DU 12 FÉVRIER
NOS TRÈS CHERS FRÈRES
Le salut des âmes est la constante préoccupation d'un évêque. Aucun autre intérêt, si grave et si élevé qu'il puisse être, ne saurait lui faire oublier un instant les besoins du troupeau confié à sa sollicitude pastorale. Dieu en soit loué! vous nous rendez la tâche facile par votre fidélité à remplir les devoirs de la religion. C'est déjà
pour la troisième fois que, faisant la visite générale de notre diocèse, nous avons pu constater avec bonheur votre profond attachement à la foi de vos pères. Cet empressement des populations à venir au-devant de leur premier Pasteur pour recevoir les bénédictions de son ministère; ces démonstrations de respect qui témoignent si vivement de l'allégresse publique ; ces relations si consolantes de vos prêtres sur l'état religieux et moral de leurs paroisses ; cette jeunesse préparée avec tant de soin au sacrement destiné à la confirmer dans la grâce et dans la vertu : tout cela, en remplissant notre cœur de joie depuis douze ans, dénote un peuple qui a su conserver intactes ses traditions chrétiennes. C'est d'ailleurs le témoignage que l'on se plaît à vous rendre de toutes parts, en saluant dans l'Anjou l'une des provinces de France où se sont maintenues davantage, avec les vrais principes de l'ordre politique et social, les croyances et les pratiques religieuses : héritage inappréciable qui est le premier bien d'un diocèse et son plus beau titre de gloire.
Pourquoi faut-il qu'à un tableau si plein de lumières, il vienne se mêler des ombres qui en
diminuent l'éclat? Malgré cette fermeté dans le service de Dieu, qui est pour nous un si légitime sujet d'édification, il nous est impossible pourtant de ne pas signaler çà et là de regrettables défaillances ; et, quelque zèle que mettent la plupart d'entre vous à remplir leurs devoirs religieux, des abstentions encore trop nombreuses inquiètent notre âme et la pénètrent de tristesse. Ce qui nous est particulièrement douloureux, c'est de voir, dans les villes surtout, la classe ouvrière s'éloigner de l'Église, elle qui, n'ayant pas reçu en partage les biens de la terre, devrait se sentir portée davantage à chercher dans la foi ses espérances et ses consolations. Il semble, au contraire, par un étrange renversement d'idées, que plus la souffrance et la pauvreté l'avertissent du néant des choses humaines, moins elle reporte vers Dieu des aspirations auxquelles rien ne répond dans un monde où son lot est si chétif. Il n'est pas rare non plus que, dans les paroisses de la campagne, nous trouvions un nombre d'hommes, faible sans doute, mais trop considérable encore, qui n'accordent pas à la religion toute la place qu'elle devrait occuper dans leur vie. Soit amour immo-
déré du plaisir, soit recherche trop passionnée de la fortune, soit préjugés résultant de mauvaises lectures ou de conversations dangereuses, on les voit apporter dans l'accomplissement de la loi divine une négligence dont les exhortations les plus pressantes ne parviennent pas toujours à triompher. 11 est notamment une portion de notre diocèse vers laquelle nos courses apostoliques vont nous ramener sous peu, et où, dans quelques paroisses du moins, la désertion des divins offices et l'abandon des sacrements forment un contraste pénible avec les habitudes religieuses qui distinguent si éminemment le reste de l'Anjou et de la Vendée.
C'est pourquoi, nous rappelant que nous sommes responsable de vos âmes dans la mesure de nos forces, nous venons, Nos très chers Frères, à l'entrée de cette sainte quarantaine, vous exhorter à ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain : Ne in vacuum gratiam Dei recipiatis (1). Le temps que nous allons traverser est en effet le temps des graves pensées et des méditations salutaires. C'est au pied de la croix
(1) 2e aux Corinth.,vi, I.
de Jésus-Christ reparaissant au milieu de nous avec ses sublimes leçons, que nous devrons réfléchir à nos fins dernières et pénétrer notre esprit des vérités de la foi. Pour peu que vous descendiez au fond de vous-mêmes, il vous sera facile de comprendre que la négligence à pratiquer les devoirs de la religion est aussi contraire aux droits de Dieu qu'aux intérêts de l'homme. Coupable en principe et funeste dans ses conséquences, cet éloignement volontaire de la lumière et de la vie divines vous apparaîtra comme le comble de l'injustice et de la déraison. Écoutez les enseignements de votre premier Pasteur, Nos très chers Frères : c'est dans la conscience de sa charge qu'ils prennent leur seul motif, comme ils n'ont pas d'autre but que votre propre bonheur.
