‹ Œuvres de Mgr. Freppel (volume 4)Chapitre 82 sur 84 · POUR LE MARIAGE DE · texte numérisé non relu

POUR LE MARIAGE DE

M. Jacpes BARTIÉLEMÏ et ii V IkM Elt-UM

Prononcée dans la Chapelle de Notre-Dame-sous-Terre, à Angers Le 25 AvrU 1891

Ghers Fiancés,

C'est chose admirable de voir par quels desseins Dieu a coutume de conduire les fidèles qu'il destine à s'unir l'un à l'autre dans les liens sacrés du mariage. Il y a là de ces rencontres d'âmes, de ces rapprochements fortuits en apparence, mais que la divine Providence se plaît à ménager, pour le plus grand bien de ceux qui se confient en sa sollicitude et implorent sa bonté.

Lorsque, il y a quelques années, vous étiez associé, dans une grande œuvre de charité sociale.

au noble chrétien dont le souvenir remplit cette fête, vous ne vous doutiez pas, Monsieur, que cette confraternité du dévouement assurerait un jour le bonheur même de votre vie. Vous vous borniez alors à admirer, comme nous tous, cet homme jeune encore, mais qui, dans une carrière déjà féconde, avait su faire de si grandes choses : attacher son nom à la fondation de l'Université catholique d'Angers ; vulgariser, à prix d'efforts et de talent, cette science nouvelle qui, sous le titre d'économie politique, répond à l'un des besoins les plus impérieux de noire temps ; et, joignant la pratique à la théorie, organiser, dans la mesure du possible, le régime corporatif parmi la classe ouvrière de notre cité, d'où sa réputation d'orateur, d'écrivain et de publiciste chrétien rayonnait au loin. Que ne faisaient pas présager de telles œuvres, pour le bien de la religion et de la patrie? Aussi avezvous partagé notre deuil, le jour où la perte prématurée de ce vaillant athlète était venue produire un si grand vide en Anjou, j'ose ajouter, parmi les catholiques français.

Mais, malgré tous ces talents et ces services, le chrétien était encore au-dessus du savant et

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de l'homme public ; et, dans sa jeune et admirable famille, Hervé-Bazin laissait derrière lui un trésor auquel, aux yeux de la foi, ne pouvaient se comparer ni sa renommée ni ses œuvres. La première fleur de ce trésor, vous l'emportez avec vous aujourd'hui dans une autre famille si propre à lui faire retrouver les vertus et la piété paternelle. Cette fleur d'innocence et de pureté, je n'oserais dire que les anges du ciel ne vous l'aient pas disputée, à certain moment, pour quelque autre parterre, où les lis et les roses croissent, sous le regard du Christ, époux royal d'âmes privilégiées. Mais, ce que je sais, c'est que, si celui auquel vous succédez dans un héritage glorieux , avait eu à faire lui-même le bonheur de sa chère fille, c'est bien à vous qu'il l'aurait confiée, à vous dont il appréciait si fort l'esprit de foi, le dévouement et la loyauté chrétienne. C'est donc bien votre ami qui, du haut du ciel, met la main de sa chère enfant dans la vôtre, en les couvrant de sa bénédiction.

Maintenant, si la piété jointe à l'intelligence, si une culture littéraire, achevée à Notre-Damesous-Terre, dans cet Institut des fortes études, et qui paraît d'ailleurs un héritage de famille ;

si la pratique précoce de la charité et la fonction de catéchiste auprès des enfants abandonnés, si tout cela se réunit dans une alliance heureuse des dons de la nature et de la grâce, il est permis d'y voir autant de gages qui assurent le bonheur non moins que le charme et l'ornement de la vie.

Aussi ai-je à peine besoin de vous rappeler les obligations du mariage chrétien II me suffit de vous répéter les paroles que le jeune Tobie adressait autrefois à sa pieuse fiancée : Filii sanctorum sumus, et non posswnus ita conjung i sicut gentes quœ ignorant Deum (1) ; « nous sommes les enfants des saints, et nous ne pouvons pas être unis comme ceux qui ignorent Dieu ». Le mariage, en effet, n'est pas un acte profane, une convention purement humaine; c'est une union sainte , un contrat religieux. C'est Dieu lui-même qui intervient avec son autorité souveraine, pour sceller la foi des époux et pour bénir leurs serments de fidélité mutuelle. En élevant le mariage à la dignité de sacre- • ment, Notre-Seigneur Jésus-Christ lui a conféré

(1) Tobie, VIII, 5.

