DE LA NÉCESSITE DU BON EXEMPLE
Soyons donc en garde, mes frères, contre nousmêmes dans des fonctions ou il semble que nous ne cherchons que la gloire de Dieu et le salut de nos frères : la sainteté de l'objet nous rassure d'ordinaire sur le vice des dispositions : il est si difficile que l'homme ne mêle quelque chose du sien dans tout ce qui passe par ses mains; c'est un canal infecté, et tout ce qui en coule de plus pur y contracte toujours quelque souillure. Mais ce qui doit réveiller encore plus nos attentions, c'est que nous sommes chargés de l'honneur et des intérêts de la religion; et que ce que nous mêlons d'humain dans nos fonctions, l'avilit et la déshonore. Le monde ne nous pardonne rien; il est charmé de pouvoir récriminer à notre égard, et de se venger des faiblesses que nous lui reprochons, en nous reprochant sans indulgence les nôtres. Notre zèle contre ses désordres lui est déjà assez odieux, sans que nous y ajoutions des défauts qui suffisent seuls pour le rendre haïssable : loin de le ramener, nous ne réussissons par là qu'à lui fournir de nouveaux prétextes d'impénitence ; nous le révoltons contre la vérité ; nous la lui présentons sous une forme hideuse et rebutante , et nous en ôtons tout ce qu'elle a d'aimable et de propre à gagner les cœurs.
Souvenons-nous donc , pour recueillir tout ce que nous venons de vous dire ; souvenons-nous, mes frères, que le zèle de la charité elle-même , est patient , patiens est; qu'il est doux , benigna est; qu'il n'est point envieux, non œmulatur ; point téméraire, non agit perperàm; point vain, noninflatur; point ambitieux, non est ambitiosa ; point intéressé, non quxrit qux sua sunt; point chagrin, bizarre et pétri d'humeur, non irritatur ; en un mot , point soupçonneux et toujours prêt à penser le mal de ses frères, non cogitât malum. Bannissons ces caractères odieux de notre zèle : dépouillons-nous de notre propre esprit; et que l'esprit de Dieu tout seul parle et agisse en nous : il a vaincu le monde dans la bouche des premiers ministres de l'Évangile; il le vaincra encore dans la nôtre , si c'est lui seul qui nous inspire et qui nous fait parler : si la vérité fait si peu de progrès parmi les hommes, ce n'est pas à elle qu'il faut s'en prendre, c'est à nous. Le monde lui était encore plus opposé autrefois , quand elle commença à paraître avec la prédication de l'Évangile : la fureur des tyrans, la puissance des césars, la vaine sagesse des philosophes, les anciennes superstitions du monde entier, les passions les plus honteuses autorisées par un culte que la majesté des lois rendait respectable ; tous ces obstacles si insurmontables en apparence disparurent cependant devant elle : les ténèbres les plus profondes ne pu-
rent tenir contre la force et l'éclat de sa lumière : elle serait encore honorée des mêmes triomphes , si elle était confiée aux mêmes ministres. Entrons dans l'esprit de nos saints prédécesseurs; et nous entrerons dans le succès de leurs travaux : imitons leur zèle ; et nous en recueillerons le même fruit ; la parole du Seigneur n'est pas liée; c'est notre langue qui l'est par les souillures et les chaînes invisibles de notre cœur : le bras du Seigneur n'est pas raccourci ; c'est notre charité qui est faible et languissante : le monde n'est pas plus vicieux ; c'est nous seuls qui sommes moins saints et moins fidèles. Rendonsnous dignes d'être les ministres et les docteurs de la vérité ; et nous serons bientôt dignes de lui former des disciples, et de délivrer encore une fois le monde par elle.
DISCOURS
SUR