LIVRE t, CHAP. LVI
retournant de son entreprinse, qu’il ne feist ses prières et oraisons. Je voua laisse à juger, l’ame pleine de ce beau pensement, à quoy il ennployoit la faveur divine. Toutesfois elle allégué eela pour un tesmoignage de singulière dévotion'. Mais ce n’est pas par ceste preuve seulement qu'on pourrolt verilier que les femmes ne sont gueres propres à traicter les matières de la théologie.
line vraye prière et une religieuse réconciliation de nous à Dieu, elle ne peult t uni ber en une ame impure et soubmise lors mesme à la domination de Satan. Celuy qui appelle Dieu à son assistance pendant qu’il est dans le train du vice, il faict comme le coupeur de bourse qui appellerait la justice à son ayde , ou comme cenh qui produisent le nom de Dieu en lesmoignage de mensonge.
Tac i/o ma la vota tusurro
Condpimus •;
Il est peu d’hommes qui osassent mettre en evidence les requestes secretles qu’ils font à Dieu :
ttaud euhis promptum est, murmurqve, humUesquesueurret Tôlier e de tempig, et aperto vivere voto * :
voylà pourquoyles pythagoriens vouloient qu'elles fussent publicques et ouïes d'un chasrun ; à ûn qu’on ne le requisl de chose indecenle et injuste, comme celuy là,
Clare quum di.ril , Apollo!
Labra movet, metuens audiri ; ■ Pulchra Laverna,
Da mlhi fallere, du jusium sanctumque vider i ;
Noctem peccaiis, et fraudibus objlce nubem *. »
Les dieux punirent griefvement les iniques vœux d’OEdipus en les loy oetroyantùl avoit prié que ses enfants vuidassent entre culx, par armes, la succession de son Estât ; il feul si misérable de
t*) Bile dit rependnm qu'U no s'arrêtait dans l'Cptîsc qu'à son retour : ce qui nous donne une idée assez naïve de la dévotio» de ce prince. Elle ajoute : « Et iiéaiilmoius qu'il inenast la vie que je vous dis, si Mob il prince craignant cl aimant Dieu. >» Journet ttl, I femelle 45, p. 474, ed. de 1515. c.
Mous murmurons à voix Misse des prières criminelles. Lccaim, v, loi. m
(3) Il est peu d'hommes qui n’aient pas besoin de prier b voix basse, et qui puissent exprimer tout haut te» vœux qu'ils «dressent aux dieux, mut, II, fl.
(4) (Jui, après avoir invoque Apollon à haute voix, ajoute aussitôt tout bas, en remuant ft peine les lèvres : « Belle taverne, donne-moi les moyens de tromper, et de passer pour on homme de bien ; rouvre d'un nuage èpali, d’une nuit obscure, lit» srrrMrs fl iiKinnevies. » Von. Fplit., I, Ifî, W.
se veoir prins au mot. Il ne fault pas demander que toutes choses su y vent nostre volonté, mais qu’elle suyve la prudence.
11 semble , à la vérité, que nous nous servons de nos prières comme d’un jargon , et comme ceulx qui employent les paroles sainctes et divines à des sorcelleries et efîects magiciens ; et que nous ferions nostre compte que ce soit de la contexture, ou son, ou suilte des mots, onde nostre contenance , que despende leur effect : car ayants l’ame plrine de concupiscence , non touchée de repentance ny d'aulcune nouvelle réconciliation envers Dieu, nous luy allons présenter ces paroles que la mémoire preste à nostre langue, et espérons en tirer une expiation de nos faultes. Il n’est rien si aysé, si doulx et favorable que la loy divine; elle nous appelle àsoy, ainsi feultiers et détestables comme nous sommes ; elle nous tend les bras, et nous receoit en son giron pour vilains , ords et bourbeux que nous soyons et que nous ayons à estre à l’advenir : mais encore», en recompense, la l'ault il regarder de bon œil ; encores fault il recevoir ce pardon avec action de grâces ; et au moins, pour cest instant que nous nous adressons à elie, avoir l’ame dcsplaisante de ses faultes, et ennemie des passions qui nous ont poulsé à l’offenser, N y les dieux, ny les gents de bien, dict Platon ‘ , n’acceptent le présent d’un mescbant.
Immunis aram si tetlglt manus,
Non sumptuoxa blandlor hostla,
Mollirii aner sot Penales
faire pio, et sallenie mica *.