensés; et en surpassant même ses sujets , comme le remarque l'historien de sa vie, dans la simplicité de ses habits et dans la frugalité de sa table, il nous apprenait que l'usage n'est une loi que pour ceux qui l'aiment, et que ce sont les passions des hommes, et non leur rang et leurs dignités , qui ont rendu le luxe et les profusions nécessaires. De plus, plein d'une noble fierté quand il s'agissait de soutenir les droits de l'empire, de ramener au devoir des sujets rebelles , ou de faire respecter à des vainqueurs barbares la majesté de son rang ; on le voyait au sortir de là, tantôt porter au pied des autels la componction et l'humilité d'un pénitent; tantôt abaisser aux pieds des pauvres, qu'il servait presque tous les jours de ses mains , la majesté royale ; tantôt ensevelir lui-même au milieu de la contagion et de la défaite de son armée , les soldats morts pour la gloire de Jésus-Christ , animer les siens par son
TOUR LE JOUR
exemple; et malgré l'odeur de mort que l'air corrompu par la puanteur des corps, répandait à l'entour, et l'horreur du spectacle, aimer mieux exposer sa personne à cette infection mortelle, que laisser exposés à l'insulte des inûdèles des corps consacrés par la grâce du baptême et par la gloire de s'être dévoués à la mort pour l'honneur de la religion. Exemple d'autant plus rare, que les grands ne croient être nés que pour eux-mêmes; que le bonheur et l'intérêt des peuples n'est compté pour rien , dès qu'il leur en doit coûter un seul plaisir ; qu'ils regardent le reste des hommes comme des créatures d'une autre espèce, et faites seulement pour servir à leurs passions ou à leurs caprices; et que loin d'être les victimes du bien public , le public est d'ordinaire la victime de leurs cupidités injustes.
Ici, mes frères, si la brièveté d'un discours le permettait , après vous avoir représenté saint Louis comme l'exemple de ses peuples et le modèle des rois, il faudrait nous renfermer dans l'enceinte de ses devoirs domestiques, et le considérer comme le modèle des pères de famille. Et certes, mes frères, il est plus aisé, ce semble', de remplir avec fidélité les devoirs publics où l'on est comme soutenu par l'éclat de ses actions mêmes ; mais c'est dans la pratique constante de ces devoirs obscurs et ordinaires , où l'on est moins en garde contre soi-même, que la vertu solide paraît principalement ; et rien n'est plus rare dans la piété des grands surtout, plus dominés par les inégalités de l'humeur que les autres hommes , que de soutenir avec dignité cette partie obscure de leur vie, qui est toute cachée aux yeux du public et renfermée dans le devoir domestique.
Cependant les soins d'un vaste royaume n'empêchèrent jamais le saint roi d'offrir tous les jours au Seigneur à la tête de sa famille royale, des vœux communs et des prières ferventes. Son palais était devenu une église domestique ; et cette demeure superbe des rois , où se forment toutes les passions , et d'où elles se répandent ensuite sur toute la terre , n'était plus que le séjour de l'innocence où le Seigneur était invoqué, et d'où coulaient sur tout le royaume des sources de vie et de vertu.
C'est ainsi que ses exemples, autant que ses instructions, inspiraient de bonne heure la crainte de Dieu à Philippe son fils aîné et aux autres princes ses enfants. Qu'on lit encore avec un saint respect pour ce pieux roi , mes frères, les soins où il voulait bien entrer lui-même pour leur éducation! les assemblant tous les soirs auprès de sa personne ; étudiant dans la naïveté de leurs discours leurs inclinations naissantes, ou pour les redresser lorsqu'elles paraissaient dangereuses, ou pour les cultiver
lorsqu'elles étaient louables; leur proposant dans l'histoire des rois leurs ancêtres, des exemples de vice et de vertu; et en leur faisant remarquer les destinées différentes des bons et des méchants princes, le bonheur ou le malheur de leur règne, et les blâmes ou les louanges que la postérité toujours équitable donnera jusqu'à la fin à leur mémoire; les animant par ces grands motifs à imiter les qualités louables et bienfaisantes des uns , et à éviter les vices et les fautes des autres. On aime assez, je l'avoue, mes frères, à donner à des enfants des leçons de vertu et de probité : on se fait honneur même de leur débiter les maximes les plus sévères et les plus héroïques de la sagesse. Biais la conduite domestique soutient mal le faste et la vanité