A I. OCCASION
De la fiénéûicilon de la ciiapelle lie cet ÉiaWlsseiDeiii
Messieurs,
Avant de bénir celte chapelle, je considère comme un devoir de remercier le Conseil général du département et les diverses autorités, qui ont réuni leurs efforts pour doter l'École Normale d'un édifice qui lui manquait, et qui est destiné à devenir son principal ornement. Dans tout établissement d'instruction publique, c'est la maison de Dieu qui s'impose davantage aux soins et à l'attention de tous, car elle est le
foyer central de l'éducation, la source première où s'alimente la vie religieuse et morale.
Mais s'il en est ainsi de toute institution qui a pour but de former la jeunesse à la pratique du devoir et de la vertu, à plus forte raison le temple du Seigneur doit-il avoir sa grande place dans le noviciat où se préparent les éducateurs futurs de la jeunesse elle-même. Car leur vie tout entière devra se passer à inculquer aux enfants les vérités et les préceptes de la foi, avec les premiers éléments des connaissances humaines. Et ce n'est pas l'Église seulement qui vous tient ce langage; l'État, lui aussi, ne demande pas moins de vous; et ce n'est jamais sans émotion que je relis ce premier article de votre règlement professionnel : « Le principal devoir de l'instituteur est de donner aux enfants une éducation religieuse , et de graver profondément dans leurs âmes le sentiment de leurs devoirs envers Dieu. » Or, Messieurs, l'on n'enseigne bien que ce que l'on pratique soi-même, et la parole n'obtient tout son effet qu'autant que les actes viennent y répondre et en confirmer l'autorité. De là cette deuxième maxime, qui complète la première,
et que la main des pouvoirs publics a également placée, comme une épigraphe d'or, en tète du code destiné à nous régir : « L'instituteur doit instruire par ses exemples comme par ses leçons. Il ne se bornera donc pas à recommander et à faire accomplir les devoirs que la religion prescrit ; il ne manquera pas de les accomplir lui-même (1). »
C'est à vous pénétrer de ces hautes maximes, pour en faire la règle de votre vie, que vous devez consacrer avant tout vos années de préparation à renseignement public. Devenir des chrétiens fermes et sincères, afin de vous rendre aptes à distribuer aux autres le bienfait de l'éducation chrétienne, telle est la plus haute partie de votre tâche. Or, quel est le lieu où vous recevez ces salutaires influences qui élèvent et fortifient le chrétien? La maison de Dieu. C'est ici, dans cette chapelle, sanctifiée par les prières de l'Église, qu'une parole à la fois instructive et attrayante affermit vos convictions , en vous montrant sur quel fondement inébranlable
(1) Règlement adopté par M. le Ministre de l'Instruction publique sur l'avis du conseil supérieur pour les écoles publiques du département de Maine-et-Loire, articles I et II.
reposent ces croyances que vous avez reçues de vos familles comme Fliéritage Je plus précieux qu'elles aient pu vous léguer. C'est ici, au pied de cet autel, foyer de la lumière et de la grâce divines, que vous devez demander à Dieu la force de conserver votre jeunesse pure, libre de toute passion mauvaise, et à l'abri des séductions de l'erreur et du vice. C'est ici, à cette table sainte, dressée au milieu de vous comme le banquet de la vie divine , que vous venez puiser dans l'union de Jésus- Christ , cette dignité et cette grandeur surnaturelles qui élèvent l'homme à la hauteur même de Dieu. C'est ici, enfin, dans cette enceinte sacrée, que vous venez puiser, avec le zèle de la maison de Dieu, le goût des choses saintes, l'attrait pour tout ce qui intéresse le service divin, le sentiment des beautés du culte, l'intelligence de la liturgie de l'Église, de ses offices, de ses cérémonies, de ses chants sacrés, toutes ces habitudes religieuses qui vous rapprochent du ministère sacerdotal , auquel le vôtre vient se rapporter comme un auxiliaire toujours utile et souvent indispensable.
Voilà pourquoi la chapelle tient une si grande
place dans TÉcole Normale. Vos administrateurs lont compris : aussi n'ont-ils rien négligé pour donner à cet édifice un caractère de distinction et de beauté sévère qui pût répondre à sa haute destination ; et je remercie en particulier réminent architecte qui a conçu le plan, et, présidé à l'exécution d'une si belle œuvre, d'avoir pensé qu'il n'était pas inutile de reproduire les meilleures traditions de l'art sous les yeux des futurs précepteurs de la jeunesse. C'est sous l'empire d'une idée semblable que nous avons vu s'élever à l'autre extrémité de la ville une chapelle splendide pour les jeunes novices du sacerdoce. Aussi bien y a-t-il entre ces deux vocations des analogies que je ne cesserai jamais de mettre en relief dans l'intérêt de l'une et de l'autre ; et c'est ma conviction toujours croissante, que l'avenir religieux et moral de nos populations dépend de l'union intime du prêtre et de l'instituteur. Et comment l'unité de vues et de sentiments pourrait-elle ne pas subsister, lorsqu'il s'agit de deux carrières si rapprochées à leur point de départ, comme à leur point d'arrivée? Ces deux enfants qui, hier encore, étaient assis sur les bancs de
la même école, la divine Providence les a appelés à suivre des voies différentes , selon leurs goûts et leurs aptitudes. Elle a pris l'un pour marquer son front et armer ses mains de la plus haute autorité qu'il y ait ici-bas ; elle a destiné l'autre à une mission inférieure, sans doute, mais qui, elle aussi, a sa grandeur et sa dignité. N'importe ! Ils sont sortis des mêmes familles, de ces robustes familles de l'Anjou et de la Vendée, l'honneur et la force du pays ; ils se sont connus dès leur plus tendre enfance ; ils ont échangé entre eux ces paroles d'amitié, les premières que l'on prononce , et les dernières qu'on oublie dans la vie. Les voilà donc qui se séparent, celui-ci, pour franchir les degrés du sacerdoce après une série d'épreuves aussi longues que pénibles, celui-là pour s'initier aux devoirs et aux fonctions de l'enseignement. Mais ils ne se séparent que pour se retrouver un jour sur un même champ d'activité, en face des mêmes âmes, qu'il s'agit d'élever vers Dieu, de disputer à l'ignorance et au vice, de former au devoir, à la vertu, à l'intelligence de leurs destinées temporelles et éternelles. Comment, je le répète, pourrait-il y avoir jamais désaccord
OU rupture, là où tout invite à la concorde, à riiarmonie et à l'union des forces?
Oui, j'espère, Messieurs et chers amis, que vous adopterez ces principes pour règle de conduite, et que vous profiterez de votre séjour dans cette maison pour y prendre le véritable esprit de votre vocation. Après mon clergé, c'est sur vous que je compte davantage pour maintenir parmi nos populations les idées saines, les bons principes, les fortes croyances, les goûts simples, les mœurs sévères, les habitudes d'ordre et de discipline , tout ce qui assure la paix des familles et la prospérité de l'État, Un bon instituteur est un véritable trésor pour une paroisse, comme aussi la négligence dans l'accomplissement de cette charge ne manque jamais de porter un grave préjudice aux intérêts publics. Ne vous laissez pas détourner de vos devoirs par des idées ou des passions étrangères à votre noble mission. Demeurez fidèles aux sages leçons que vous donnent ici votre zélé directeur et ceux qui partagent avec lui les soins de votre éducation professionnelle. Restez avant tout des hommes de foi, de vrais chrétiens, et vous serez un jour des maîtres respectés, jouis-