‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 234 sur 449 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

rend les corps celestcs et les premiers corps participants, ni de celle qne Thaïes1 altribuoit aux choses mesmes qu’on tient inanimées .convié parla considération de l’aimant: mais de celle qui nous appartient, que nous dcbvons miculx cognoistre:

Ignorant enlm, ijum tu natura animal;

Nota Ht; an, rentra, natcenllbm tmlnuelur ;

Et tlmul inicrcai noblscum morte dlrempta ;

An tenebras Orci visât , vastasque lacunns ,

An pecu desatias divlnitus insinua se*.

À Gratis et Dicœarchus, qu'il n’y en avoi t du tout point, mai» que le corps s’esbransloit ainsi d’un mouvement naturel ; à Platon3, que c’estoit une substance sc mouvant do soy mesme; à Thaïes, une nature sans repos*; à Asclopiadcs.uneexercitatioo des sens; à Hesiodus et Anaximander, chose composée de terreet d’eau ; à Parmenides3, de terre et de feu ; à Empedocles", de sang 5

ëanqnineam vopt II Ilia twlmnm » i

à Posidonius", Cleanthcs et Galcn5, une chaleur ou complexion chaleureuse

loneui en 0UI1 vlgor, u eceleuU orlgo *•;

à Hippocratcs",un esprit espandu parle corps; à Varro1*, un air rcccu par (abouche, eschauffé au poulmon.attrempé au cœur, et espandu par tout le corps; à Zeno13, la quint' -essence des

(I) DWO. llHCI, I, S4.

fil u nniurc Oc rame est un problème : naît-elle avec le corj»t s'y Inslnuc-t-dlc au luomcm de la nalssnocet périieWe avec noos par la dissolution de scs parties tva-l-etle vlsllcr le sombre. ompIroT onPo. les dkwr 1a fooHls paieer dons les corps des animaux t Ou l'ignora, Lee*., 1. 113. p) Traité des /ml», X, p. «8. c.

(I) T baies entendait aussi, et qui te meut rie soi-mtmc, »èrw dhwtvr.rcv * *4t«!vr,rsv. picr.. de Plue, p/iKos., IV

1. U se trouve eomtle l'opluloti du médecin Asetéptade, «TPI»"!»» siw otefeisiuv. J. Y. L, ;

*nt*., tu Sonm. Seip.,1, 14. C.

M Cic., Ttue., I, 0. C.

P) Il vomit son Ame de sang. Vmc., Enéide., TV, SIS.

W «oc. Limier., vm, ISO. c.

|0| On die lA-doms le traité de Catien , Qu od rnitiat more» •rmiuw esrpurfs ronpcramenium : maie.Séiuédus, de .Vautre

èombiti.c.ll.p.M. éd. d'Olbrd, rapporte un passage do caücu C* ec médedn déclare <|u*il n’osc rien affirmer sur ta nature de rAœe; et les notes de cette édltloo tout connaître plusieurs Postsges qui prouvent cMtrameot la mémo chose. C.

|I0) les Antes oui la force et la vivaelté d» feu, ut leur ortslnc est edeslc. Vmc., Enéide, VI, 730.

(HJ Mac*., in .Vomit. Vrlp.,1, tl,C, f I2| Uct-, de Opif. Del, c. 17, un 5.0.

03) Kualat-nc parall .utrlbucr IcH MflPU l'opiulop d'.tiUlute.Cic.,Twsf.,i, to. c|

Mcjit icm.

CHAP. XII. m

quatre cléments; à Heraclides Ponticus', la lumière; à Xenocrates1 et aux Egyptien», un nombre mobile ; aux Chaldéc», une vertu sans forme déterminée ;

tlabltum qucmdam viialem corports esse, Harmonium Grœci quant dlcunt * :

n’oublions pas Aristote, ce qui naturellement falet mouvoir le corps, qu’il nomme enlelechic*, d’une auiant froide invention que nulle aultre ; car II ne parle ny de l'essence, ny de 1 origine, ny de la nature de ï'amc, mais en remarque seulement l’effcct ; Lactancc s, Scncque», et la meilleure part entre les dogmatistes, ont confessé que c’estoit chose qu’ils n’enten. doient pas ; et apres tout ce dénombrement d’opinions, harum sententiarum quœvera sil, Deus aliquis viderit, dit Ciccro’. Je cognois par mol, dict sainct Bernard8, combien Dieu est Incompréhensible, puisque les pièces de mon estre propre, je ne les puis comprendre, Heraclitus0, qui tenolt tout estre plein d’ame» et dalmons.maintcnolt pourtant qu’on ne pouvoit aller tant vers la cognoissance de l’ame qu’on y peust arriver ; si profonde estre *on essence.

Il n’y a pas moins de dissention ny de débat à la loger. Hippocrates et Hicrophilus ">la mettent an ventricule du cerveau ; Democritus et Aristote11, par tout le corps ;

Ut bona sœpe valciudo qwm dicitur tss*

Corports, et non est tamen hase pars ulla valcntis 11 :

Epicurus, en Pestomach ;

tue êxsultat enlm pavor ae metvs; ht re loea tirctm Ijetllice mulçeni li:

(i) Svn,,Mdoj. phyt., I, ta c.

(SJUscn., lu sonm. Scip., I, u. c.

(3) t'ne certaine habitude vitale, nommée par les grecs Laemoule. Lee*., tu, too.

(4) Cto., Tmoil., (, to. C,

(3) De Opif. Del, a IT, au commencement, c.

18) Salue, qrwett., VII, 14. C.

(7) l'n Dieu seul peut savoir quello est la vraie. Cic Tiur 1,11. * *

(8) LU K de Anima, c. t, p. 1048, éd. de Pari,., 1004. C.

