‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 75 sur 235 · DEUXIÈME DISPOSITION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME DISPOSITION

Il faut s'être rendu la présence et les communications de Jésus-Christ familières, avant que d'en venir à cette dernière familiarité qui nous fait asseoir à sa table. Il prépara ses disciples par trois années de commerce et d'instruction à ce soir heureux , où il leur donna la dernière marque de son

DE LA COMMUNION

amour en les nourrissant de sa chair : il voyagea avec les disciples d'Emmaùs , ils les entretint , il leur expliqua les Écritures , il les embrassa, avant que de rompre le pain avec eux, et leur distribuer la viande sainte. Aujourd'hui il parle à ce peuple, il lui enseigne les vérités célestes de sa doctrine, il les entretient du royaume de Dieu , avant que de multiplier le pain et les nourrir. C'est-à-dire, messieurs, qu'il n'est que les âmes accoutumées à écouter le Sauveur, qui soient appelées à sa table ; c'est-à-dire , qu'il n'est que ceux qui vivent de la foi, qui soient dignes de vivre de ce sacrement. Marie, disent les Pères, ne l'eût jamais conçu dans sa chair, si elle ne l'eût auparavant conçu par la foi dans son cœur. Or, la communion est une nouvelle incarnation : c'est-à-dire, que la participation à l'Eucharistie suppose le recueillement des sens, une étroite familiarité avec Jésus-Christ, un amour et une méditation continuelle de sa loi, une attention fidèle à tout ce qu'elle nous enseigne au fond de nos coeurs.

Car, de bonne foi, si vous n'habitez jamais dans vos coeurs pour y écouter Jésus-Christ , si votre vie est tout extérieure et toute dans les sens ; si vos oraisons sont des égarements d'esprit; vos lectures , ou des curiosités dangereuses , ou de purs délassements; vos études, ou des travaux, ou des passions; vos actions communes, ou des inutilités, ou des plaisirs ; les fonctions même les plus saintes, des habitudes qui ne réveillent plus votre piété; en un mot, si vous ne vivez pas selon l'homme intérieur, vous ne connaissez pas Jésus-Christ; car il réside au dedans de vous; son royaume est dans vos coeurs , et c'est précisément le lieu où vous n'êtes jamais. Il est donc pour vous ce Dieu inconnu, dont parle saint Paul : vous ne lui avez jamais parlé comme un ami parle à son ami ; il ne vous connaît pas lui-même, du moins de cette connaissance d'amour et de discernement ; vous êtes à son égard comme si vous n'étiez pas. Or, je vous demande, va-t-on se présenter à une table où l'on n'est pas connu ? n'est-ce pas là le privilège d'une longue familiarité? Et vous vivez sans aucun rapport secret et intérieur avec Jésus-Christ ; vous êtes un étranger à son égard, et vous venez vous asseoir à sa table? Mais ne savez-vous pas que la loi défend à l'étranger de se nourrir des pains de proposition? Jlienigenanon vescetur ex eis (Exod. xxix , 33) : ne savez-vous pas que Jésus-Christ ne fait la pâque quavec ses disciples ? Cum discipulis meis facio pascha (Matth. xxvi, 18) : ne savez-vous pas que c'est ici un festin de famille, pour ainsi dire, où l'on n'appelle que les amis et les voisins? Con-

vocat amicos etvicinos. (Luc, xv, 6.) Donc une vie sans recueillement, sans liaison avec Jésus-Christ, sans goût pour la prière, sans onction pour les devoirs de piété, sans vigilance pour les œuvres communes, sans mortificati'on sur tout ce qui flatte les sens, en un mot, sans l'exercice de la foi chrétienne, je la suppose même exempte de crimes; une telle vie est une indignité formelle, qui exclut de l'autel. La manne des Juifs ne reposait dans l'arche qu'au milieu de la verge d'Aaron, et des tables de la loi : et la manne des chrétiens, Jésus-Christ, ne peut reposer dans un cœur qu'au milieu delà mortification des sens, figurée par la verge; et de la méditation continuelle de la loi de Dieu, figurée par les tables où elle était écrite.

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