PATRON D UNE EGLISE
siers, et nous fait voir en nous des vertus que nous n'avons point; le Ciel nous a-t-il départi quelques-uns de ces talents rares parmi le commun des hommes ; dès lors il faut que tout ce qui nous approche nous rende des respects et des hommages, et la délicatesse de notre orgueil se blesse conti*e quiconque oserait les lui refuser : et voilà un saint qui réunit en sa personne tout ce qui excite l'estime et l'admiration, les dons de la nature, ceux de la grâce, les talents acquis; cependant, loin d'exiger des égards et des attentions, s'il pouvait se blesser de quelque chose, ce serait de ce qu'il ne peut vivre oublié et confondu dans la foule de ses frères. Voilà, chrétiens, voilà le vrai caractère des saints, l'humilité, cette vertu que Jésus-Christ nous a tant recommandée, parce que ce n'est que par elle que nous pouvons lui être rendus conformes; l'humilité, parce que cette vertu toute seule suffit, et que sans celle-là toutes les autres ne sont rien : mais, hélas ! c'e-st de toutes les vertus la plus rare , quoiqu'il semble qu'elle dût nous être si naturelle. Car enfin, mes frères, si nous nous connaissions tels que nous sommes; si nous ne nous attribuions que ce qui est véritablement à nous; en un mot, si nous nous rendions la justice que nous méritons, quel fondement trouverions-nous à notre orgueil?
Grand Dieu ! je ne vois rien en moi qui ne me rende abject et méprisable à vos yeux et aux yeux des hommes ; et si j'étais connu tel que je suis , je ne pourrais me plaindre d'être bafoué et traité avec le dernier mépris; cependant vous me promettez un poids immense de gloire, pourvu que je préserve mon cœur de la vanité. Ah ! je m'humilierai de plus en plus, je serai petit à mes yeux, afin de mériter par là cette gloire immortelle que vous destinez aux humbles de cœur; je vous la souhaite, etc.
Ainsi soit-il.
UA6SII.LON. — TOME II
Vos eritis mihi testes.
Vous me rendrez témoignage.
(Act. 1 , 8.)
Rendre témoignage à Jésus-Christ est pour tout fidèle un devoir indispensable ; et le martyre est sans doute le plus grand témoignage que Dieu puisse exiger de l'homme, puisque rien n'est si grand que l'amour, et que le martyre en est la consommation et la plénitude. Je sais que ce témoignage n'est pas de tous les temps, et qu'il a fallu que l'Église ait eu ses tyrans et ses persécuteurs , pour avoir ses martyrs et ses apôtres ; mais il est un martyre de foi comme un martyre de sang. Quoique les persécutions aient fini , et que les césars soient devenus les protecteurs de la religion qu'ils avaient voulu d'abord détruire ; tout fidèle n'en est pas moins obligé d'être un témoin de Jésus-Christ , comme le saint martyr dont nous honorons ici la mémoire : la paix de l'Église, qui r.'ôte rien au mérite de la foi, n'ôte rien non plus à ses obligations; la vie chrétienne est toujours une vie de combat, de tentation et de souffrance : le chrétien est toujours un martyr qui doit en un sens mourir chaque jour pour Jésus-Christ, il faut dans tous les temps qu'il perde son âme pour la regagner; et si sa vie n'est pas un témoignage continuel et pénible de sa foi , elle en est une désertion et une indigne apostasie. Mais pour développer une vérité si capitale, et d'un si grand usage pour les fidèles , je la partage en trois réflexions , qui vous apprendront ce que c'est que ce témoignage, que nul fidèle ne peut se dispenser de rendre à Jésus-Christ. Nous avons besoin des lumières de l'Esprit saint : invoquons-le
par l'intercession de Marie.
Ave, Maria.
PREMIÈRE RÉFLEXION
Quand je parle du témoignage que tout chrétien est obligé de rendre à Jésus-Christ, je n'entends pas seulement la profession extérieure que nous faisons tous de sa doctrine : tous ceux qui lui diront : Seigneur, Seigneur, c'est-à-dire, qui l'invoqueront avec l'Église, ne seront pas pour cela un jour au nombre de ses disciples : je parle d'un témoignage qui coûte, qui ne démente pas par sa conduite la