LIVRE I, CHAP. XXXIII
tude, femme ils se guignoyent 1 l'un l’aultre que l’occasion estnit propre à leur besongne, voicy un tiers qui d’un grand coup d'espée en asséné l’un par la teste et le rue mort par terre, et s’enfuit. Le compaignon sc tenant pour deseouvert et perdu recourut à l’autel, requérant franchise, avccques promesse de dire toute la vérité. Ainsi qu’il faisoit le conte de la conjuration, voicy le tiers qui avoit esté attrapé, lequel, comme meurtrier, le peuple poulsc et saboule au travers la presse, vers Timoleon et les plus apparents de l’assemblée. Là il crie mercy, et diet avoir justement tué l’assassin de son père, vérifiant sur le champ, par des tesmoings que son bon sort luy fournit tout à propos, qu'en la ville des Leontins son pere, de vray, avoit esté tué par celuv sur lequel il s’estoit vengé. On luy ordonna dix mines attiques, pour avoir eu ceste heur, prenant raison de la mort de son pere d’avoir retiré de mort le pere commun des Siciliens. Ceste fortune surpasse en reglement les réglés de l’humaine prudence.
Pour la fin, en ce faict icy se descouvre il [tas une bien expresse application de sa faveur, de bonté et pieté singulière? Ignatius*pere et fils, proscripts par les triumvirs à Home, se résolurent à ce généreux office de rendre leurs vies entre les mains l’un de l’aultre, et en frustrer la cruauté des tyrans; ils se coururent sus, l’espée au poing : elle en dressa les poinctes, et en feit deux coups egualement mortels; et donna à l’honneur d’une si belle amitié qu’ils eussent justement la force de retirer encores des playes leurs brassanglants et armés, pour s’entr’embrasscr en cest estât d’une si forte estreinte que les bourreaux coupèrent ensemble leurs deux testes, laissants les corps tousjours prins en ce noble nœud, et les playes joinctes, humants amoureusement le sang et les restes de la vie l’une de l’aultre.