‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 88 sur 235 · POUR DES CURÉS · texte numérisé non relu

POUR DES CURÉS

c'est ma seconde ré

commencent à s'affaiblir flexion.

Oui, mes frères, ce relâchement de piété et de ferveur inévitable aux ministres les plus fidèles , est comme une maladie secrète qui nous mine, qui nous dessèche, et qui peu à peu conduit au dépérissement. Ce sont de ces maux qui ne se manifestent point par des symptômes visibles et marqués, et affaiblissant néanmoins tous les jours les forces, et effaçant cette première fleur de santé, trouvent difficilement des remèdes , et où l'art ne connaît d'autres ressources que de renvoyer à l'air natal de pareilles langueurs. Or c'est dans cette sainte maison, mes frères, que nous sommes nés dans la cléricature et dans le ministère ; c'est ici , pour ainsi dire, l'air natal du sacerdoce, que nous devons venir respirer, quand nous sentons que nos forces s'affaiblissent; que notre piété languit; que notre zèle se relâche; que tout notre intérieur dérangé nous menace d'un dépérissement entier. Plus nous différons, plus le mal gagne : tout ce qui nous environne dans le monde , loin d'y remédier, l'augmente , et l'aigrit : l'usage lui-même de nos fonctions saintes, loin de nous réveiller de notre assoupissement, n'est plus qu'une ressource usée à laquelle nos maux sont accoutumés, et qui presque toujours au lieu de les guérir les aggrave; et par le défaut des dispositions, et de cet esprit de piété qui doit les sanctifier, les change en abus, et tourne contre nous ces ressources de salut. Cet état , mes frères, a ses dangers, et d'autant plus grands, qu'il n'a rien qui nous effraye : nous nous endormons dans cette habitude d'affaiblissement et de langueur ; nous croyons la mort de l'âme encore bien loin de nous; nous nous calmons sur certains désirs d'une vie plus fervente et plus fidèle, qui échappent quelquefois à notre léthargie, et qui nous y laissent retomber un moment après. Nous pensons de nous ce que les apôtres pensaient de Lazare , que notre maladie n'est qu'un sommeil passager, et que notre salut est en sûreté : Si dormit, salvus erit ( Joan. xi, 12); mais Jésus-Christ qui nous voit tels que nous sommes , en juge peut-être bien différemment : Tune dixit eis manifesté Jésus : Lazarus mortuus est. (Ibid. 14.) Ce ne sont pas les grands crimes tout seuls, que nous devons le plus craindre : un fonds de religion, une éducation sainte , une réputation établie de régularité, le respect pour la sainteté de notre ministère , suffit pour nous préserver de ces chutes honteuses; ce qu'il y a de dangereux pour nous, c'est de laisser éteindre cette première ferveur, cet esprit de piété si essentiel à nos fonctions; c'est de nous endormir dans une vie toute

naturelle, molle, insensible aux choses du ciel, accompagnée d'une régularité apparente, et destituée d'esprit et de vie intérieure. Nous n'y voyons point de crime marqué; et nous ne voyons pas que ce fonds de vie dans un prêtre surtout, sans cesse occupé des plus saints ministères, est un grand crime aux yeux de Dieu : nous ne voyons pas que cet état éloigne de nous la bienveillance particulière de Dieu, et ces grâces spéciales qu'il réserve aux ministres fidèles; et que si nous nous défendons encore des chutes grossières , c'est peut-être un artifice du démon, qui craindrait par là de réveiller les remords de la conscience, et qui aime mieux nous laisser périr plus sûrement dans un sommeil de mort, où il nous a plongés. Le tumulte du monde au milieu duquel nous vivons, nous étourdit, loin de nous réveiller, et de nous rappeler à nousmêmes : nous y voyons jusque parmi ceux qui nous sont associés au saint ministère, des égarements qui augmentent notre fausse paix , parce que nous nous en trouvons exempts nous-mêmes : nous croyons que Dieu est content de nous, parce que les hommes le sont, ou qu'ils ont lieu de l'être. Témoins des excès de quelques-uns de nos confrères, nous nous disons en secret, comme le pharisien, que nous ne sommes pas faits comme tels et tels : ce parallèle secret nous calme, peut-être même qu'il flatte notre orgueil ; et dépourvus au dedans de cette vie de la foi , de cet esprit de zèle et de ferveur qui ne nous anime plus, l'amour-propre ne cesse de nous rappeler nos mœurs irrépréhensibles , de nous présenter un fantôme de vertu et de régularité qui nous endort et nous rassure. C'est donc à nous, mes frères, que s'adresse cette parole de l'Esprit saint : Surge , qui dormis, et iltuminabit te Christus. (Ephes. v, 14.) Venez dans ce lieu de réveil et de lumière, où vos yeux se rouvriront à des vérités autrefois connues, mais qui peu à peu commençaient à s'effacer de votre cœur : Jésus-Christ vous y manifestera de nouveau tout ce qu'exige de vous, de piété, de ferveur, de charité, de désintéressement, votre consécration et la sublimité de vos ministères : vous vous trouverez si loin aux yeux de Dieu de la sainteté qu'il demande de vous; vous regarderez cette régularité apparente , qui vous rassurait, cette écorce de vertu, comme un lingesonillé : Quasi pannus menstruatx. (Is. lxiv, 6.) Vous vous trouverez vide, sans suc, sans vie devant Dieu : ces nouvelles lumières commenceront à réchauffer le froid dangereux de votre âme ; Dieu vous parlera , et ces os arides se ranimeront comme ceux que vit le Prophète, à sa seule parole : Ossa arida, audite verbum Domini. (Ezech. xxxvii , 4.) Vous devien-

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