LIVRE II, Cil AP. XII
«ont libres et desprinses du coq» par le sommeil ou par quelque ravissement, divinent, prognostiquent, et voyent choses qu’elles ne açauroicnt veoir meslécsauxcorps. Les hommes, dict sainct Paul1, sont devenus fols, pensants estrc sages, et ont mué la gloire de Dieu incorruptible en l’image do l'homme corruptible. Voye* un peu ce bastclage des déifications anciennes : après la grande et superbe pompe de l’enterrement', comme le feu venoit à prendre au bault de la pyramide et saisir le lict du trèspassé, ils laissoient en mesme temps eschnppcr un aigle, lequel s'envolant à mont slgniiloU que l’amo s’en allolt en paradis : nous avons mille médaillés, et notamment de ceste honneste femme de Faustine”, où cest aigle est représenté emportant à la chevremorte vers le ciel ces ornes deïflées. C’est pitié que nous nous pipons de nos propres singeries et inventions;
Quod finxere, liment 1 ;
comme les enfants qui s’effroyent de ce mesme visage qu’ils ont barbouillé et noircy à leur compagnon : Quasi quidquaminfeiiciussil humilie, cui sua fiymenla dominnulur 5. C’est bien loing d’bonorer celuy qui nous a faicts que d’honorer celuy que nous avons faict. Auguste eut plus de temples que Jupiter, servis avec autant de religion et creance de miracles. Les Thasiens, en recompense desbicnfaictsqu’ilsavoicnt receus d’Agcsilaus, lui veinreut dire qu'ils l’avoient canonisé : « Voslre nation, leur dict il°, a elle ce pouvoir de faire dieu qui bon luy semble ? Faiclcs en , pour veoir, l'un d'entre vous : et puis, quand j’auray veu comme il s’en sera trouvé, je vous diray grand rnercy de vostre offre. » L’homme est bien insensé I il ne sçauroil forger un ciron et forge des dieux à douzaine ! Oyez Trisnu’gisle7 louant nostre suffisance : - De toutes les choses admirables, cecy a surmonté l’admiration, que l'homme ayt peu
(I) Efrfire mil Romain* , c. I, ▼. SS, XI.
(4) Tool cria <»t exactement décrit par lTftJtoMttr, I. IV. C.
(3) Ce» l pàr ironie que lioiilalguo l'Appolio konm'le (tint ne. 8a honteuses débauchés iiVlakul ignorées, dans l'empire, que de llaroAurèlc, son mari. A. D.
(4) Ils redoutent co qu’ils ont eux-mêmes inventé Uxan, I,
(5) Quoi de plus malheureux que l'homme esclave des chimères qu’il s*est faites!
(0) PU-T., ApopliiJtegmtifk s Lacédémonien*. C.
(7) Asclepliu tUalorj ap. L. Art lu eu, cd. DifHMit, t. D, p,300.
MojTAICWf-
trouvrr la divino nature et la faire. » Voicy des arguments de l’cschole incarne de la philosophie,
yostif cul illvos el eall numlna tuli ,
Au/ toll ucicirti, duintn 1 :
- SI Dieu est, il est animal 1 ; s’il est animal, il a sens ; et s’il a sens, il est subject à corruption. S’il est sans corps, il est sans ame, et par conséquent sans action; et s’il a corps, il est périssable. » Voylà pas triumphé! -Nous sommes incapables d’avoir faict le monde : il y a doncques quelque nature plus excellente qui y a mis la main. Ce seroit une sotte arrogance de nous estimer la plus parfaictc chose de cest univers : il y a doneques quelque chose de meilleur ; cela c’est Dieu. Quand vous veoyez uno riche et pompeuse demeure, encores que vous ne sachiez qui en est le maistre , si ne dires vous qu’elle soit faiele pour des rats ; et ccslo divine structure que nous vcoyons du paluis celeste, n’avons nous pas à croire que ce soit le logis de quelque maistre plus grand que nous ne sommes? Le plus haut est il pas tousjours le plus digne? et nous sommes placés au plus bas. Rien sans ame et sans raison ne pcult produire un animant capable de raison: le monda nous produict ; il a doneques ame et raison, Chasque part de nous est moins que nous ; nous sommes part du monde ; le inonde est dono fourny de sagesse et de raison, et plus abondamment que nous ne sommes. C’est belle chose que d'avoir un grand gouvernement : le gouvernement du monde appartient doneques à quelque heureuse nature. Les astres ne nous font pas de nuisance ; ils sont doneques pleins de bonté. Nous avons besoing de nourriture ; aussi ont doneques les dieux, et se paissent des vapeurs de (à bas. Les biens mondains ne sont pas biens ü Dieu : ce ne sont doneques pas biens à nous. L’offenser et l'est re offense sont egualemont tesmoignagesd’imliccilütc : c’est doneques folie de craindre Dieu. Dieu est bon par sa nature; l’homme par son Industrie, qui est plus. La sagesse divine et l'humaine sagesse n’ont aultre distinction, sinon que eeile là est éternelle : or, la durée n’est aulcune accession & la
( 1} Qui soute peut connaîtra les dieux et le» pnteMnce» céfc*- Ws, ou savoir qu'un ne peut te» connaître. Uxaiv, 1 , 4M.
(î) C'c»t-;wllro animé. — Vojr. Oc., de SnUk-or., III , t», «4. Tous les argument* qui suivent «ont extraits aussi du même ouvrage, H, C, 8, 1 1, 12, 10, etc. C.
sagesse; par quov nous voylà compagnons.
