DU BON EXEMPLE
voilé; que de crimes, que de blasphèmes, que de dérisions sacrilèges de la religion! que de pécheurs timides affermis dans le désordre! que d'âmes nées avec des sentiments de vertu, précipitées dans le vice! que de justes mal affermis, rentrâmes dans leurs premiers égarements ! que de cœurs innocents , empoisonnés dès les premières années de leur vie ! que de doutes impies sur la sainteté de la doctrine de Jésus-Christ et sur les devoirs qu'elle nous impose! que de maximes affreuses d'impiété et de libertinage ! que dirai-je encore ? nous verrions tous ces monstres et tant d'autres que l'œil n'a pas vus , et que la langue aurait horreur de nommer, nous les verrions naître et se répandre partout de cette source fatale. Quelles précautions pourraient donc paraître excessives pour épargner de si grands malheurs à l'Église , et ne pas lui donner des ministres que Dieu rejette , et qui en sont toujours les infortunés auteurs? Eh quoi! mes frères , des considérations frivoles et humaines pourraient l'emporter auprès de nous sur des intérêts si grands et si sérieux! une fausse pitié pourrait-elle prévaloir sur la perte inévitable de tant d'âmes que le choix d'un mauvais prêtre entraîne toujours avec lui dans un malheur éternel ? et ne serions-nous pas dignes de tous les anathèmes du ciel , si la première source de tous ces scandales affligeants, et de tous ces maux de l'Église, ne se trouvait que dans notre funeste condescendance et dans nos égards indignes pour des sollicitations de la chair et du sang?
Non , mes frères , telle est la destinée d*un prêtre : ou il faut qu'étant élevé de la terre par l'éminence de sa dignité , il attire tout après lui , comme Jésus- Christ le véritable serpent d'airain; ou que, comme ce dragon de l'Apocalypse, il précipite avec lui dans l'abîme toutes les étoiles qui lui sont attachées, c'est-à-dire toutes les âmes qui lui ont été confiées. Il n'y a pas presque de milieu, pour un pasteur surtout : s'il n'édifie pas, il scandalise; s'il ne vivifie pas, il tue et donne la mort; si ses mœurs ne sont pas un modèle, elles deviennent un écueil : s'il n'annonce pas la piété par toute sa conduite, il inspire, il autorise, il multiplie le vice. Cependant le ministère qui nous charge du soin des âmes , et nous établit sur une portion du troupeau , n'effraie personne; on le souhaite , on le sollicite , on est bien aise quand on l'a obtenu ; on emploie souvent pour l'obtenir des moyens que les lois de l'Église condamnent , puisque toute recherche et tout désir même sont contraires à son esprit, et qu'elle les a toujours regardés comme une intrusion. Quiconque s'appelle luimême , est un intrus : il n'est pas entré par la porte : il n'y a de véritablement appelés queceux que l'Église appelle ; et la plus sûre marque de leur vocation est
une sainte frayeur de succomber sous le fardeau qu'elle leur impose. Hélas ! mes frères , nous ne regardons dans les places du ministère que des avantages terrestres et temporels ; nous ne les souhaitons que comme des situations qui nous assurent enfin un état fixe et commode, et le terme d'un travail toujours subordonné, et toujours incertain : nous ne faisons pas attention à quoi nous nous engageons, et quelles obligations nous contractons envers les peuples que l'Église confie à nos soins. Nous devenons comme les dépositaires du salut de toutes ces âmes que Jésus-Christ met entre nos mains : si une seule vient à périr, il nous en demandera un compte rigoureux, et ce sera à nous à lui prouver qu'il n'a tenu ni à nos soins , ni à nos instructions , ni à nos exemples, ni à nos prières, que cette âme dont il nousavait confié le dépôt n'ait pas péri : nous tenions sa place au milieu de ce troupeau ; et pourrions-nous lui dire , comme il le disait à son Père , que de tous ceux qu'il nous avait confiés, il n'en est péri aucun par notre faute ?
Souffrez donc, mes frères, que je finisse en vous disant avec l'Apôtre : Cela étant ainsi , mes frères, et vos exemples devant décider et du succès de vos fonctions , et de tout le fruit de votre ministère, et du salut de vos peuples et du vôtre : Itaque, fratresmeidilecti, stablles estote et immobiles (i Cou . xv, 58); vous surtout, mes frères, qui remplissez avec édification les devoirs de votre ministère, ne vous relâchez jamais de cette première ferveur : que les exemples de la négligence, et de la conduite peu sacerdotale de quelques-uns de vos confrères, n'ébranlent point la solidité de votre foi , et ne vous fassent rien rabattre du zèle et de l'exactitude de vos fonctions ; que les abus autorisés souvent par le plus grand nombre des ministres, ne prévalent jamais auprès de vous contre les règles saintes qui les condamnent; que la tiédeur, la dissipation , la nonchalance, l'attachement aux biens périssables qui semblent infecter presque partout le ministère , loin de vous faire oublier la sainteté de votre état vous la rappellent sans cesse; que les abus dont vous êtes témoins, vous rendent les règles plus présentes , plus chères, et plus respectables. Loin de regarder autour de vous, où vous ne voyez souvent dans vos confrères que des sujets de douleur ou de séduction, ne perdez jamais de vue ces premiers ministres qui vinrent nous annoncer Jésus-Christ; ces anciens et vénérables modèles, au zèle, au travail et à la vertu desquels nous sommes encore si loin d'oser nous flatter d'atteindre : Itaque, fratres mei dilecti, stabiles estote et immobiles : abundantes in opère Domini semper. Ne regardez jamais, dans quelque