P) Dtoc. Laraca, IX, 7. C.

(10) Pur?., d(t OpInUmt da pMu., IV, «,c.

(11) Suit. Eue. , aih . Suit, cm. , p. *u. c,

(11) Ainsi l'on dit quelasanlé appartient a tout le eorps et pourtant die n'est pas une iiarUe île riiomxnc ni sauté Uci III, 103.

(13) C'est li qtfon sent palpiter In ernluin et In terreur; e'est l.^ipic rmi éprouve les douces ciuolinits du plaisir. I.rcn., ni

les stoïciens', autour et dedans le cœur; Erasistratus*, joignant la membrane de l’epicrane; Empedocles5, au sang; comme aussi Moïse*, qui feut la cause pourquoy ildefîcnditde manger le sang des bestes, auquel leur ame est joinctc : Galen a pensé que ehasque partie du corps ayt son ame ; Strato 5 l'a logée entre les deux sourcils: Qua fade guidem si t animus, aut vbi habite!, ne guarendum guident est6, dict Ciccro ; je laisse volontiers à cest homme ses mots propres : irois je à l'eloquenee allerer son parler ? joinct qu’il y a peu d’acquest à desrobber la matière de ses inventions, elles sont et peu frequentes, et peu roides et peu ignorées. Mais la raison pourquoy Chrysippus l'argumente autour du cœur, comme les aultresde sa secte , n’est pas pour estre oubliée : c’cst par ce, dict il1, que quand nous voulons asseurer quelque chose, nous mettons la main sur l’estomach , et quand.nous voulons prononcer iyù, qui signifie moy , nous baissons vers l’estomacb la maschouere d’en bas . Ce lieu ne se doibt passer sans remarquer la vanité d’un si grand personnage ; car oultrc ce que ces considérations sont d’elles mesmes infiniment legieres , la derniere ne preuve qu’aux Grecs qu’ils avent l’amc en cest cndroict là : il n’est jugement humain si tendu qui ne sommeille par fois. Que craignons nous à dire 7 voylà les stoïciens*, peres de l’humaine prudence, qui treuvent que l’ame d’un homme accablé sous une ruyne traisnc et ahanne long temps à sortir, ne se pouvant desmesler de la charge, comme une souris prinse à latrappelle9. Aulcuns tiennent que le monde feut faict pour donner corps, par punition, aux esprits descheus par leur faulte de la pureté en quoy ils avoient esté créés, la première création n’ayant esté qu’incorporelle; et que, selon qu’ils se sont plus ou moins esloingnés de leur spiritualité, on les incorpore plus ou moins alaigrement ou lourdement : de là vient la va-

; (i) ri ct., (iM.Opiiiicml des philos., IV, 6. C.

(i)h>.,IMd.

(4) Cenes., IX, a-, Letiiie. , VU, *; X\U, Ui‘.DatUrtmm., xn,«, ctc.j. v. l.

(B) Plut., Opin. des philos IV, B. C.

(6) Pour la figure de I âroc et le lieu où elle réside, c’est ce qu'il ne but pas chercher â connaître. Cic., Tusc., 1,38.

(7) Gal., de Placilis Hippocralis et Ptaionis t U, % C.

(5) Six., Lpltl. 57. C.

(9) De Malien trappola, uoe souricière. Ci '

rieté de tant de matière créée. Mais l’esprit qui feut, pour sa peine, investi du corps du soleil, debvoit avoir une mesure d’alteration bien rare et particulière.

Les extrémités de nostre perquisition tumbent toutes en csblouïssement ; comme dictPlutarque 1 de la teste des histoires, qu’à la mode des chartes, l’orée* des terres cogneues est saisie de marets, forets profondes, desertset lieux inhabitables; voylà pourquoy les plus grossières et puériles ravasseries se treuvent plus en ceulx qui traictcnt les choses plus haultes et plus avant, s’abysmants en leur curiosité et presumplion. La fin et le commencement de science se tiennent en pareille bestise : voyet prendre à mont l’essor à Platon en ses nuages poétiques, voyez chez luy le jargon des dieux; mais à quoy songeoit il, quand il définit l'homme «un animal à deux pieds, sans plumes*? ■ fournissant à ceulx qui avoient envie de se mocquer de luy une plaisante occasion ; car, ayants : plumé un chapon vif, ils alloient le nommant «l’homme de Platon. »

Et quoy les épicuriens? de quelle simplicité estoient ils allés premièrement imaginer que leurs atomes, qu’ils disoient estre des corps ayants quelque poisanteur et un mouvement naturel contre bas, eussent basti le monde: jusques à ce qu’ils feussent advisés par leurs adversaires , que par ceste description il n’csloit pas possible qu’ils se joignissent et se priassent l’un à l’aultrc, leur chculc estant aussi droicte et perpendiculaire et engendrant partout des lignes parallèles? par quoy il f™1 force qu’ils y adjoutassent depuis un mouvement de costé, fortuite, et qu’ils fournissent cncores à leurs atomes des queues courbes et crochues pour les rendre aptes à s’attacher et sc coudre : et lors mesme, ceulx qui les poursuyvent de ceste aultre considération les mettent ils pas en peine? * Si les atomes ont, par sort, fermé tant de sortes de figures, pourquoy ne se sont ils jamais rencontrés à faire une maison et un soulier? pourquoy de mesme ne croît on qu’un nombre infini de lettres grecques versées emmy la place seroient pour arriver a contexture de l’Iliade*? »

(I) Vie de T W«ée, préambule. C.

(a) Bord, extrémité,

(3) moc. Linux, IV, 40. C,

(4) Clc.,dC .Vu/, deor.j U, 37. J.V.L

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