Nous avons vie, raison et liberté, estimons la bonté, la charité et la justice ; ces qualités sont doneques en luy. » Somme, le bastiment et le desbastiinent •, les conditions de la divinité, se forgent par l'homme, selon la relation à soy. Quel patron! et quel modèle! Estirons*, eslevons et grossissons les qualités humaines tant qu’il nous plaira : enfle toy, pauvre homme, et cncores, et encores, et encorcs ;
Kon, si lu ruperls , inquit 3.
Profeclo non Deum, quem cogitare non postant, sed semet ipsos pro illo cogitantes, non ilium , sed se ipsos , non Mi, sed sibi comparant *. Ès choses naturelles, les effects ne rapportent qu’à demy leurs causes : quoy ceste cy? elle est au dessus de l’ordre de nature; sa condition est trop haultaine, trop esloignée et trop maistresse, pour souffrir que nos conclusions l’attachent et la garottent. Ce n’est point par nous qu’on y arrive, ceste route est trop basse: nous ne sommes non plus près du ciel sur le mont Cenis qu’au fond de la mer ; consultez en pourveoir avecqucs vostre astrolabe. Ils ramènent Dieu jusques à l’accointance charnelle des femmes, à combien de fois, à combiende générations : Paulina, femme deSatuminus, matronede grande réputation à Rome, pensant coucher avec ledieuSerapis5,setrouvaentre les brasd’unsicn amoureux, par le macqucrellage des presbtres de ce temple. Varro, le plus subtil et le plus savant aucteur latin, en ses livres de théologie, escriptsque le sacristainde Hercules, jectant au sort d’une main pour soy, de l’aultre pour Hercules, joua contre luy un soupper et une garse; s’il gaignoit , auxdespens des offrandes ; s'il perdoit, aux siens : il perdit, paya son soupper et sa garse ; son nom feut Laurentine, qui veid de nuict ce dieu entre ses bras, luy disant au surplus que le lendemain le premier qu’elle ren-
(I) Le toetsme et raiMUmc, tous ccs arguments pour et contre la Divinité, te forgent, etc. C.
(il E tendons, allongeant. E. J.
(3) Quand tu crèverais, tu n'en approcherais pas. non., Soi., n, 3, 19.
(4) Certes le* hommes, croyant penser à Dieu, dont ils ne peuvent se lormer ridée, ue pc usent point ft lui, mais à eux-mémes ; ils ne voient qu'eux, et non pas lui ; c’est à eux, non à lui-roéme, qu’ils le compareut. S. Ai ccstijc, de CML Del, xil, 15. ,
(5) Ou Anubis, scion Josfcr ne, AM. jud., XVtll, 4. C.
(U) Dans S. AtctsTiNi de Civil, Dci, VI, 7. c.
contreroit la payeroit celestement de son salaire : ec feut Taruncius *, jeune homme riche, qui la mena chez luy, et avecques le temps la laissa beritiere. Elle à son tour, espérant faire chose agréable à ce dieu, laissa heritier le peuple romain : pourquoÿ on lui attribua des honneurs divins. Comme s’il ne suffisoit pas que, par double estoc9, Platon feust originellement descendu des dieux, et avoir pour aucteur commun de sa race Neptune, il estoit tenu pour certain à Athènes que Ariston, ayant voulu jouir de la belle Perictione , n’avoit sceu ; et feust adverty en songe par le dieu ApoQo de la laisser impoilue et intacte jusques à ce qu’elle feust accouchée : c’estoient les pere et mere de Platon 3. Combien y a il, ès histoires, de pareils cocuages procurés par les dieux contre les pauvres humains? et des maris injurieusement descriés en faveur des enfants ? En la religion de Mahumet, il se treuve, par la creance de ce peuple, asseldeMerlins, à sçavoir enfants sans pere, spirituels, nays divinement au ventre des pucelles ; et portent un nom qui le signifie en leur langue.
Il nous faut noter qu’a chasque chose il n’est rien plus cher et plus estimable que son estre ( le lion, l'aigle, le dauphin, ne prisent rien audessus de leur espece) ; et que chascune rapporte les qualités de toutes aultres choses à ses propres qualités; lesquelles nous pouvons bien estendre et raccourcir, mais c’est tout; car, hors de ce rapport et de ce principe, nostre imagination ne peult aller, ne peult rien diviner aultre, et est impossible qu'elle sorte de là et qu’elle passe au delà : d’où naissent ces anciennes conclusions : « De toutes les formes,
• 1a plus belle est celle de l’homme ; Dieu donc- « ques est de ceste forme. Nul ne peult estre
• heureux sans vertu ; ny la vertu estre sans « raison; et nulle raison loger ailleurs qu’en « l’humaine figure : Dieu est doneques revestu « de l’humaine figure*. « Ita est information anticipalumque mentibus nostris , ut bomini, quum de Deo cogitet , forma occurrat humana J-
(t) Ou Tannins. Yoyei put., Fie rie Koirntlus, c. .S * 11
trari. d'Antyot. c.
(î) Du côte paternel et maternel. — Estoc , ligne d'eiiraelion.
(3) Dioc. Lacrce, ni. S; Pur., Sympostaques , Vüï, t-C.
(4) CK., de Hat. deor.,1, 18. C.
(5) C'est une nabiiudc el un préjugé de noUre esprit q*