‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 247 sur 449 · ID., II, 67. C · texte numérisé non relu

ID., II, 67. C

(i) 10., II, 68 ; lion., Eplst. , 1, 17, 1. C. I

Moktaigwk.

vers effects : c’est un pot à deux anses, qu’on peult saisir à gauche et à dextre :

Bellum, o terra hospita, portas :

Bello armanlur equt ; bcllum hœc arment a mlnanlur. Sed lumen idem olim curru succedere suetl Quadrupèdes, et frenajuyo concordla ferre.

Spes est pacit1.

On preschoit Solon den’espandre pour la mort de son fils des larmes impuissantes et inutiles: « Et c’est pour cela, dict il, que plus justement je les espands, qu'elles sont inutiles et impuissantes*. » La femme de Socrates rengregeoit son dueil par telle circonstance : Oh ! qu’injustement le font mourir ces mcschants juges? « Aimerais tu doneques mieulx que ce feust justement?» luy répliqua il3. Nous portons les aureilles percées; les Grecs tenoient cela pour une marque de servitude4. Nous nous cachons pour jouir de nos femmes ; les Indiens le font en public0. Les Scythes immoloicnt les estrangiers en leurs temples; ailleurs les temples servent de franchise »,

Inde furor vnlgl, quod vumina vlclnornm Odit quisque locus, qttum solos credat habendos Este deos, quos ipse colit'.

J’ay ouï parler d’un juge, lequel, où il rencontrait un aspre conflict entre Bartolus et Baldus ", et quelque matière agitée de plusieurs contrariétés , mettoit en marge de son livre , « Question pour l’amy : « c’est à dire que la vérité estoit si embrouillée et débattue qu’en pareille cause il pourroit favoriser celle des parties que bon luy semblerait. Il ne tenoit qu’à

(I) Est-ce donc h guerre que tu nous apportes, à rive hospitalière ? c’est pour la guerre qu’oi» arme les coursiers; c’est h guerre que nous présagent ces fiers animaux. Mais quelquefols aussi on les allèle à un char, et le frein les habitue marcher ensemble sous le même joug : j’espère encore la paix. Vtnc., Enéide, ni, 539.

(3) Dioc. Laerce, 1, 63. C.

(3) lo., II, 35. C.

(4) Sext. Emfir. , Pyrrh. ffypotyp., III, 3* ; Pict., Vie do Cicéron, c. 36; Jev., I, 105, etc. J. V. L.

(5) Sext. Ew>m., ibid., I, 14 ; III, 34. C.

(C) lo., ibid.

(7) Il règne entre certains peuples une haine furieuse, parce que les uns adorent des dieux que les autres détestent, et que chacun pense qu’il n’y a de dieux que les riens. Jrv., XV 37.

(R) Deux célèbres Jurisconsultes du quatorzième siècle] qui to>» deux se débordèrent en torrent, dit Pnsquier, en l'e.rpth alion du droit, le premier naquit 4 Sasso-Perrnto, ville d’ombric ; le second, qui fut disciple de Bariole, était de Pérouse.

faulte d’esprit et de suffisance, qo'il ne peusf înesire partout, • Question pour l’amy t • les ndvooats et les juges de nostre temps trouvent à toutes causes assez de biais pour les accommoder où bon leur semble. A une science si infinie, despen tant de l'auetorilé de tant d'opinions, et d’un subject si arbitraire, il ne peult estre qu’il n’en naisse une confusion exlreme de jugements : aussi n'est il gneres si clair procès auquel les advis ne se trouvent divers : ce qu’une compaignie a jngé , l’aullre le juge au contraire, et elle mesmeau contraire une aultre fois. De quov nous veoyons des exemples ordinaires, par reste licence, qui tache merveilleusement la cerimonieuse auctorité et lustre de nostre justice, de ne s’arrester aux arrests et courir desuns aux aultres juges pour décider d’une mesme cause.