de ces instructions : on leur propose les vertus de leurs ancêtres , et on affaiblit , en les démentant soi-même par des mœurs opposées, l'impression qu'aurait pu faire le souvenir de ces anciens modèles. Ainsi loin de leur inspirer des sentiments de vertu par ces instructions contredites parnos exemples, nous les accoutumons à penser de bonne heure que la vertu n'est qu'un nom; que les maximes qu'on nous en débite, ne sontqu'un langage et une façon de parler, qui a passé des pères aux enfants , mais que l'usage a toujours contredite; et qu'enfin ceux qui en ont paru dans tous les temps les plus zélés défenseurs, ont toujours été au fond semblables au reste des hommes. Tel fut le saint roi dont je n'ai fait qu'abréger l'histoire; persuadé que le simple récit de sa vie était un parfait éloge et une excellente instruction. Une terre infidèle reçut ses derniers soupirs. Les malheurs de sa première expédition dans la Palestine n'avaient pu ralentir son zèle : déjà cassé, moins par les infirmités d'un âge avancé, par les fatigues de ses voyages et de ses guerres, que par les austérités d'une vie dure et pénitente ; il part et marche encore contre les infidèles suivi de ses princes et de ses troupes : il aborde en Afrique; persuadé que s'il peut chasser de ces contrées les ennemis de Jésus-Christ, cette conquête lui facilitera celle des lieux saints , et de cette terre, dont la délivrance avait toujours fait le pieux objet de tous ses désirs. Mais H meurt, comme Moïse, avant d'avoir pu passer le Jourdain : il salue de loin, comme lui , cette terre heureuse promise à sa postérité ; et se consolant , à l'exemple de Moïse , dans l'espérance que ses successeurs établiraient enfin un jour le peuple de Dieu dans son héritage , et en chasseraient les ennemis du Seigneur : Je meurs dans cette terre étrangère, dit-il à ses enfants et aux principaux chefs de son armée , comme autrefois Moïse sur le point de. sa mort : Ecce morior inhac humo. (Deut.iv, 22.)
DE SAINT ETIENNE
Le Seigneur refuse sans doute à mes infidélités la consolation que j'avais tant souhaitée de délivrer son héritage : Non transibo Jordanem : mais vous , ou vos successeurs , le délivrerez ; et cette terre promise au peuple de Dieu, deviendra enfin la conquête des héritiers de mon sang et de mon trône : Vos transibitis, et possidebitis , et terram egregiam.
O Dieu, conservez donc à la France une si sainte et si auguste postérité ! Faites passer jusqu'à la dernière génération aux descendants de saint Louis, avec son sang et sa couronne, toutes les vertus qui rendirent son nom si respectable à ses voisins, et son règne si heureux à ses peuples : donnez toujours votre justice et votre jugement aux enfants de ce saint roi : rendez-les saints, et vous les rendrez grands! N'en faites pas les vainqueurs des provinces et des royaumes ; faites-en les pères de leurs peuples! les conquêtes les plus éclatantes ébranlent souvent le trône où est assis le conquérant; et l'amour de ses sujets l'affermit toujours. Écoutez les vœux surtout que nous vous offrons tous les jours pour le plus grand de ses successeurs , pour qui nous n'avons plus rien à désirer qu'un règne aussi long et aussi saint, qu'il a été jusqu'ici glorieux! Secondez ses pieux desseins ; éclairez la droiture et la sainteté de ses intentions; montrez-lui vous-même vos voies , puisqu'il les cherche de bonne foi , et que son désir le plus vif et le plus marqué est de les reconnaître! Et soyez béni à jamais, Seigneur, de ce que vous avez voulu enfin sanctifier la prospérité de son règne; faire servir sa gloire à son salut; embellir son histoire, déjà pleine de tant de prodiges, des actions de la foi plus durables et plus immortelles que les victoires et les conquêtes, et combler toutes les grâces dont vous l'aviez favorisé jusqu'ici par la plus grande de toutes, je veux dire par une piété tendre et sincère.
Pour vous , mes frères , instruits dans ces grands exemples , ne rougissez plus de la piété comme d'une faiblesse. Souvenez-vous que c'est le plus haut point de gloire où l'homme puisse atteindre; qu'elle seule donne du prix et une véritable grandeur à nos actions; que sans elle les plus grands hommes sont petits et rampants , et avec elle les plus petits et les plus obscurs deviennent grands et héroïques; et qu'enfin il n'y a de réel sur la terre, que ce que nous faisons pour le ciel , que je vous souhaite , etc.
Ainsi soit-iL
SERMON