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un caractère de sainteté qu'il n'avait pas sous l'ancienne Loi; il a attaché à cette donation réciproque du cœur et de la vie une grâce particulière qui en relève le prix et en assure la durée.

Et pourquoi la religion est-elle appelée à mettre son sceau à l'alliance des époux? D'où vient que Notre-Seigneur Jésus-Christ a daigné y attacher sa grâce et ses bénédictions? C'est qu'il n'y a pas, c'est qu'il ne doit pas y avoir sur la terre d'union plus haute ni plus durable que l'union conjugale ; or, la religion seule peut imprimer à ce qui passe le caractère de perpétuité ; seule elle est capable d'élever les choses d'ici-bas à la hauteur du ciel, à la hauteur de Dieu.

Oui, chers fiancés, il n'est pas sur la terre d'affection, plus vive ni plus profonde que celle qui devra vous unir. Désormais vous ne ferez qu'un ; vous n'aurez qu'un cœur et qu'une âme. Vos vies seront enlacées l'une dans l'autre : rien de ce qui touchera celle-ci ne restera étranger à celle-là. Tout sera commun entre vous : les joies et les peines, les consolations et les déboires, les larmes et les jouissances. Tout ce que Dieu et les hommes sèmeront le long de

votre route de bonheur ou d'adversité, vous le recueillerez d'une seule et même main. Vous doublerez vos joies en les partageant, vous adoucirez vos peines par l'échange que vous en ferez. Il n'y a pas jusqu'à l'unité du nom, symbole de l'union des âmes, qui ne vous dise à quel point ce lien est intime et durable. Car il n'en est pas de l'alliance conjugale comme de ces mobiles conventions du monde, qui se font un jour et peuvent se défaire le lendemain : non, ce que Dieu a touché de son doigt participe de son immortalité. Les liens sacrés du mariage se nouent dans ces profondeurs de l'âme, où n'atteint plus aucune force dissolvante, et la grâce du sacrement devient le ciment indestructible qui résiste à l'action du temps et à la volonté des hommes.

Voilà l'affection conjugale, telle que Dieu l'a voulue. Aussi, pour la dépeindre, pour lui trouver un modèle, nos Livres saints s'élèvent au-dessus de la terre. Il ne leur suffit pas de la comparer à l'affection qui nous unit à ces êtres chéris que nous saluons du doux nom de père et de mère : non, car il est écrit : « L'homme quittera son

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père et sa mère pour s'attacher à son épouse (1). » C'est bien plus haut, c'est dans la divinité ellemême, que saint Paul cherche l'idéal de cette affection, dans l'amour de Jésus-Christ pour l'humanité et pour l'Église, dans cet amour prodigieux qui a trouvé sa plus haute expression dans le sacrifice d'un sang divin répandu sur le Calvaire pour le salut du monde.

C'est donc avec raison que la religion intervient dans l'alliance des époux, pour la bénir et la protéger contre les défaillances de la volonté humaine. Car, il faut bien le dire, le grand écueil des affections d'ici-bas, c'est le temps, le temps qui emporte tout dans son cours, qui use les ressorts du cœur, les énerve et les relâche. Voilà pourquoi la religion est appelée de Dieu à renouveler sans cesse et à rajeunir la plus haute et la plus sainte des affections humaines. C'est elle qui la fait survivre aux illusions de la jeunesse, aux rêves du cœur et de l'imagination. C'est elle qui, rappelant sans cesse la sainteté du serment, l'inviolabilité de la foi jurée, prolonge

(1) Genèse, ii, 24.

indéfiniment cette puissance d'aimer et fait retrouver à Fhomme, dans la compagne de ses vieux jours, l'épouse de ses jeunes années, suivant la belle expression de l'Écriture Sainte : uxorem adolescentiœ suœ. Pour elle, pour la foi, il n'y a ni caducité de l'âge, ni rides de la vieillesse, ni cheveux blancs : la religion sait conserver au sentiment sa fraîcheur et sa pureté, parce qu'elle le retrempe aux sources vives et fécondes de la vertu.