Il est un nom, le plus auguste qui puisse être prononcé par des lèvres humaines, parce qu'il est le nom même de la vérité, de la puissance, de la sagesse et de l'amour. Chaque être créé, depuis le plus petit jusqu'au plus grand, porte
l'empreinte de ce nom écrit en lettres d'or à la voûte du firmament, comme il est gravé en traits de flamme au fond de nos cœurs. Tout, dans la nature, le ciel et la terre, le jour et la nuit, l'étoile et l'atome, l'océan et la goutte de rosée sur le brin d'herbe, tout, autour de nous, tout proclame ce nom ; et, tandis que les échos de la création le répètent dans un harmonieux concert, il retentit à travers l'histoire, volant de bouche en bouche, partout où respire une poitrine d'homme, partout où se trouve un esprit qui pense. Lien de toute société, source de toute civilisation, il est à la fois le premier mot des peuples qui commencent et le dernier mot des nations qui finissent. En quelque lieu du monde qu'une créature humaine articule des sons, si pauvre et si grossière que soit une langue, elle possède cependant un terme pour désigner ce nom. Prononcez-le devant l'enfant dont l'intelligence s'éveille, il le comprend à l'instant même, avec non moins de facilité qu'il comprend le nom de son père ou de sa mère, tant ce nom, tout mystérieux qu'il est, lui semble naturel : il le voit en tout, il l'associe à tout comme l'objet suprême du respect et de la joie, de l'admiration
et de la crainte. C'est autour de ce nom que s'opère, de siècle en siècle, tout le mouvement de la pensée et de la volonté humaines, pour y rattacher comme à leur principe et à leur règle, tout bien, toute justice, toute sainteté. Objet de terreur pour le vice, ce nom est ici-bas le soutien de la vertu, la sanction du devoir, le fondement de l'autorité, la garantie du témoignage, le sceau de la promesse, comme il est d'ailleurs la consolation dans l'infortune, l'adoucissement à la souffrance, l'espoir avant l'épreuve, le courage pendant la lutte, le repos après la fatigue, le point d'appui fixe et invariable au milieu des vicissitudes de la vie. Ce nom unique, incommunicable, sans lequel la conscience, l'histoire et la nature sont des mots vides de sens, d'indéchiffrables énigmes, c'est, Nos très chers Frères, le saint nom de Dieu.
Ah ! sans doute, nous le constatons avec douleur, le cri de la révolte contre Dieu retentit par intervalle à nos oreilles épouvantées. De même qu'il y a des monstres dans la nature, ainsi est-il des hommes qui, ayant cessé de croire et d'être en communion de foi avec le reste du genre humain, mutilent la raison, découronnent
la science et font le vide dans le cœur par la négation du premier et du plus fondamental de tous les dogmes. A leur suite marchent la nuit et la désolation, la ruine de l'intelligence et la mort de rame. Incapables de s'élever au-dessus de la matière, ils ne tiennent pour réel et pour vrai que ce qui se compte, se mesure et se pèse : le reste est non avenu pour ces libres-penseurs dont l'orgueil trouve son châtiment dans la plus effrayante des dégradations. Ne leur demandez pas d'où vient l'homme, où il va, quelle voie il doit suivre : à ces questions capitales pour nos destinées, ils n'ont pas de réponse ; ils affectent même de n'en pas avoir; ou bien, s'ils ne craignent pas d'en hasarder quelqu'une, elle ne tient pas devant une raison d'enfant. N'ayant plus la pensée de Dieu pour principe et pour règle, ils diront que l'homme descend primitivement d'un animal quelconque, qu'il marche vers l'inconnu, et que tout est dit sur son avenir du moment qu'on a jeté quelques pelletées de terre sur un corps prêt à entrer en décomposition. Voilà ce qu'ils décorent des noms pompeux de science moderne et de critique contemporaine. Déjà la sagesse antique leur répondait
à l'avance, il y a deux mille ans, par la bouche d'un de ses plus illustres interprètes : « L'existence de Dieu est une chose si manifeste que j'aurais peine à croire au bon sens de celui qui la nierait (1) » ; et saint Augustin, cherchant avec raison clans les désordres du cœur la source des aberrations de l'esprit, ajoutait : « Personne ne nie Dieu, excepté celui qui aurait intérêt à ce qu'il n'y eût pas de Dieu (2) ». Quoi qu'il en soit, il faut bien l'avouer à la confusion de notre époque, l'athéisme, cette plante parasite et malsaine, née de la corruption des mœurs, a reparu au milieu de nous avec les fruits de mort qu'il a coutume de produire chez les peuples où la sève chrétienne s'est appauvrie, et nous assistons au dépérissement de beaucoup d'âmes devenues impuissantes à retenir le souffle de la vie spirituelle et morale.
