LIVRE I, CHAP. LVI
en
Digiti
théologie. Qui diroit au contraire, ce ne serait i pourtant sans quelque raison, que la doctrine divine tient miculx son reng à part, comme royne et dominatrice; qu’elle doibt eslre principale par tout, point suffragante et subsidiaire; et qu'à l’adventure seprendroient les exemples à la grammaire, rhétorique, logique, plus sortablement d'ailleurs que d’une si saincte matière; comme aussi les arguments des théâtres, jeux et spectaeles publicques ; que les raisons divines se considèrent plus venerablcment et reveremment seules, et en leur style, qu’appariées aux discours humains ; qu'il se veoid plus souvent ceste faultc, que les théologiens escrivent trop humainement, que ceste aullre, que les humanistes escrivent trop peu theologalement ; la philosophie, dict saint Chrysostome, est pieça bannie de l’escholesainrle comme servante inutile, et estimée indigne de veoir, seulement en passant de l’entrée, le sacraire des saincls thresors de la doctrine celeste; que le dire humain a ses formes plus basses, et ne se doibt servir de la dignité, majesté, regence du parler divin. Jeluy laisse, pour moy, direterbit indUciplituitù' (orUuw, deslinee, accident, heur, et malheur, et les dieux , et aultres phrases, selon sa mode. Je propose les fantasies humaines et miennes, simplement comme humaines fantasies, et separéement considérées , non comme arrestées et réglées par l’ordonnance celeste, incapable de double et d’altercation ; matière d’opinion, non matière de foy ; ce que je discours selon moy, non ce que je crois selon Dieu ; d’une façon laïque, non cléricale, mais tousjours très religieuse, comme les enfants proposent leurs essais, instruisables, non instruisants.
El ne diroit on pas aussi sans apparence que l’ordonnance de ne s'entremettre que bien reservéement d’escrire de la religion, atouts aultres qu’à ceulx qui en font expresse profession, n’auroit pas faultcde quelque image d’utilité et de justice ; et à moy avecqucs, peut estre, de m’en taire. On m’a dict que ceulx mesmea qui ne sont pas des nostres deffendent pourtant entre eulx l’usage du nom de Dieu en leurs propos communs; ils ne veulent pas qu’on s'en serve par une manière d’interjection ou d’ex-
(l) En tcranw vulaairt» et il' J) approuvé», s. aivhstis , dt
Ctiit. nri, X. 39. — Voyez plus haul la oolo preoiiore sor le
ebaptli e 'Ci. I. V. L.
clamation , ny pour tesmoignage , nv pour comparaison ; en quoy je treuve qu’ils ont raison; et en quelque maniera que ce soit que nous appelions Dieu à nostre commerce et société, il fault que ce soit sérieusement et religieusement.
Il y a , ce me semble, en Xenophon un tel discours où il montre que nous debvons plus rarement prier Dieu, d’autant qu’il n’est pas aysé que nous puissions si souvent remettre nostre ame en ceste assiette réglée, reformée et devotieuse , où il fault qu'elle soit pour ce faire : aultrement nos prières ne sont pas seulement vaines et inutiles, tnai9 vicieuses.* Pardonne noos, disons nous, comme nous pardonnons à ceulx qui nous ont offensés; -que disons nous par là , sinon que nous tuy offrons nostre ame, exempte de vengeance et de rancune? Toutesfois nous invoquons Dieu et son ayde au complot de nos faultes , et le convions à l’injustice :
Quai, nisi seductls, nequeas commiitere ditis ' :
l’avaricieux le prie pour la conservation vainc et superflue de ses thresors; l’ambitieux, pour ses victoires et eonduicte de sa fortune; le voleur l’employe à son ayde , pour franchir le hazard etlesdifilrultés qui s'opposent à l’execution de ses meschantes entreprinses, ou le remercie de l’aysance qu’il a trouvéàdcsgosillerun passanl; au pied de la maison qu’ils vont esebeller ou pet&rder, ils font leurs prières, l’intention et l’esperanee pleine de cruauté, de luxure, et d’avarice.
Uor ipsum, yuo tu Jouis aure m tmpsUere ttulas.
Die agedum Staio : Proh Juppiler! o boue, clumei,
Juppiter! Ai test non elamet Juppttcr ipse*f
Laroynede Navarre Marguerite(l) * 3 récité d’un jeune prince, et, encores qu’elle ne le nomme lias, sa grandeur l’a rendu cognoissable assez, qu’allant à une assignat iop amoureuse, et coucher avccques la femme d’un advocat de Paris, son chemin s’addonnant au travers d’une eglise, il ne passoil jamais en ce lieu sainct , allant ou
Cl} En demandant des choses qu'on ne peut dire aux dieux qu'en les prenant à part. Perse, II, 4.
(9 Dis à Status rc que tu voudrais obtenir de Jupiter : « Grand Jupiter ! s’écriera Statu», peut-on vous faire de tefle» deaian* de» T » Et tu çrufe que Jupiter lutanfrne ne dira pas comme Status? Perse, II, 9t.
f») So*ur unique de François J*r, et freufw de Henri d'Aibrri,
roi de Nas aire. C.