Quant à la liberté des opinions philosophiques touchant le vice et la vertu, c’est chose où il n’est besoing de s’estendre et où il se treuve plusieurs advis qui valent mieulx tous que publiés aux foibles esprits. Arcesilaus disoit 1 n’estre considérable en la paillardise de quel costé et par où on le l'eust : Et obsemas voluplates, si natura requirit, non genere, aul loco, aut ordine, ted forma, (elate, figura, metiendas Epicurus putat — Ne amores quidem sanclos a sapiente aliénas esse arbritranlur. ... Quaramus, ad quam usque letatem juvenes amandi sint *. Ces deux derniers lieux stoïques, et, sur ce propos, le reproche de Dicæarclius à Platon mesme 3, montrent combien la plus saine philosophie souffre de licences csloingnées de l’usage commun, et excessifves.

Ees loix prennent leur auctorité de la possession et de l’usage; il est dangereux de les ramener à leur naissance : elles grossissent et s'annobiissent en roulant, comme nos rivières;

(l) Pllt., Ilêyleset Préceptes de santé, c.ü. liais le philosophe Arcésilas ne dit cela que pour blâmer egalement toute aorte de débouche. Il souloH dire contre if* paillard* et Imrwvens qu'il ne peull chaloir de quel coite on le soit, pour ce qu'a y a (ajoute Plutarque ûdèlctncui traduit pnr Amyot ) autant de mal à l'un qu'à t’aultre. C.

(4J A I cgard de» plaisirs otncèoe», Epieu re peine que, «J ta nature le» demande, U faut moins s'arrêter à la naitwauce et au rang qu'à l'àge cl à la figure. C<c., Twrc. qnœet., v,»,- Lcs stoïciens ne |tenseul pas que de» amour» saintement régit1» soient interdits au Mge. Ou , de f mU>, lumen, et mol.,111, SO. — Voyons {disent le* stoïcien*) jusqu'à quel âge on doit aimer les jeunes gens. Se*., Epiât. 143.

(3) Ctc., Tusc. quant., IV, 34. C.

suyvetles contremont Jusques à leur source, ce n’est qu’un petit sourgeon d’eau à peine recognoissable, qui «'enorgueillit ainsin et se fortifie en vieillissant. Veoyez les anciennes considérations qui ont donné le premier bransle àce fameux torrent, plein dedignité,d'borrcur et de reverence ; vous les trouverez si legieres et si délicates que ces genls icy, qui puisent tout et le ramènent à la raison, et qui ne reccoivent rien par auctorité et à crédit, il n’est pas merveille s’ils ont leurs jugements souvent très csloingnés des jugements publicques. Gents qui prennent pour patron l’image première de nature, il n'est i>as merveille si, en la plusparl de leurs opinions, ilsgaucbissenllavoye commune, comme pour exemple peu d'entre eulx cusseut approuvé les conditions conlrainctcs de nos mariages ; et la pluspart ont voulu les femmes communes et sans obligation : ils refusoient nos cerimonies; Chrysippus disoit 1 qu'un philosophe fera une douzaine de culebutles en public, voire sans haull de chausses, pour une douzaine d’olives; à peine eust il donné advisà Clisthènes de refuser la belle Agariste, sa fille, à llippoclides1, pour luy avoir veu faire l'arbre fourché sur une table. Me! rodes lasclia un peu in discrètement un pet, en disputant, en présence de son escbolc, et se tenoit en sa maison caché de honte , jusques à ce que Cratès le feut visiter, et adjousiant à ses consolations et raisons l'exemple de sa liberté, se mettant à peler à l’envy avecques luy, il luy esta ce scrupule, et, de plus, le retira à sa secte stoïque, plus franche, de la secte peripatetique plus civile, laquelle jusques lors il avoit suivy J. Ce que nous appelions honnesteté, de n’oser faireà descouvert ce qui nous est honneste de faire à couvert, ils l’appelloient sottise ; et de faire le fin à taire et desadvouer ce que nature, coustume et nostre désir publient et proclament de nos actions, ils l’estimoient vice : et leur sembloit que c’estoit affoler4 les mystères de Venus que de les exposer à la voue du peuple : et que tirer ses jeux hors du rideau, c’estoit les avi lir : c’est chose de poids que la honte, la rece lation, réservation, circonscription, parties de l’estimation : que la volupté très ingenieuse-

(1) Plut., CtmiretiBsdes phiumptiu stoïques, c. St. C.

(i) Ile.., vi, ce. j. v. L

(3) Dioc. Ue.ce, vi, w c.

(4) Blesser.

Page 1