ÉVÊQUE D'ANGOULÊME
Prononcée le 30 juin 1891
In omnibus te ipsum prœbe exempluni bonoruny operum, in doctrina, in integritate.
« Montrez-vous en toutes choses un modèle de bonnes œuvres, dans la pureté de la doctrine et dans l'intégrité de la vie. »
(Ep. à Tite, II, 7.)
Messeigneurs, Mes Frères,
J'étais donc destiné à rendre ce devoir funèbre au pieux et savant évêque dont, il y a dix-huit ans, je traçais d'avance la grande et belle carrière, le jour même de son sacre. Jour de joie et d'espérance, où les églises de Laval, du Mans et de- Poitiers s'unissaient dans la personne de leurs évêques, pour préparer à l'église d'Angou-
lème un digne successeur des Cousseau et des Régnier. Époque de réparation et d"attente, pendant laquelle le pouvoir ci%'il, pénétré de ses devoirs envers TÉglise, n"hésitait pas, dans la désignation des premiers pasteurs, à porter son choix sur les plus dignes, tandis que. d'autre ['art. la France, instruite par ses malheurs, semblait prête à vouloir reprendre le cours de ses antiques et glorieuses destinées. Aussi, devant de telles promesses et dans l'espoir d'un tel avenir, je me sentis porté à rappeler le rôle de l'épiscopat à toutes les époques de notre histoire nationale: et. saluant dans le nouvel élu un héritier de ces hommes de foi, de science et de vertu qui, au jugement de l'incrédulité ellemême, ont fait la France, je lui disais du plus profond de mon cœur : « Puissiez-vous vivre de longues années. Monseigneur, pour la gloire du divin Maître, pour rédification de la sainte Église, notre mère, pour le bonheur du diocèse qui se réjouit de voir sous peu de jours el de posséder son premier Pasteur et son Père. (1) »
1 Discours sur le rôle de l'épiscopal dans l'histoire de France, prononcé à Toccasioa du sacre de Monseigneur Sébaux. XJEuvres oratoires, tonae III.)
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Vous savez, iMes Frères, si dix-huit années d'un épiscopat, abrégé par le travail et la fatigue, ont répondu aux vœux que je formais dans l'église de la Trinité de Laval. Il y a, sur la vie des évêques, un premier jugement qui ne trompe jamais, parce qu'il est fait des regrets et des larmes de tout un peuple. Ce jugement, vous l'avez porté, lorsqu'à la nouvelle du coup qui vous frappait, un même cri s'échappait spontanément de vos cœurs : « En perdant notre évêque, nous avons perdu un saint. » Il n'y a pas d'éloge funèbre qui puisse valoir celui-là. Aussi ne me permettrais-je pas d'y rien ajouter, si je n'avais à parler au nom de l'une de ces amitiés qui ne permettent pas de se taire, et qui, à mesure qu'on avance dans la vie, se font plus rares en devenant plus précieuses. Oui, j'aime à le rappeler en ce jour, — car ce souvenir fait à la fois ma joie et mon deuil, — près d'un quart de siècle durant, nous avons vécu dans une communauté parfaite de vues et de sentiments sur les hommes et les choses de notre temps : nous échangions nos consolations et nos tristesses ; et quand arrivait l'heure de la lutte, une lettre intime de l'évêque d'Angoulême devenait
pour moi une lumière et une force. Une seule fois nos pensées ne surent pas se mettre d'accord : c'est lorsque désirant pour son zèle un champ plus vaste, sinon plus éclatant, je vis clairement que vous teniez dans son cœur une place qu'aucune affection nouvelle n'aurait pu vous disputer. Saint Paul, voulant résumer les devoirs de l'évêque, écrivait à son disciple Tite : « Montrezvous en toutes choses un modèle de bonnes œuvres, dans la pureté de la doctrine et dans rinlégrité de la vie. » Homme de doctrine, homme de vertu et de bonnes œuvres, le vénérable défunt l'a été constamment, soit pendant les années qui précédèrent son élévation au premier rang de la hiérarchie, soit dans tout le cours de son épiscopat. Telle sera la matière de réloge que j'ai dessein de consacrer à la mémoire de M»"" Alexandre-Léopold Sébaux, évêque d'Angoulême.