Vous reculez d'horreur, Nos très chers Frères, devant ces désolantes doctrines qui sont en opposition avec la voix de la nature et la conscience du genre humain. Éclairée par la foi,
(1) Cicéron, de nat. deor., I, 44.
fi) Tractât, hx\ in Jounnem.
votre raison demeure ferme en dépit de tous les sophismes qui cherchent à l'ébranler. Avec les meilleurs esprits de tous les temps et de tous les lieux, vous confessez hautement que « Dieu est le commencement, le milieu et la fin des choses (1). » Ex ipso, et per ipsum, et in ipso sunt omnia : « tout est de lui, tout est par lui, tout est en lui (2) ». C'est Dieu qui nous a créés, qui nous conserve et nous soutient à chaque instant de la vie : fondement et racine de toute existence, il est toujours présent à nous, il nous touche par le plus intime de notre être, il est plus proche de nous que nous-mêmes ; car nous vivons en lui, en lui nous nous mouvons, en lui nous sommes, in ipso enim vivimus, et movemur et sumus (3). Il est l'alpha et l'oméga, le principe et la fin : principium et finis (4). De quelque côté que nous dirigions nos pas, disait saint Augustin, c'est vers lui que nous tendons : eo fer or, quoeumque feror (5). Car nous allons
(1) Platon, de Leg., iv, p. 715.
(2) Ep. aux Rom. xi, 36.
(3) Actes des apôtres, xvn, 27, 28.
(4) Apocalypse, i, 8.
(5) Epist. clvii, Civit. Dei, xni, 9.
à Dieu, comme nous venons de Dieu : ipsius enim et gémis sumus (i) : tout en nous lui appartient, depuis le premier regard de notre âme dans l'enfance jusqu'au dernier désir que nous formons sur notre lit de mort. Dieu possède un droit souverain sur chaque pensée de notre esprit, sur chaque pulsation de notre cœur, sur chaque mouvement de notre main ; car son domaine sur la création est un domaine éternel : « Je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi : » vocavi te nomine tuo, meus es tu (2) ; domaine universel : « la terre est au Seigneur avec tout ce qu'elle renferme, l'univers et tout ce qui l'habite est à lui : » Domini est terra et plénitude* ejus, orbis terrarum etuniversi qui habitant in eo (3) ; domaine inaliénable : « Je suis le Seigneur, voilà mon nom, et je ne donnerai ma gloire à personne : » Ego dominus, hoc est nomen meum, gloriam meam alteri non dabo (4). Bref, il faut imposer silence à la raison, étouffer la voix du genre humain, se condamner
(t) Actes, xvii, 28.
(2) Isaïe, xliii, I.
(3; Psaume xxm, I.
(i) Isaïe, xi.ii, 8.
soi-même à l'aveuglement, ou bien reconnaître et proclamer que Dieu est le premier et le dernier mot de la vie humaine.
Mais, s'il en est ainsi, Nos très chers Frères, si Dieu est pour l'homme ce que nous venons de dire, comprenez-vous une vie humaine d'où la pensée de Dieu reste absente? Une vie où les jours, les mois, les années s'écoulent, sans que la prière monte du cœur aux lèvres de l'homme comme l'expression de l'amour et de la reconnaissance, du repentir ou de l'adoration? Une vie où toutes choses trouvent leur place, jusqu'aux plus vulgaires et aux plus frivoles même, excepté le devoir envers Dieu, principe et fin de l'existence humaine? Et ne sommes-nous pas en droit de dire que la négligence à remplir ce devoir, le premier, le plus haut et le plus impérieux de tous, est le comble de l'injustice et de la déraison ? N'entendez-vous pas le Seigneur revendiquer cet hommage suprême parla bouche du prophète : « Si je suis votre Père, où est l'honneur qui m'appartient : Si ergo pater ego sum, ubi est honor meus? Si je suis votre Maître, où est la crainte de mes jugements : Et si Dominus ego sum, ubi est timor
meus ? » (1). Il est impossible, en effet, il est contraire au sens commun et à la nature des choses, qu'entre le créateur et la créature intelligente et libre, entre celui qui donne la vie et celui qui la reçoit, il n'y ait pas un lien moral, une relation spirituelle, un commerce intime, résultant de cette double qualité et fondé sur la justice même. Ici encore, les leçons de la foi sont pleinement d'accord avec les témoignages de la sagesse humaine qui a toujours vu dans la piété envers Dieu un devoir de justice rigoureux et indispensable (2) ; et c'est dans ce sens que saint Thomas disait, avec la précision habituelle de son langage : « Par la religion, nous ne faisons que rendre à Dieu ce qui lui est dû » : Religio est per quam reddihcr debitum Deo (3). Si, en effet , suivant l'expression de saint Cyrille d'Alexandrie, toute créature est, comme telle et par le seul fait de sa nature, sujette de Dieu (4), cette dépendance absolue crée pour l'homme une dette de justice indéniable, de telle sorte que
(1 Malachie, i, 6.
(2) Cicéron, de nul. cleor. i, 41 ; — Platon, Euthyph., \>. 13.
(3) Ia 2", qu. lx. art. 3.
(4) In Joannem xv, 9, 10.
le service de Dieu domine toutes nos obligations comme Dieu lui-même est au sommet de l'intelligence et de la vie.
