‹ Œuvres de Mgr. Freppel (volume 2)Chapitre 12 sur 38 · SUR LUTJLITE DU VERS LATIN · texte numérisé non relu

SUR LUTJLITE DU VERS LATIN

languit depuis lors, il se traîne péniblement, il touche à l'agonie. Ce malade si intéressant, qui a traversé tant de crises, et prouvé par là-mème qu'il avait la vie dure, ce n'est pas la France, Messieurs, comme vous auriez pu le croire un instant ; c'est quelque chose de moins important sans doute, mais de plus vénérable encore par son antiquit(', c'est le vers lai in.

A ce mot de vers latin, j'entends mille voix qui se récrient : Faire des vers latins au xix'' siècle, dans un siècle de lumières et de progrès, c'est un pur anachronisme. Ce jeu d'esprit était bon tout au plus pour une époque de ténèbres et de barbarie ; mais au point de culture où nous sommes arrivés, nous avons bien autre chose à faire ; le temps est venu de changer tout cela. Ainsi parlent les novateurs, c'est-à-dire ceux qui pensent que nos devanciers n'avaient pas autant d'esprit que nous. Ils veulent bien nous permettre de ne pas rester totalement étrangers à ce qu'ils appellent la métrique et la prosodie ; en d'autres termes, ils ne nous défendent pas précisément d'examiner si les vers de Virgile ou d'Ovide ont plus ou moins de six pieds, si les dactyles et les spondées s'y succèdent dans une

riche proporlion ; mais, cette concession faite, ils ne sont pas loin de penser qu'aller au-delà, ce serait à tout le moins heurter de front l'esprit moderne. Eh bien , nous leur répondons que l'esprit moderne ne saurait que gagner à l'exercice du vers latin, qu'un pareil exercice habitue l'élève à resserrer la pensée, à lui donner du nerf et du coloris, à trouver le mot propre, le trait qui porte et qui frappe. Nous ajoutons qu'ici comme en toutes choses la théorie ne va pas sans la pratique, que les règles de la prosodie restent incomprises, si l'on n'essaie de les appliquer soi-même, et que, pour bien apprécier les poètes latins, pour s'initier aux secrets et au mécanisme de leur art, il faut avoir à tout le moins tenté de faire comme eux. Et enfin, pour appuyer la doctrine sur les faits, nous avons hâte de constater que cet exercice est le triomphe des bons élèves, et que l'époque de notre histoire où l'on faisait les meilleurs vers latins, le xvii" siècle, est aussi celle où l'on écrivait le mieux en prose et en vers français. Voilà ce que nous opposons aux novateurs, sinon avec l'espoir de les convertir, du moins pour notre propre satisfaction.

Page 1