La Providence, qui destinait M""" Sébaux au gouvernement d'un grand diocèse, voulut le faire passer par les trois fonctions qui pouvaient
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le mieux l'y préparer : la coopération intime aux travaux d'un illustre évêque, l'exercice de la charge pastorale et la direction d'un grand séminaire. Rarement on aura vu, dans la première partie d'une vie, une initiation plus complète aux devoirs de la seconde.
Il y a un demi-siècle, le siège du Mans était occupé par un prélat dont le nom est resté une gloire pour l'Église de France. Nature d'élite, en effet, que ce fils de charpentier, passant le jour à manier les outils de son père et dérobant à la nuit de longues heures pour étudier les premiers éléments du latin, se renfermant plus tard, tout avide de science, dans une mansarde de rÉvêché d'Angers, d'où il allait sortir, au bout de quelques années, pour devenir, à force de travail et d'érudition, le théologien classique de la plupart des séminaires de France. Ce qu'il y avait d'admirable dans le professeur et dans l'évêque dont l'église du Mans est restée justement fière, c'était ce grand bon sens et cet esprit éminemment judicieux que dénotent toutes ses œuvres. Par là, par ces qualités plus solides que brillantes, Ms'" Bouvier méritait de prendre la place qu'il a tenue si longtemps parmi les maîtres de l'en-
seignement. Aussi bien la simplicité du style et la clarté de l'exposition devaient-elles contribuer à répandre des écrits que leur intelligence facile mettait à la portée de tous. Du reste, dans les questions mêmes où il s'est fait depuis lors de si vives lumières, on avait vu ce théologien, aux intentions toujours droites, se dégager peu à peu des préjugés d'un autre temps, se rapprocher constamment du centre de la doctrine, et finir par suivre en tous points, avec autant d'abnégation que de sincérité, la voie que lui traçait l'infaillible autorité du Saint-Siège. Rien ne devait manquer à cette union de plus en plus intime, pas même la faveur de mourir à Rome, sous les yeux du Vicaire de Jésus-Christ, et comme enseveli dans le triomphe de la Vierge immaculée.
Ce fut une grâce pour l'abbé Sébaux, mes Frères, que d'avoir été formé à l'école d'un tel maître. Le souvenir de ces douze premières années de sa vie sacerdotale ne devait plus s'effacer de son cœur. Devenu évêque d'Angoulême, il vous le disait dans sa première lettre pastorale : « Nous trouvons nos exemples dans les souvenirs du saint Évêque qui, nous appelant auprès de lui, il y a plus de trente ans, au sortir
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de nos études cléricales, eut pour Nous la bonté d'un Père. Pourrions-Nous jamais oublier sa vie si simple et si laborieuse, son cœur si droit et si bon, sa sagesse consommée, sa science profonde (1)?» 11 est juste d'ajouter que Ms^ Bouvier n'aurait pu mieux placer sa confiance que dans ce jeune ecclésiastique formé à la piété, dès Tàge le plus tendre, par une famille de Laval aussi chrétienne que distinguée, avant d'avoir fait éclater ses talents au petit séminaire de Nantes et au grand séminaire du Mans. Importante mais délicate fonction que celle du prêtre placé à côté de l'évêque pour le seconder jusque dans la partie la plus intime de sa tâche, initié par là même à tous les détails de l'administration, et y prenant une part d'autant plus utile qu'il sait y apporter plus de dévouement et de discrétion. L'abbé Sébaux ne tarda pas à devenir, pour celui qu'il aimait comme un père, le compagnon inséparable de ses fatigues dans la visite d'un diocèse trop étendu pour les forces d'un seul ; le témoin, le confident de ces luttes doctrinales, dont toutes ne furent pas exemptes de contrariétés ni de
(1) A l'occasion de la prise de possession du siège d'Angouième.
peines ; l'interprète de cette vaste correspondance qui, je le sais, ne négligeait pas plus qu'elle n'ignorait aucune controverse du temps; et, dans le vrai sens du mot, un collaborateur qui, malgré sa jeunesse, ne reculait pas à l'occasion devant un avis ou un conseil d'autant mieux écouté qu'on le donnait avec plus de déférence et plus d'oubli de soi-même.