Servir Dieu, voilà donc le premier devoir de Thomme, Nos très chers Frères, ou, pour mieux dire, c'est tout l'homme : Deum time et mandata ejus observa, hoc est enim omnis homo (1). Mais qui réglera ce service? Qui en déterminera l'objet et l'étendue? Est-ce Dieu? Est-ce l'homme? A peine s'il est possible d'élever sérieusement une pareille question. Non, certes, ce n'est pas à la créature, impuissante à se soutenir par elle-même, de délimiter ses devoirs envers celui de qui elle tient l'être, le mouvement et la vie : autant vaudrait affirmer, pour nous servir des expressions d'un profond penseur, que « la goutte d'eau est la mesure de l'Océan, et le fini celle de l'infini » (2). Si Dieu possède sur le monde qu'il a tiré du néant dans la plénitude de sa liberté un droit de propriété absolu, si son domaine sur tout ce qui vit et respire est un domaine souverain, inaliénable,
(1) Ecclésiaste, xn, 13.
(i) Leibnitz, Discours préliminaite sur la conformité de la foi avec la raison, § 46.
imprescriptible, c'est à lui et à lui seul qu'il appartient de déterminer ce qu'il exige de sa créature en retour d'un bienfait tout gratuit, dans quel ordre de relations il lui plaît d'entrer avec elle, comment il veut être connu, adoré, glorifié et servi par elle : en d'autres termes, et par la force des choses, la religion doit être l'œuvre de Dieu et non celle de l'homme. Et, par le fait, d'Adam à Noë, de Noë à Abraham, d'Abraham à Moïse, et de Moïse à Jésus-Christ, nous voyons Dieu lui-même tracer au genre humain les devoirs qu'il lui impose, par l'organe de ses envoyés, et en dernier lieu par la bouche de son Fils « qu'il a constitué héritier de toutes choses et par lequel il a fait les siècles » : Novissime in Filio quem constitua hœredem universorum, per quem fecit et sœcula (1).
C'est par cette voie, Nos très chers Frères, que nous arrivons à connaître toute l'étendue de nos devoirs envers Dieu : telle est la vraie, la seule et unique religion de l'humanité; le reste n'est qu'altérations et déviations, comme l'on voit à côté d'un fleuve majestueux une quantité de
(l) Ep. aux Hébreux, i, I, 2.
ruisseaux traîner çà et là leurs eaux languissantes. Par son unité, sa perpétuité, son universalité, la religion chrétienne frappe tous les regards ; elle s'impose à la raison de quiconque n'a pas perdu la foi en la divine Providence. Pas d'interruption dans cette chaîne d'or qui relie la terre au ciel, et dont chaque anneau se rattache à celui qui le précède et soutient celui qui le suit. Annoncé dans l'ancienne loi, prédit par les prophètes, figuré à chaque page des révélations divines, le Christ apparaît au sommet des âges, pour tracer au genre humain le symbole de ses croyances et le code de ses devoirs. Tout lui rend témoignage, le ciel et la terre, le passé et le présent, la conscience et l'histoire ; et, pour se convaincre de sa mission divine, il suffit de contempler le monde chrétien, cette œuvre plus merveilleuse encore que le monde de la nature par où se révèle l'existence d'un Dieu créateur. Devant ce fait d'une religion qui part de l'origine des temps pour se prolonger à travers les siècles avec son incorruptible vitalité, inondant de ses lumières le genre humain au sein duquel son action toujours féconde éveille à chaque instant de nouvelles forces et suscite de nou-
velles vertus ; devant ce fait éclatant comme le soleil, est-il un doute possible pour qui ne veut pas voir s'éteindre les dernières lueurs de son intelligence dans les ténèbres de l'athéisme? Car c'est Dieu lui-même qui aurait tendu un piège inévitable à la raison de l'homme, s'il avait pu mettre au service de l'erreur tant de puissance, de sagesse et de bonté. Voilà ce que disait, il y a deux siècles déjà, dans une magnifique page, l'un des écrivains qui a le plus honoré notre langue par l'éclat et la fermeté de son talent :
« Si ma religion était fausse, je l'avoue, voilà le piège le mieux dressé qu'il soit possible d'imaginer ; il est inévitable de ne pas donner tout au travers, et de n'y être pas pris : quelle majesté, quel éclat des mystères ! quelle suite et quel enchaînement de toute la doctrine ! quelle raison éminente ! quelle candeur, quelle innocence de mœurs ! quelle force invincible et accablante des témoignages rendus successivement et pendant trois siècles entiers par des millions de personnes les plus sages, les plus modérées qui fussent alors sur la terre, et que le sentiment d'une même vérité soutient dans l'exil, dans les fers, contre la vue de la mort et du dernier
supplice! Prenez l'histoire, ouvrez, remontez jusqu'au commencement du monde, jusques à la veille de sa naissance ; y a-t-il eu rien de semblable dans tous les temps? Dieu même pouvait-il jamais mieux rencontrer pour me séduire? par où s'échapper? où aller, où me jeter, je ne dis pas pour trouver rien de meilleur, mais quelque chose qui en approche?... (1).
