DE M. JOSEPH DE LA BOUILLERIE
joies chrétiennes survenues dans cet intérieur où, hélas ! depuis lors, le deuil est entré tant de fois et à de si courts intervalles. Ce n'est pas lui qui, dans un temps où la foi pratique est devenue presque un péril, ce n'est pas lui qui aurait jamais reculé devant la manifestation extérieure et publique de ses convictions religieuses. On l'a vu à Gray comme ailleurs. N'avait-il pas, ici même, le matin du dernier jour de sa vie, édifié la paroisse par une communion qui allait devenir pour lui la réception anticipée du saint viatique? Aussi n'est-ce pas pour lui que doivent couler nos larmes. Dieu l'aura reçu, sans nul doute, dans le sein de son infinie miséricorde ; et c'est à cette existence si chrétienne, si pleine de mérites, bien qu'abrégée par un coup imprévu, que l'on peut appliquer la parole de nos Livres saints : Consummatus in brevi, explevit tempora multa (1); consommé en peu de temps, il a néanmoins fourni, au regard de Dieu et de l'éternité, une longue carrière. C'est bien plutôt à sa noble famille que tous ensemble. Mes Très Chers Frères, nous avons à offrir la consolation
(1) Sagesse, IV, 13.
dont la foi chrétienne a seule le secret : à sa jeune épouse, dont je bénissais, il y a deux ans, l'union aujourd'hui remplacée par la plus douloureuse des séparations ; à ce petit enfant, qui ne connaîtra guère son père que par l'éloge que nous lui en ferons plus tard ; à ses parents, dont l'affliction n'a d'égale que l'affection qu'ils portaient à l'aîné de leurs fils.
Ah ! c'est dans des moments pareils que l'on sent tout le prix de la foi chrétienne ! Sans elle, comment supporter des épreuves si accablantes pour le cœur d'un père, d'une mère, d'une épouse, d'un frère, d'une sœur? Elle seule, en entr'ouvrant à nos regards un monde meilleur, où nous attendent ceux que nous avons perdus sur la terre, elle seule est capable de remédier à des douleurs que la parole humaine ne saurait calmer.
Ces morts prématurées, Mes Très Ghers Frères, sont l'un des mystères les plus profonds de la divine Providence. La raison s'y perd, impuissante qu'elle est à pénétrer ici-bas les desseins de Dieu. Il faudrait, pour en comprendre le secret, voir se dérouler devant nous toute la trame des destinées humaines. C'est au ciel seu-