Le commerce intime d'un esprit supérieur a des influences et une force d'action dont il est difficile de se défendre. Pour moi. Mes Frères, il m'a toujours paru que le futur évêque d'Angoulème avait reçu et gardé la forte empreinte de l'infatigable travailleur auprès duquel s'était passée sa jeunesse sacerdotale; et quand je songe à des relations si étroites et si prolongées, je suis moins étonné de trouver en lui cet éloignement pour les opinions extrêmes, cette modération dans le jugement et ce souci de la doctrine, par où se distinguait le maître dont nul mieux que lui n'aurait pu faire revivre l'austère figure dans des pages qui resteront comme l'une des biographies les plus fidèles de notre temps (1).
(1) Vie de M*' Bouvier, par M" Sébaux.
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Et quelle épreuve, pour le cœur du jeune prêtre, que cette scène douloureuse du 29 décembre 1854 ! Le vieil évêque surpris par la mort, à Rome, sans doute la patrie commune des chrétiens, mais enfin loin de la France, avec ces paroles d'adieu sur les lèvres : « J'aimerais mieux mourir au milieu de mes chers diocésains » ; le Pape lui-même venant rendre visite à l'auguste malade ; la ville entière partageant l'émotion inquiète du clergé ; et, à quatre cents lieues de là, tout un diocèse en larmes... On put voir alors tout ce qu'il y avait d'affection profonde et d'exquise sensibilité dans le pieux secrétaire, surmontant sa douleur pour assister nuit et jour l'admirable vieillard qui, l'avant-veille de sa mort, rédigeait encore des pièces pour son diocèse ; redoublant de soins et de tendresse à mesure que s'approchait l'instant suprême, et après avoir eu la consolation de fermer les yeux à son père bien-aimé, recueillir ce qui lui restait de forces pour aller, comme il vous le disait à vous-mêmes, dans un pieux mouvement de foi, « remettre entre les mains de Pie IX l'anneau de l'alliance, désormais rompue, avec TÉglise du
Mans à laquelle U^'' Bouvier avait donné son cœur et sa vie. »
Cependant la mort de M^"" Bouvier, en hâtant la division du diocèse du Mans, allait rattacher l'abbé Sébaux à celui de Laval, nouvellement fondé. Vainement le vénérable métropolitain offrait-il de lui ouvrir les rangs du chapitre de Tours. Sa ville natale avait toutes ses préférences, et c'est là qu'il trouva ce que j'ai appelé sa deuxième préparation à la haute charge qu'il devait remplir un jour au milieu de vous. Préparation éminemment utile, en effet, puisque l'Évèque est le premier pasteur de toutes les paroisses de son diocèse, et qu'il en apprécie d'autant mieux les intérêts et les besoins qu'une expérience personnelle les lui aura fait connaître. II est vrai que, pour tout autre que son nouveau curé, la paroisse Notre-Dame de Laval aurait pu offrir quelques inconvénients. N'est-ce pas là, en effet, qu'il était né et qu'habitait encore toute sa famille? Mais, loin d'être un obstacle au bien, la présence de son père et de sa mère allait ajouter à sa parole l'autorité de l'exemple. Aux travailleurs, il pouvait proposer pour modèle ce chef d'usine, vrai type de loyauté
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et de justice, estimé et aimé de ses trois cents ouvriers qui apprenaient de leur patron le respect des lois de Dieu et de l'Église. Et quel sujet d'édification pour les mères de famille que cette noble Vendéenne qui, aux jours de la Terreur, avait déployé au service des prêtres persécutés un courage à toute épreuve, jusqu'à désarmer le tribunal révolutionnaire par sa fermeté et sa présence d'esprit. Il semblait que le père n'avait attendu que ce moment pour rendre son àme à Dieu : après avoir — détail aussi rare que touchant — signé , comme président de la fabrique, la prise de possession de son fils, il meurt peu de jours plus tard, assisté par celui qui venait d'inaugurer ainsi un ministère aussi laborieux que fécond.