Non, rien n'approche du christianisme, tel qu'il apparaît dans l'Église catholique, intègre et parfait, sans amoindrissement ni mutilation. Là se trouve pour le genre humain la règle infaillible et souveraine de ses devoirs envers Dieu. Si vous pouviez avoir quelque doute à cet égard, il nous suffirait de vous montrer le vide et le néant de l'athéisme moderne réduit à fouiller dans les bas-fonds du paganisme pour en retirer ce que la raison chrétienne avait écarté sans retour, la négation de l'âme, de la vie future, de tout ce qui fait la grandeur et la dignité de l'homme. Qu'est-ce qu'une prétendue science qui aboutit, comme dernière conclusion, à donner quelque singe pour ancêtre à Bossuet,
(1) Caractères de La Bruyère, eh. x\i.
à Leibnitz et à Newton ? Une doctrine méritet-cllc la moindre attention quand elle se voit condamnée à trahir sa fausseté par de telles conséquences?... Mais non, Nos très chers Frères, nous n'avons pas besoin d'insister auprès de vous sur la certitude de la religion chrétienne ; pour vous comme pour nous, il n'y a pas de milieu : ou il n'y a rien de certain dans ce monde, ou bien la religion chrétienne présente des caractères irréfragables de sainteté et de vérité. Pourquoi donc ce désaccord trop fréquent hélas ! entre la foi et la conduite? Pourquoi cette opposition pleine d'inconséquences entre la théorie et la pratique? Si, comme il n'est pas possible d'en douter, le service de Dieu est la vocation de toute créature raisonnable, et si, d'autre part, ainsi que l'indique sa nature même, la religion a pour objet de régler ce service dans l'ensemble comme dans les détails, la négligence à remplir les devoirs religieux n'est-elle pas un désordre que rien ne saurait justifier? Et n'est-ce pas le cas de répéter avec S. Paul, parlant de ceux qui ayant connu Dieu, ne l'ont pas glorifié comme Dieu : Propter quod inexcusabilis es.
o homo : « C'est pourquoi, ô homme, vous êtes inexcusable (1) ». Car les droits de Dieu priment tout autre droit, ou bien le mot droit n'a plus de sens. Ils sont coupables, sans doute, ils sont encore plus dignes de compassion, les malheureux qui ont étouffé dans leur âme jusqu'à la notion même du devoir religieux ; mais ceux qui ont eu le bonheur de conserver le don de la foi n'abusent-ils pas de la grâce à leur tour en s'éloignant des sources de la lumière et de la vie divines? Et ne peut-on pas dire que leur faute s'aggrave de tous les secours et de tous les moyens de salut que Dieu ne cesse de leur offrir tout le long de leur vie, sans qu'ils songent à en profiter, si ce n'est à l'heure tardive et imprévue de leur mort? Réfléchissez-y sérieusement, Nos très chers Frères, pesez ces graves raisons dans le silence et dans le recueillement de votre âme; car il y va des intérêts de l'homme non moins que des droits de Dieu, la religion ayant pour fin notre propre bonheur, comme elle a son principe dans la souveraine justice et dans l'éternelle vérité.
(1) Ep. aux Rom. n, i.
Que la négligence à remplir les devoirs de la religion soit aussi contraire aux intérêts de l'homme qu'aux droits de Dieu, saint Paul ne nous permet pas d'en douter, quand il dit : « La piété est utile à tout ; elle a les promesses de la vie présente et celles de la vie future, » promissionem habens vitœ quœ nunc est et futurœ. Vérité certaine, ajoute l'Apôtre, et digne d'être accueillie avec une entière confiance, fidelis sermo et omni acceptione dignus. Car ce qui nous fait supporter nos peines et nos travaux, c'est que nous espérons au Dieu vivant, qui est le sauveur de tous les hommes, principalement des fidèles : in hoc enim laboramus et maledicimur, quia speramus in Deum vivum, qui est salvator omnium hominum, maxime fidelium (1).
Vous l'avez entendu, Nos très chers Frères, de la bouche de saint Paul : intérêts de la vie présente, intérêts de la vie future, vitœ quœ nunc
(1) I" à Timothée, iv, 8, 9, 10.