Ce n'est là, toutefois, qu'une des faces de cette divine institution. Car, si Dieu entoure de bénédictions l'alliance des époux, pour leur faire trouver le bonheur dans l'union des cœurs et des volontés, il la destine à une fin plus haute encore. Le mariage, en effet, est le fondement de la famille, et, quand on a prononcé ce grand, ce saint mot de famille, on a dit tout ce que les choses humaines ont de plus auguste et de plus touchant. C'est là qu'est pour l'homme son initiation à la vie, son apprentissage du devoir. Tous, nous sommes plus ou moins ce que la famille nous a faits ; nous lui devons la meilleure partie de nous-mêmes. Si la foi repose sous notre

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poitrine, calme et forte; si notre âme s'est épanouie aux rayons de Téternelle vérité, c'est que, dès notre bas âge, nos mains se sont enlacées dans les mains de notre mère pour chercher le chemin du ciel ; c'est qu'à notre entrée dans la vie, nous avons trouvé, à côté de notre berceau, cet instituteur, le premier, le plus grand, le plus sérieux de tous ; c'est qu'avant de devenir pour nous une certitude, la doctrine nous était apparue sous l'image de la bonté, avec les séductions de la tendresse, dans les caresses d'une mère. Et si, depuis lors, nous marchons courageusement sur le chemin de la vie, à travers les épreuves et les tribulations d'ici-bas, c'est que, de bonne heure aussi, nous avons pu contempler, sous les traits d'un père, l'austérité du devoir, l'amour du travail, l'attachement aux principes, les sollicitudes de la responsabilité morale, les délicatesses d'une conscience restée honnête et pure, tout ce qui fait l'honneur d'une vie et se grave dans la mémoire et au cœur des enfants. 0 les saintes fonctions de la famille ! 0 l'auguste ministère que celui du père et de la mère ! Oui, je comprends

qu'en partageant avec l'homme le caractère de la paternité, Dieu lui ait offert, dans la grâce du sacrement, l'énergie et la constance nécessaires pour en accomplir les devoirs.

Ah ! qui nous rendra, mes frères, ces familles chrétiennes, jadis l'honneur et la force du pays; où la religion venait s'asseoir au foyer domestique comme une sauvegarde et un ange tutélaire; où l'on voyait une foi mâle et austère s'allier à une piété plus tendre et plus douce ; où la prière commune resserrait le lien des âmes ; où l'exemple des parents devenait l'enseignement des fils; où l'on savait obéir, parce qu'on savait respecter ; où il se formait un long héritage, un patrimoine fécond, un fonds traditionnel de croyances et d'exemples, où chacun venait puiser à son heure et à son tour, avec les leçons de l'expérience, le sentiment du devoir, la science de la vie, l'amour et le courage de la vertu ?

Puissiez-vous, chers fiancés, implanter et faire fleurir sous votre toit ces pieuses habitudes, ces mœurs d'une époque qui fut meilleure que la nôtre ! C'est ce que l'Église attend de votre

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esprit de foi et de votre éducation chrétienne ; et c'est aussi la grâce que votre Évêque demande aujourd'liui pour vous au Dieu très grand et très bon, de qui procèdent toute lumière et toute force. Ainsi-soit-il.

A-LXjO CrCJTION- POUR LES NOCES D'ARGENT

DE

M. L'ABBÉ MERKLEN

Aumônier des Dames de l'Assomption, à Paris

Mon cher Abbé,

Ainsi que vous venez de nous le rappeler, il y a vingt-cinq ans, à pareil jour, vous célébriez pour la première fois le saint sacrifice de la Messe. Vous étiez venu, à Paris, faire vos études théologiques à Saint-Sulpice, et, ensuite, compléter vos études littéraires à l'École des Carmes. Vous veniez de l'Alsace, de cette terre si éminemment française, où la foi et le patriotisme resplendissent d'un même éclat. Vous veniez de Mulhouse, de cette capitale de l'industrie française dans l'Est,

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