Ce ministère de quatre années. Mes Frères, on dirait qu'une vie entière aurait dû suffire à peine pour en contenir les œuvres. Je ne parlerai pas de tout ce qu'il a fallu à l'abbé Sébaux de zèle et d'activité, pour organiser en si peu de temps une paroisse absolument dénuée de ressources, acquérir un presbytère, agrandir et restaurer l'église ; je ne rappellerai pas combien toutes ces pieuses entreprises lui ont coûté de démarches,
de voyages, de sacrifices. Ah ! de sacrifices. Vous qui l'avez vu à Tœuvre au milieu de vous, vous comprenez mieux que personne quelle grande place la charité devait tenir dans sa vie pastorale. Vous êtes moins étonnés d'apprendre avec quelle ardeur infatigable il remplissait les devoirs de sa charge, se partageant entre la direction des âmes, qui absorbait une grande partie de sa journée, et le ministère de la parole sainte, qu'il exerçait en toute occasion ; ne quittant la chaire et le confessionnal que pour prendre le chemin des malades et des pauvres ; toujours prêt à recommencer avec une égale constance le travail de la veille et ne se reposant jamais, tant qu'il y avait un désordre à combattre ou une bonne œuvre à faire. A trente années de distance, la paroisse Notre-Dame de Laval est encore toute pénétrée d'admiration et de reconnaissance pour ce prêtre qui n'avait fait en quelque sorte que passer au milieu d'elle, mais qui, par son inépuisable générosité, a laissé dans les cœurs d'impérissables souvenirs.
Aussi les regrets de la paroisse avaient-ils été universels, quand le premier évêque de Laval, M^"" Wicard, appela l'abbé Sébaux à diriger, je
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devrais plutôt dire à fonder son grand séminaire. Mais ne fallait-il pas que la préparation de votre futur évêque fût complète, et qu'à l'expérience de l'administration et à Texercice de la charge pastorale il pût joindre ce qu'il y a de plus important pour la vie d'un diocèse, la science de l'éducation des clercs. Admirables institutions, Mes Frères, que nos grands séminaires, tels que l'Église de France, fidèle à l'esprit des saints canons, a su les concevoir et les organiser. Personne ne l'a proclamé plus haut que vous. Monseigneur de Périgueux, vous qui, malgré l'âge et la fatigue, avez mis un si grand courage à reconstruire l'une de ces pépinières du clergé. Pour moi, je n'hésite pas à dire que, dans cette alliance si bien comprise de l'étude et de la prière, des travaux de la science et des exercices de piété, du jeu libre de la volonté et des sévérités de la discipline, de la solitude et de la vie commune, les Vincent de Paul, les Olier et leurs successeurs se sont approchés de l'idéal de la perfection. Je sais bien que, de nos jours, où la foi est si affaiblie, où l'idée du prêtre disparaît dans le vague d'un naturalisme qui voudrait paraître large et généreux, et qui n'est que
superficiel, il en est qui trouvent ce genre d'éducation trop retiré du monde, trop peu mêlé à ses habitudes et à ses passions ; volontiers, ils le remplaceraient par un régime qui fût à peu près celui de tous. Illusion fatale, s'il ne fallait pas y voir plutôt un calcul odieux ! Qu'on le veuille ou non, l'éducation du prêtre est exceptionnelle et unique, comme son ministère lui-même. Médiateur entre le ciel et la terre, il devra offrir tous les jours la victime sainte sur l'autel du sacrifice. Médecin des âmes, il aura pour mission de guérir des blessures dont il doit avoir appris à se préserver lui-même. Homme de prière et de méditation, il cherchera ses joies les plus intimes au pied de son crucifix et au milieu de ses livres. La pureté du cœur, la virginité de l'âme, voilà sa force, voilà son honneur. Que nous parle-t-on dès lors d'éducation commune à toutes les professions, de mélange des clercs au reste de la jeunesse, de contact anticipé avec les désordres et les souillures du monde? Non, non, ce n'est pas à de tels dangers qu'il faut exposer les vocations sacerdotales, sous prétexte de vouloir les éprouver : ce n'est pas en respirant une atmosphère viciée qu'on évite la contagion ; ce
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n'est pas au souffle des passions humaines qu'il convient d'abandonner l'innocence et la vertu, quand on veut leur conserver toute leur fraîcheur et leur délicatesse. Le prêtre est un homme à part : c'est en dehors du monde, dans le silence de l'étude et de la prière, qu'il a besoin de se préparer à sa haute mission, s'il veut travailler efficacement à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Ainsi l'avaient compris les premiers fondateurs de nos écoles cléricales ; et si cent années de révolution, avec leur cortège d'erreurs et d'impiétés, ont pu passer sur le clergé de France, sans rien lui ôter d'une réputation d'intégrité qui lui vaut les suffrages du monde entier, il faut en chercher la cause principale dans ces noviciats du savoir et de la vertu qu'on appelle nos grands séminaires.