est et futurœ, la piété, c'est-à-dire la pratique des devoirs envers Dieu, assure les uns et les autres dans ce qu'ils ont de véritable et d'élevé. Non, ne cherchez pas en dehors de cette source unique des grâces divines, la lumière et la force, le contentement et la paix, l'espérance et la consolation : l'expérience de tous les siècles est là pour vous avertir que vos recherches seraient vaines et vos tentatives infructueuses. Mais, nous disent les sophistes du jour, nous avons une autre conception de la vie terrestre que par le passé. Eh ! grand Dieu ! quelle est donc cette conception nouvelle de l'existence humaine? S'est-il opéré quelque changement radical dans ses lois et dans ses conditions? Est-on parvenu à l'affranchir de ces terribles épreuves qui s'appellent la souffrance, la maladie et la pauvreté ? L'ouvrier des villes est-il dispensé désormais de gagner péniblement son pain de chaque jour en respirant du matin au soir l'air malsain des usines et des manufactures? Le cultivateur n'est-il plus exposé dorénavant à voir ses espérances détruites en un clin d'œil après une année de travail où ses forces se seront épuisées
avec ses ressources? Les hôpitaux se sont-ils désemplis, les asiles de la vieillesse et les refuges de la misère ont-ils diminué depuis cette nouvelle notion de la vie terrestre que l'athéisme moderne se vante d'avoir conçue? L'immense majorité du genre humain n'est-elle plus réduite à se préoccuper des moyens de pourvoir à sa subsistance? Et s'il est quelques rares privilégiés de la fortune, ont-ils cessé de trouver le deuil et les larmes dans le lot qui leur est échu ? La mort enfin, avec ses déchirements sans pareils, va-t-elle se dessaisir de son droit sur l'enfant au berceau, sur l'adolescent dans la fleur de l'âge, sur le père et la mère arrachés subitement aux bras d'une famille en pleurs? Qui donc pourrait se flatter, sans folie, de retrancher un iota de cette sentence écrite pour toujours sur le berceau du genre humain : Occupatio magna creata est omnibus hominibus : De graves soucis sont le partage de tous les hommes, et un joug dur pèse sur les enfants d'Adam depuis le jour de leur naissance jusqu'à celui de leur sépulture dans le sein de la terre : et jugum grave super filios Adam a die exitus de ventre
matris eorum usque in diem sepulturœ in matrem omnium (1).
Laissons donc de côté ces chimères qui sont une insulte au malheur non moins qu'un outrage au bon sens. Quelque effort qu'on ait pu faire pour en améliorer les conditions matérielles, la vie humaine, avec ses labeurs et ses souffrances, est restée de nos jours ce qu'elle a été dans tous les temps, un voyage pénible à travers ce monde, un acheminement vers de plus hautes destinées, une introduction à l'éternelle vie. Or, c'est à la religion qu'il appartient de conduire l'homme du berceau à la tombe, au milieu des vicissitudes de son existence, pour le préparer à ses grandeurs futures. Et voyez, Nos très chers Frères, combien l'Apôtre a eu raison de dire que la religion a les promesses de la vie présente, vitœ quœ nunc est, devant les sources de lumière, de paix et de consolation qu'elle ouvre à quiconque sait en remplir fidèlement les devoirs. Il semble que le Roi-Prophète ait voulu en célébrer d'avance les bienfaits, quand il appelait la loi de Dieu, une loi de sainteté et de
(\) Ecclésiastique, XL, I.
pureté, lex Domini immaculata convertens animas ; car elle revêt d'innocence l'enfant qui vient de naître, en opérant la conversion de son âme à Dieu par la grâce du baptême. Loi de sagesse et de vérité, sapientiam prœstans parvulis; car, à mesure que l'homme s'avance sur le chemin de la vie, la religion répand la lumière sous ses pas, en le confirmant dans la science et dans la foi par les dons de l'Esprit-Saint. Loi de respect et de crainte salutaire, timor Domini sanctus ; car plus la vie des sens tend à étouffer la vie de l'esprit dans le jeune homme qui commence à sentir sa force avec sa liberté, plus la religion redouble d'efforts pour le protéger contre la domination du vice par la pensée des jugements de Dieu. Loi d'amour qui réjouit le cœur, justitiœ Domini lœtificantes corda; car, en rattachant l'homme à Dieu par la sainte communion, la religion lui procure un bien plus désirable que l'or et les pierreries, une jouissance plus douce que le miel le plus pur : desiderabilia super aurum et lapident pretiosum multum, et dulciora super met et favum. Loi de clémence et de miséricorde, car si, troublé par la conscience de ses fautes, l'homme doit s'écrier
avec effroi : delicta quis intelligit? Qui mesusera les égarements de mon cœur ? au sortir du tribunal de la pénitence où la religion l'invite à chercher le pardon, il peut se dire avec confiance : quelque grand qu'ait pu être mon crime, j'en serai purifié pour toujours : et emundabor a delicto maximo (1). Admirable économie de la religion, qui embrasse la vie humaine dans toute son étendue, pour répondre à chaque besoin du cœur et de l'intelligence, sans laisser en dehors de son action bienfaisante ni un âge ni une situation qu'elle n'éclaire, ne pacifie, ne consacre, toujours prête à soutenir ce qui est debout et à relever ce qui est tombé, douce au malheur, indulgente pour la faiblesse, et n'ayant d'autre mission ni d'autre souci que de conduire les hommes à Dieu par sa doctrine et ses institutions.
