AVERTISSEMENT
Massillon instruit les rois et les peuples dans les neuf premiers volumes que nous avons déjà donnés au public. En voici deux autres uniquement destinés à l'instruction du clergé. Le premier contient les Conférences qu'il fit autrefois, en qualité de directeur dans le séminaire de Saint- Magloire , et celles qu'il faisait de temps en temps à ses curés .dans son séminaire de Clermont, pendant son épiscopat. Le second contient ses Mandements , diverses Instructions , et un recueil des Discours qu'il prononçait toutes les années dans le synode de son diocèse.
Le but de tous ces discours est d'apprendre aux minisires du sanctuaire à honorer leur ministère par une vie qui réponde à l'excellence et à la sainteté d'un état redoutable aux anges mêmes. Mais ce n'est point ici un déclamaleur frivole , qui , ne sachant point se contenir dans les bornes précises de la vérité, croit se faire admirer en poussant les devoirs à l'excès, tandis qu'il rebute son auditeur et le dégoûte, en hasardant des maximes qui ne sont autorisées ni par l'Évangile , ni par l'exemple des saints les plus rigides. Hélas ! il n'est pas nécessaire d'outrer les vérités , pour effrayer la plupart des ministres , et leur faire craindre que la voie dans laquelle ils marchent ne soit une voie d'erreur et d'illusion. Massillon expose simplement sur chaque sujet les règles, telles que nous les trouvons dans l'Écriture, dans les conciles, dans les saints docteurs de l'Église; telles qu'elles ont été pratiquées par tous les ministres fidèles , que la miséricorde de Dieu ne manque jamais de susciter à son Église dans tous les temps , pour y perpétuer la sainteté aussi bien que la vérité. 11 ne porte pas le devoir au delà de ses justes bornes ; mais il ne lui ôte rien de toute l'étendue qu'il doit avoir. Il appuie ces règles saintes de raisons solides, puisées dans la même source que les règles elles-mêmes; aussi ne souffrent-elles point de réplique. 11 va au-
1 Cet avertissement, ainsi que ceux qui se trouvent a la tête des diverses parties de cette collection, sont ceux de l'édition originale in-lî, qui est réimprimée dans son entier, sans aucune espèce de changement, altération, augmentation, retranchement ou corrections autres que celles de quelques fautes très-peu nombreuses , et purement typographiques. On croit devoir donner cet avis, pour que le public ait la pleine assurance que cette nouvelle édition lui offre la fidèle et entière réimpression de l'édition originale de 174».
devant de tous les prétextes les plus spécieux que la conuption et l'ignorance leur opposent, pour les proscrire tout à fait de l'Église de Dieu, s'il était possible. 11 démontre qu'en vain l'on voudrait autoriser les abus par la durée de leur règne; que les abus restent toujours ce qu'ils sont, c'est-à-dire , des coutumes vicieuses dont il faut s'éloigner, puisqu'elles ne sauraient jamais prescrire contre la vérité immuable des règles, auxquelles il faut enfin revenir, si l'on ne veut se tromper misérablement soi-même.
Comme les devoirs des ecclésiastiques ne sont pas les mêmes que ceux des personnes engagées dans le siècle, celle partie des ouvrages de Massillon , dans laquelle il se borne à l'instruction du clergé, pourra ne paraître pas aussi intéressante pour le public que les volumes qui ont déjà vu le jour, dans lesquels il instruit en général tous les fidèles. Cependant l'on ose dire, dans un sens très-véritable, que cette partie est peut-être celle dont le public doit tirer le plus d'avantages. En effet , quel bonheur pour le monde , si le nombre des ministres fidèles et zélés se multipliait dans l'Église de Jésus-Chrisl îles ministres sont le sel de la terre destinés à préserver les âmes de la corruption du monde. (Matth. v, 13.) Comment en seraient-elles préservées, si les ministres ne sont eux-mêmes qu'un sel affadi , qui n'est plus bon qu'à être jeté dehors, et à être foulé aux pieds par les hommes? La paille est si abondante dans l'aire du Seigneur, qu'elle fait presque disparaître entièrement le bon grain : des désordres de toute espèce défigurent l'Église, au point que l'on serait presque tenté de douter s'il reste ercore de la foi sur la terre. Le fidèle ne doit pas moins gémir de ces maux , que le ministre lui-même. Eh ! pourrait il y être indifférent sans se rendre coupable aux yeux de Dieu ? si le ministre doit craindre que l'irréligion et les désordres qui régnent dans le monde ne soient des effets de sa lâcheté , le fidèle ne doit-il pas trembler à son tour, lorsqu'il considère combien ses prévarications continuelles peuvent contribuer à ces désordres, qui causent les gémissements de l'Église? Les uns et les autres doivent donc se réunir, pour demander à Dieu un remède à de si grands maux. Or quel remède serait plus efficace, que le renouvellement de l'esprit du sacerdoce dans ceux qui exercent les fonctions de cet auguste ministère ? Un ouvrage qui peut contribuer à ressusciter cet esprit.