Ainsi le comprenait le prêtre éminent qui, jeune encore, avait pu admirer à Nantes, dans le vénérable M. de Gourson, ces qualités du vrai supérieur, dont la Compagnie de Saint-Sulpice nous a offert tant de fois le modèle. Tout était à faire au grand séminaire de Laval, depuis les bâtiments encore inachevés jusqu'au régime intérieur et au programme des études. Mais rien
n'est au-dessus du zèleeldeTénergiedu disciple des Bouvier et des Courson. Tandis que, d'une part, il presse et dirige les travaux, se faisant au besoin l'architecte de ce grand et bel œuvre, il étudie, de l'autre, et règle jusque dans leurs moindres détails les choses de la discipline et de l'enseignement. Directeur, économe, professeur, il est tout cela en même temps, n'ayant pour suffire à ces charges multiples qu'une santé délicate. Mais les âmes de cette trempe ne voient que lé bien à faire, et la passion du devoir double leurs forces. Le professeur d'Écriture sainte de Laval avait d'ailleurs ce goût et cette haute estime de la science, qui font trouver tant de charme à la communiquer. Attentif à toutes les questions nouvelles, familier avec les progrès de l'exégèse et de l'histoire, il portait dans ses leçons, avec la justesse naturelle de son esprit, cette étendue et cette variété de connaissances si propres à intéresser déjeunes auditeurs. Et que dire de son ardeur à implanter au séminaire la piété et les vertus sacerdotales? Homme de foi profonde, habitué à voir toutes choses par leur côté surnaturel, l'abbé Sébaux sentait vivement que la direction spirituelle des clercs, plus
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encore que leur initiation aux sciences sacrées, était la partie principale de sa tàciie.
Discerner la vocation de ces jeunes hommes que l'attrait du sacerdoce et le souffle de FEsprit- Saint conduisent au pied des autels ; diriger leurs premiers pas dans cette voie nouvelle où la présomption n'est pas moins funeste que le découragement ; suivre l'action de Dieu dans les âmes plutôt que de l'y précéder, et seconder le travail de la grâce, bien loin de vouloir s'y substituer par une pression indiscrète ; cultiver ces vertus naissantes avec la sollicitude du jardinier qui arrose la plante, la taille, la redresse, mais s'en remet pour le reste à celui qui, seul, donne la croissance ; approprier les conseils aux besoins de chacun, suivant la diversité des dons que la Providence distribue aux uns et aux autres ; user, enfin, de tous les ménagements et de toutes les délicatesses que peut suggérer une bonté vraiment paternelle : c'est à quoi excellait le supérieur du Séminaire de Laval. Aussi bien sa propre conduite, plus encore que sa parole, était-elle une prédication toujours vivante; il réalisait le mot de Pie IX à l'évêque de Laval : « Un saint appelé à former des saints. » Treize
années s'étaient écoulées de la sorte, années de travail et de mérite pour le pieux et savant prêtre devenu le conseil de Tévêque, le guide du clergé, l'édification de tout un diocèse, quand la Providence, le jugeant merveilleusement préparé à une plus haute mission, le prit par la main pour le conduire là où il devait vérifier jusqu'au bout ces paroles de l'apôtre à l'évêque de l'île de Crète : « Montrez-vous en toutes choses un modèle de bonnes œuvres dans la pureté de la doctrine et dans l'intégrité de la vie. » In omnibus te ipsum prœbe exemplum bonorum operum, in dochHna, in integritate.
Dieu, qui s'est plu à combler la France des dons de la nature et de l'esprit, a rapproché au milieu d'elle des races dont la réunion ofi're un assemblage heureux des qualités les plus fécondes par leur diversité même. Ici, le caractère vif et ardent; là, le calme et le sang-froid; ailleurs, l'esprit de recherche et d'initiative ; plus loin, l'application forte et persévérante au travail. En