Pourquoi donc négliger ces sources de la grâce et de la vie divines? Pourquoi s'éloigner de la religion qui seule a des lumières et des consolations pour diriger et rendre moins pénible le pèlerinage de l'homme ici-bas? Comprenez-
(\) Psaume xvm, 8-14.
vous, Nos très chers Frères, tout ce qu'il y a de trouble et d'amertume clans une vie humaine d'où la pensée de Dieu est absente ? Y a-t-il une infortune comparable à celle de l'homme qui, après avoir éteint dans son âme le flambeau de la foi, ne sait plus ni d'où il vient, ni où il va, ni quelle voie il doit suivre pour arriver à sa fin dernière ? Quelques jouissances matérielles qu'il puisse se procurer, la simple raison ne suffit-elle pas pour lui faire sentir combien son existence est sombre, vide et désolée? S'il succombe dans les combats de la vertu, où trouvera-t-il le moyen de se relever, lui qui repousse le secours de Dieu, pour s'en tenir au pouvoir d'une volonté dont il a tant de fois éprouvé la faiblesse? Gomment parviendra-t-il à secouer l'esclavage du vice, si la religion ne lui vient en aide pour rompre ses chaînes devenues d'autant plus fortes qu'il s'est habitué davantage à les porter? A moins d'étouffer la voix de sa conscience, ce qui est le dernier degré de l'abaissement moral, où cherchera-t-il un remède contre le remords , si la religion n'est là pour calmer ses inquiétudes par l'assurance du pardon? Et dès lors que deviendra pour lui la
paix de l'âme, c'est-à-dire le plus grand bien dont l'homme puisse jouir en ce monde, ce bien inappréciable et sans lequel il ne saurait y avoir ni contentement ni bonheur? Quand viendra, enfin, le moment de l'épreuve, l'heure des grandes douleurs, des séparations inévitables, où sera sa consolation , si la pensée d'un monde meilleur a disparu de son âme fermée aux enseignements et aux devoirs de la religion? Ah ! que la sainte Écriture a merveilleusement dépeint la situation de ceux qui éloignent Dieu de leur cœur et de leur vie : contritio et infelicitas in viis eorum : « les angoisses et l'infortune sont dans leurs voies; ils ne connaissent pas le sentier de la paix, viam pacis non cognoverunt, parce qu'ils n'implorent pas le secours du Seigneur, Dominum non invocaverunt, et que la crainte de Dieu n'est pas devant leurs yeux, non est timor Dei ante oculos eorum (1). » Aussi leur âme est-elle vide d'espérance, et leurs travaux sont-ils infructueux : vacua est spes illorum et labores sine fructu (2). Sans lumières
(1) Psaume XIII, 7, 8, 9.
(2) Sagesse, III, 11.
dans le présent, sans aspirations vers l'avenir, ils ne comprennent pas que la vie humaine est une semence jetée dans le sillon du temps et qui doit mûrir pour l'éternité.
L'éternité! voilà, Nos très chers Frères, le grand mot, le mot final de la destinée humaine. Tout doit tendre vers ce but suprême , suivant l'adage de la sagesse antique : in omnibus respice finem, en toutes choses il faut envisager la fin. Nous sommes les candidats de l'éternité, selon la belle expression de Tertullien, œternitatis candidati (1) ; car la terre n'est qu'un lieu d'épreuve et de purification. C'est au ciel que notre existence, à peine ébauchée ici-bas, recevra sa perfection dans l'union indissoluble avec Celui qui est le principe de la vie et du bonheur. Là, devenue semblable à Dieu , illuminée de ses splendeurs, embrasée des feux de sa charité, la créature humaine partagera, par un effet de la grâce, la félicité qui appartient à Dieu par sa nature même. Là, dans le repos de la béatitude, dans la contemplation de l'éternelle vérité, dans l'amour de la beauté infinie, dans la possession du sou-
(1) De resurr. carnis, LVIII.
verain bien, dans la louange de la majesté et de la bonté suprêmes, tous nos vœux seront comblés, toutes nos espérances seront satisfaites : ibi vacabimus et videbimus, videbimus et amabimas, amabimus et laudabimus (1). Là sera la véritable gloire, continue saint Augustin, vera ibi gloria erit , le véritable honneur, verus honor, la vraie paix, vera pax, tandis qu'ici-bas nous ne poursuivons que des ombres, croyant saisir la réalité (2). Encore ces paroles du saint Docteur ne sont-elles qu'un faible pressentiment et ne donnent-elles qu'une idée très imparfaite de la vie future ; car il est écrit que l'œil n'a pas vu, l'oreille n'a pas entendu et le cœur de l'homme n'a pas éprouvé ce que Dieu prépare à ceux qui l'aiment : « qaod oculus non vidit, nec auris andivit, nec in coi" hominis ascendit quœ prœparavit Deus Us qui diligunt illum (3).
L'espérance de l'immortalité bienheureuse vous soutient, Nos très chers Frères, au milieu des épreuves et des tribulations de la vie présente.
(1) S. Augustin, de. Civil. Dei, 30.
(2) Jbid.
(3) I" aux Cor., II, 9.
