‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 165 sur 449 · LIVRE I, CHAP. LVII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. LVII

aultres, mais nullement au prix d’eulx-mcsmes. Quant à moy, je tiens pour certain que, depuis cest aage, et mon esprit et mon corps ont plus diminué qu’augmenté, et plus reculé que advancé. Il est possible qu’à ceulx qui employent bien le temps la science et l’experience croissent avecques la vie; mais la vivacité, la promptitude, la fermeté et aultres parties bien plus nostres , plus importantes et essentielles, se fanissent et s’allanguissent.

Cbi jam ralldls quassatum est virlbvt œri Corpus, et obtusis eeciderunt viribtu artui,

Claudiçai ingenium, délirât Utvjuaque, manque i.

Tantost c’est le corps qui se rend le premier à la vieillesse, parfois aussi c'est l’ame; et, en ay assez veu qui ont eu la cervelle affoiblic avant Pestomach et les jambes; et, d’autant que c’est un mal peu sensible à qui le souffre et d’une obscure montre, d'autant est il plus dangereux. Pour ce coup, je me plains des loix, non pas de quoy elles nous laissent trop tard à la besongne, mais de quoy elles nous y employent trop tard. Il me semble que, considérant la faiblesse de nostre vie et à combien d’escueils ordinaires et naturels elle est exposée, on n’en devroit pas faire si grande part à la naissance, à I’oysifveté et à l’apprentissage.

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