LE ZÈLE DES MINISTRES DE L'ÉGLISE
CONTRE LES SCANDALES
Et cwmfecisset quasi flagellum dcfuniculis, omnes cjenit de templo.
Ayant fait un fouet de petites cordes , il les chassa tous du temple. (Jean, h, 15.)
La première fonction du ministère de Jésus-Christ dans Jérusalem , est une fonction de zèle contre les abus qui déshonoraient la gloire de son Père , et la
DU ZELE
sainteté de sa maison. Cette douceur divine , qui jusque-là avait éclaté dans toutes ses démarches , se tourne aujourd'hui en une sainte sévérité : il ne peut souffrir un scandale public, qui semble insulter la religion jusque dans son asile le plus saint et le plus respectable. En vain la fausse piété des pharisiens le tolère ; en vain l'avarice peut-être des premiers ministres du temple le protège ; en vain un usage ancien et public, semble l'avoir autorisé : ce sont ces motifs mêmes qui l'animentd'une nouvelle indignation; et plus il paraît difficile et dangereux de remédier à un abus et à une indécence si publique, moins il use de délai et de ménagements, pour en purger le lieu saint.
Le zèle contre les vices et les scandales, qui outragent la gloire de Dieu et déshonorent la sainteté de la religion, est donc le premier exemple que Jésus-Christ a laissé à ses ministres, dans les fonctions publiques de son ministère au milieu de Jérusalem. Il nous envoie, à la vérité, comme des agneaux, qui se taisent et ne montrent que de la douceur, quand on les maltraite eux-mêmes; mais qui savent lever la voix et rugir comme des lions, quand on insulte la gloire du Seigneur, dont ils ont l'honneur d'être les ministres. Il désapprouve, il est vrai, le zèle de deux disciples qui veulent faire descendre le feu du ciel sur une ville incrédule; mais il ne blâme dans leur zèle que l'impétuosité et l'aigreur : il condamne le zèlequi cherche àpunir plutôt qu'à corriger; et nous apprend que sans la charité, le zèle n'est plus qu'une saillie de l'humeur, et non un mouvement de la grâce. EnGn, il nous avertit que nous ne saurions arracher tous les scandales de son royaume, parce que la malice des hommes ira toujours croissant ; mais il veut que nous annoncions sans cesse un malheur et un anathème éternel à quiconque scandalise son frère; que nous condamnions généreusement les scandales que nous ne saurions corriger, ou du moins que nous gémissions en secret de ceux qu'il ne nous est pas permis de condamner tout haut.
Le zèle contre les vices et les scandales, est donc le devoir le plus essentiel d'un ministre de Jésus- Christ : ce sera ma première réflexion. Mais d'où vient que ce zèle est si rare parmi les ministres ? c'est ce que je me propose de développer dans la suite de cette instruction.
PREMIÈRE RÉFLEXION
Dès que l'Église, par la grâce de l'onction sacerdotale , nous a associés au saint ministère , nous devenons les coopérateurs de Dieu pour le salut de nos frères : nous entrons en part du sacerdoce de Jésus-
Christ , qui n'a été établi prêtre et pontife , que pour détruire le règnedupéché;rendreà son Père la gloire que la malice des hommes lui avait ravie ; et former un peuple spirituel , innocent , fidèle ; une assemblée de saints qui pût le glorifier dans tous les siècles.
Ainsi un prêtre est un ministre sacré , chargé des intérêts du Seigneur et de la sanctification des hommes sur la terre : il continue ici-bas la mission de Jésus-Christ , et son amour pour les hommes , en y continuant son sacerdoce : ses prières, ses désirs, ses études, ses veilles, ses travaux, ses fonctions, tout doit avoir pour unique but le salut de ses frères ; tout ce qui ne se rapporte pas à ce grand objet, devient étranger à la sainteté de sa destination : il sort de son état, il le déshonore; il renonce à la sublimité de sa vocation ; il se couvre et se flétrit de l'opprobre d'une espèce d'apostasie, dès qu'il se fait d'autres soins , d'autres occupations , que celles qui tendent à augmenter le royaume de Jésus-Christ, et à former à son Père des adorateurs en esprit et en vérité.
Élie montant au ciel , et laissant son esprit de zèle à son disciple Elisée, n'était que la figure de Jésus- Christ, lequel après être monté à la droite de son Père , fit descendre sur ses disciples cet esprit de zèle et de feu , qui devait être le sceau de leur mission et de leur sacerdoce, et par conséquent embraser, purifier tout l'univers , et porter à toutes les nations la science du salut, et l'amour de la vérité et de la justice. Aussi à peine sont-ils remplis de cet Esprit saint , que ces hommes auparavant si timides , si soigneux de se cacher, et de se dérober à la fureur des Juifs, sortent de leur retraite comme des lions généreux , entraînent tout après eux , ne connaissent plus de péril , portent sur le front , avec le signe de leur divin Maître, une intrépidité qui défie toutes puissances du siècle; rendent hardiment témoignage, devant les princes des prêtres assemblés, à la résurrection de Jésus-Christ, et sortent de leur conseil, en se réjouissant d'avoir été trouvés dignes de souffrir des opprobres pour son saint nom.
La Judée même ne peut pas suffire à l'ardeur et à l'étendue de leur zèle : ils passent de ville en ville, de province en province, de nation en nation : ils se répandent jusqu'aux extrémités de la terre : ils attaquent les abus les plus anciens et les plus autorisés : ils arrachent aux peuples les plus féroces, les idoles que leurs ancêtres avaient de tout temps adorées : ils renversent les autels, que l'encens et les hommages de tant de siècles avaient rendus si respectables : ils prêchent l'opprobre et la folie de la croix aux nations les plus polies, et qui se piquaient le plus d'éloquence, de philosophie et de sagesse. Les obstacles que tout présente à leur zèle , loin de les ralentir, les rani-