Et par le fait, sans cet espoir, que serait notre existence terrestre si fragile et si tourmentée ? Mais nous vous le demandons, est-il possible d'atteindre une fin en dehors des moyens nécessaires pour y arriver? La simple raison ne nous dit-elle pas que nos actes doivent être en rapport avec le but auquel ils tendent? Concevez-vous l'éternelle louange sur des lèvres déshabituées de la prière depuis de longues années? Comment serait-il admis un jour à voir Dieu face à face, clans les splendeurs de la vision béatifique, celui qui éloigne de son intelligence jusqu'à la pensée même de Dieu ? N'y a-t-il pas là une opposition manifeste entre la fin de l'homme et une conduite qui n'est absolument propre qu'à l'en détourner? Le refus de rendre au Créateur et souverain Maître de toutes choses l'hommage et le culte qui lui sont dus, peut-il avoir pour récompense et pour couronnement la participation à la félicité divine? Si la vie de la gloire n'est pas autre que la vie de la grâce consommée dans la béatitude, quel moyen d'avoir pour héritage la gloire éternelle, quand on néglige de puiser à la source divine des sacrements, d'entretenir, de réparer et de fortifier cette vie surna-
turelle qui devra se prolonger dans le sein de Dieu pour y devenir la vie bienheureuse? Et pour tout dire en un seul mot, la séparation d'avec Dieu dans le monde présent peut-elle être une préparation à l'union avec Dieu dans le monde futur? Le bon sens répond qu'il ne saurait en être ainsi, et que la négligence à remplir les devoirs de la religion met en péril l'intérêt suprême de l'homme, celui qui domine toute son existence, et auprès duquel les intérêts du temps s'effacent , comme le temps lui-même disparaît en regard de l'éternité.
Ne sacrifiez donc pas les intérêts de l'éternité aux intérêts du temps, Nos très chers Frères, donnez aux uns et aux autres les soins qu'ils méritent, en plaçant toutefois le salut de votre âme au sommet de vos préoccupations. C'est le langage que nous ne cessons de vous faire entendre dans le cours de nos visites pastorales, afin que vous appliquiez à la culture de votre âme une partie de cette activité que vous déployez avec tant d'ardeur dans le travail des champs. Laisseznous vous rappeler tout particulièrement ces
graves devoirs, à vous, catholiques du pays de Saumur, nos frères bien aimés, que nous aurons le bonheur de revoir clans quelques semaines. Dieu s'est plu, dans sa miséricorde, à vous dispenser les dons les plus magnifiques de la nature. Sa main a répandu sur votre sol des richesses de tout genre, et elle n'a refusé aucune fécondité à la terre qui vous porte. A l'exemple du Roi-Prophète, vous pouvez dire au Seigneur: Visitasti terram et inebriasti eam , « vous avez visité notre terre, et vous l'avez comme enivrée de vos bienfaits. Multiplicasti locupletare eam, vous avez multiplié en sa faveur les trésors de votre libéralité. » Comme le fleuve d'Israël , les rivières qui sillonnent vos campagnes y versent l'abondance avec le tribut de leurs eaux : Flumen Dei repletum est aquis, parasti cibum illorum. Et mieux encore que sous le ciel de Chanaan , chaque année voit se réaliser les espérances du Psalmiste : Campi tui replebuntur ubertate, » vos plaines se couvriront d'opulentes moissons » ; exultations colles accingentur, « une ceinture de fruits enveloppera vos riants coteaux » ; et valles abundabunt frumento, « et
vos vallées s'empliront de froment (1) ». Mais n'oubliez pas, Nos très chers Frères, que les dons de la grâce sont encore plus précieux que ceux de la nature, et surtout plus durables. Car enfin, quoi que vous fassiez pour retenir cette figure du monde qui passe, toutes les choses de la terre vous échapperont à l'heure de votre mort. Vous laisserez derrière vous vos champs, vos vignes, vos demeures ; rien de tout cela ne vous suivra au-delà du tombeau. Le seul bien que vous emporterez avec vous dans la vie future, ce seront vos mérites et vos bonnes œuvres. Dieu vous tiendra compte de la fidélité que vous aurez mise à le servir et à pratiquer sa loi. Consacrez vos travaux quotidiens par la prière du matin et du soir. Sanctifiez le jour du Seigneur par l'assistance régulière aux divins offices. Appliquezvous les mérites du divin Rédempteur en profitant des grâces qu'il a daigné vous acquérir par le sacrifice de la croix. Préparez-vous pendant ce saint temps du carême à la grande fête de Pâques, où votre âme, purifiée au tribunal de la Pénitence, nourrie de la sainte Eucharistie, devra
(1) Psaume LX1V, 9-14.
se retremper aux sources de la vie divine pour tout le cours de Tannée. Que la recherche des biens temporels ne vous fasse pas perdre de vue les biens de l'éternité, suivant la prière de la sainte Église : sic transeamus per bona temporel lia, ut non amittamus œterna. Ainsi le chrétien, éclairé par la foi, fortifié par la grâce des divins sacrements -f traverse-t-il la vie de ce monde, l'œil fixé sur la céleste patrie où la fidélité dans le service de Dieu ouvrira devant lui une carrière infinie de gloire, de grandeur et de félicité.