DOIVENT DONNER A LEURS PEUPLES
Exemplum estofidelium in verbo , in conversatione , in charitate, in fuie, in castitate.
Rendez-vous l'exemple et le modèle des fidèles, dans les entretiens , dans la manière d'agir avec le prochain , dans la charité , dans la foi , dans la chasteté.
(I Tim. IV, 12.)
La puissance sacrée, mes frères, qui nous élève au-dessus du reste des fidèles, n'est pas une puissance de domination, mais une puissance de charité. Nous ne sommes pas établis sur les peuples comme des maîtres impérieux , qui ne cherchent qu'à leur faire sentir leur autorité; mais comme des guides charitables que l'Église a mis à leur tête pour les précéder et leur montrer les voies du salut : Neque ut dominantes in cleris, sed forma facti gregis ex animo. (i Petr. v, 3.) C'est principalement en y marchant nous-mêmes les premiers, et animant les fidèles par notre exemple, que nous remplissons le titre auguste de chefs et de conducteurs du peuple saint. Jésus-Christ lui-même n'est pas descendu de sa gloire pour venir la trouver parmi les hommes, il n'est venu que pour devenir notre exemple; et quel exemple, mes frères? de peine, de travail, de mansuétude, de charité, d'humiliation, de souffrance : Exemplum dedi vobis (Joan. xiii, 15); il ne nous a laissés à sa place que pour continuer à l'être nous-mêmes du reste des fidèles : Ut quemadmodum egofeci vobis , ita et vos faciatis.
DE LA NÉCESSITÉ
L'exemple est donc le premier devoir de notre état : sans lui, ou toutes nos fonctions deviennent inutiles, ou elles sont une occasion de chute et de scandale aux peuples que le Seigneur nous a confiés dans sa colère.
PREMIÈRE RÉFLEXION
Je dis , premièrement , que toutes les fonctions d'un pasteur et d'un prêtre peu édifiant deviennent inutiles. Ce n'est pas que j'ignore, mes frères, que la vertu des sacrements ne dépend pas de celle du ministre : je sais que les grâces dont ils sont les canaux découlent infailliblement et sans interruption du sang de Jésus-Christ, et non du ministère de l'homme. Hélas ! mes frères , les bienfaits inestimables de Dieu sur son Église seraient bien peu solides et peu certains, s'il les avait fait dépendre de la fidélité de ses ministres, et si nos faiblesses pouvaient en arrêter ou suspendre le cours.
Mais je dis que la piété , les instructions , les prières d'un pasteur fidèle préparent les peuples à recevoir ces grâces de l'Église , avec les dispositions auxquelles le fruit de ces grâces est attaché ; au lieu qu'un pasteur qui n'édifie pas son peuple dispense à la vérité les mêmes trésors et les mêmes grâces; mais elles tombent sur une terre en friche , sur des cœurs que ses exemples non-seulement ont mal pré-
pares
mais ont fermés à toutes les influences de la
grâce ; il sème, et il ne recueille point ; il arrose , et il ne voit point d'accroissement ; et le champ sacré qui lui est confié est toujours frappé de malédiction et de stérilité. Je dis que les pécheurs sortent des pieds de son tribunal aussi peu touchés de leurs égarements , qu'il l'est lui-même de ses égarements propres : je dis qu'ils approchent de la table sainte avec la même irrévérence, les mêmes faiblesses, avec aussi peu de fruit , qu'ils l'en voient tous les jours approcher lui-même : je dis que la parole de l'Évangile dans sa bouche , s'il fait tant que de l'annoncer, n'est plus qu'un airain sonnant, et que ses instructions ne sauraient trouver que des auditeurs tout déterminés à n'en faire aucun usage : je dis que s'il va consoler de pauvres affligés, il n'a plus le don d'essuyer des larmes que la religion seule adoucit, et dont la piété seule du consolateur peut suspendre le cours : s'il exhorte des mourants, hélas ! par sa seule présence il leur montre plutôt le monde que l'éternité; l'amour de la vie présente, bien plus que l'attente et le désir de cette vie qui ne doit plus finir : je dis enfin, que tout son ministère est un vide af/reux; son Église un champ sec et stérile qui ne produit que des ronces; lui-même un sel affadi incapable de préserver de la corruption , et inutile à
tous les usages auxquels il était d'abord destiné. Quel malheur pour un peuple à qui Dieu dans sa colère a donné un tel pasteur! quel malheur encore plus grand , si ce peuple sent les autres calamités passagères dont Dieu l'afflige quelquefois, les grêles , les stérilités, les dérangements des saisons; et s'il ne sent pas le fléau le plus durable et le plus terrible dont Dieu puisse frapper un peuple, qui est de le laisser conduire par un mauvais prêtre!
Et ce qu'il y a ici encore de plus triste , mes frères; comme un pasteur de ce caractère n'aime ni l'étude , ni la prière , ni la retraite, il faut qu'il se répande sans cesse au dehors; et plus il se montre à son peuple , plus il se rend inutile ; plus il se montre , plus il manifeste ce qui peut anéantir le fruit de ses fonctions. Car, mes frères, que peut-il revenir à son peuple , de ses conversations et de sa présence ? que voient-ils en le voyant ? ils ne voient rien qui les porte à Dieu , rien qui soutienne leur foi, rien qui leur rappelle les devoirs de la religion, rien qui les détrompe des erreurs et des préjugés des passions répandus dans le monde, qui damnent la plupart des chrétiens ; enfin , la présence d'un pasteur qui leur tient la place de Jésus-Christ , n'est pas pour eux un spectacle de religion; c'est un spectacle ordinaire du siècle.
Et voilà , mes frères, le bien inestimable que fait dans une paroisse l'exemple et la présence seule d'un saint pasteur. Qu'il se montre seulement , sa vie , ses mœurs deviennent une instruction continuelle pour son peuple : il ne se passe pas de jour où cet exemple vivant et respectable n'arrête quelque pécheur sur le point de se livrer au crime, n'inspire à quelque autre des désirs de conversion, ne fasse rougir en secret le libertin ; et s'il ne le corrige pas de ses vices, ne l'oblige du moins d'en cacher le scandale ; ne soutienne les âmes faibles et chancelantes , ne console et n'encourage la piété des justes, ne fasse enfin respecter la vertu à ceux même qui vivent dans le vice. Que de biens, mes frères, ne pouvons-nous pas faire quand nous sommes fidèles à notre vocation ! et quel compte terrible le souverain pasteur ne nous demandera-t-il pas , si nos mœurs peu sacerdotales ont mis un obstacle aux fruits infinis qu'il attendait de notre sacerdoce, et qu'un saint pasteur à notre place lui aurait offerts! Rappelons-nous souvent cette vérité si terrible et si humiliante pour nous : Si un saint prêtre eût été à la tête du troupeau que je conduis, et au milieu duquel mon ministère n'a opéré jusqu'ici aucun changement en mieux , aucun renouvellement de piété, que d'âmes n'aurait-il pas gagnées à Jésus-Christ? que de crimes n'aurait-il pas prévenus? que de plaies invétérées n'aurait-il