CHAPITRE IV
De la diversion.
Tay aultrefois esté employé à consoler une dame vravement affligée; la plus part de leurs deuils sont artificiels et cerimonieux.
Ibcribus temper lacrymit , tanperque paraît?
In staiione ma, atquc espcctantibus ilium,
QuO jnbeat manare modo *.
On y procédé ma! , quand on s’oppose à ceste passion ; car l’opposition les picque et les engage plus avant à la tristesse : on exaspéré le mal par la jalousie du débat. Nous veoyons, des propos i communs, que ce que j'auray dict sans soing, I si on vient à me le contester, je m’en formalise, je l'espouse; lieaucoup plus ce à quoy j’aurois interest. Et puis, en ce faisant, vous vous présentez à vostre operation d’une entrée rude; là où les premiers accueils du médecin envers son patient doibvent estre gracieux, gays et | agréables : et jamais médecin laid et rechignén’y feit oeuvre. Au contraire doneques, il fault ayder
(I) Me rendre Mÿr.
(4) Gain, du l:t lin (purs tus. n y a dans l'édit, de <596, fol. 3Gi: t< jaunis pour le gain. » J. V. G.
(.V) tue femme a toujours des larmes toutes prêtes qui, au premier ordre, vaut couler en aboudaua*. Je Y., Sut., VI, 47-4.
d’arrivée et favoriser leur plaincte, et en tesmoigner quelque approbation et excuse. Par ceste intelligence, vous gaignez crédit à passer oultre, et, d’une facile et insensible inclination, vous vous coulez aux discours plus fermes et propres à leur guarison. Moy, qui ne desirois principalement quede piper l’assistance qui avoit les yeulx sur moy, m’advisay de plastrer le mal; aussi me trouve je, par expérience, avoir mauvaise main et infructueuse à persuader1: ou je présenté mes raisons trop poinctues et trop seiches, ou trop brusquement, ou trop nonchalamment. Après que je me feus appliqué un temps à son tourment, je n’essavay pas de le guarir par fortes et vifvcs raisons, parce que j'en ay laulte, ou que je pensoisaultrement faire mieulx mon effect; ny n’allay choisissant les diverses maniérés que la philosophie prescript à consoler; que ce qu’on plaincl* n’est pas mal, comme Cleanthes ; que c’est un legier mal, comme les peripateticiens; que se plaindre n’est action ny juste ny louable, comme Chrysippus ; ny ceste cy d’Epicurus, plus voisine à mon style, de transférer la pensée des choses fascheuses aux plaisantes ; ny faire une charge de tout cest amas, ledispensant par occasion , comme Cicero: mais, déclinant tout mollement nos propos, et les gauchissant peu à peu aux subjects plus vovsins, et puis un peu plusesloingnés, selon qu’elle se prestoil plus à moy, je luy desrobbay imperceptiblement ceste pensée douloureuse, et la teins en bonne contenance, et du tout r’apaisée, autant que j’y feus. J’usay de diversion. Ceux qui me suy virent à ce mesme service n’y trouvèrent aucun amendement ; car je n'avois pas porté la coignée aux racines.
A l’advenlure ay je touché ailleurs quelque espece de diversions publicques : et l'usage des militaires, dequoy se servit Pcriclèsen la guerre peloponnesiaque3 et mille aultres ailleurs, pour révoquer de leur pais les forces contraires, est trop frequent aux histoires. Ce feutun ingénieux destour, dequoy le sieur d’Ilimbercourt sauva et soy et d'autres, en la ville du Liège ', où le duc de Bourgoignc , qui la tenoit assiégée, l'avoit faict entrer pour executer les convenances de
(I) L'édit, de IBK# ajoute : « quand U y a résistance. »
(S) etc., 7 use. quasi., III, 31. C.
(3) Plut., Periclàt, c. il. J. V. L.
(4) l)e Liège. Voyez les Mémoires de Philippe de Comme s,
U II, c. 3.
leur reddition accordée. Ce peuple, assemble de nuicl pour y prouveoir, commence à se mutiner contre ces accords passés ; et délibérèrent plusieurs de courre sus aux négociateurs qu’ils tenoient en leur puissance ; luy, sentant le vent de la première ondée de ces gents qui venoient se ruer en son logis, lasclta soubdain vers eulx deux des habitants de la ville ( car il y en avoit aulcuns avccques luy ), chargés de plus doulces et nouvelles offres à proposer en leur conseil, qu'il avoit forgées sur le champ pour son bcsoing. Ces deux arresterent la première lempestc, ramenants ceste tourbe esmeue en la maison de ville, pour ouïr leur charge et y délibérer. la deliberation feut courte: voicy desbonder un second orage autant animé que l’aultre ; et luy, à leur dcspecher en teste quatre nouveaux et semblables intercesseurs, protestants avoir à leur déclarer à ce coup des présentations plus grasses *, du tout à leur contentement et satisfaction, par où ce peuple feut derechef repoulsé dans le conclave. Somme , que , par telle dispensation d’amusements, divertissant leur furie et la dissipant en vaincs consultations, il l'endormit enfin et gaigna le jour, qui estoit son principal affaire.
Cest aultre conte est aussi de ce predieament4: Alalante, fille de beauté excellente et de merveilleuse disposition, pour se desfaire de la presse de mille poursuy vants qui la dcmandoient en mariage, leur donna ceste loy, « quelle accepteroit celuy qui l’egualeroil à la course, pourveu que cculx qui y fauldroient en perdissent la vie3.» Il s’en trouva assez qui estimèrent ce prix digne d’un tel hazard , et qui encoururent la peine de ce cruel marché. Hippomenes, ayant à faire son essay après les aultres, s’adressa à la deesse tutrice de ceste amoureuse ardeur, ('appellent à son secours; qui , exauceant sa priere , le fournit de trois pommes d’or, et de leur usage. Le champ de la course ouvert, à mesure qu'llippomcnes sentsamaislressc luy presser les talons, il laisse eschapper, comme par inadvertance, l'une de ces pommes; la fille, amusée de sa beauté, ne
(1) Dr* offres plut avanlaqivett'E. I.
(9) De cette cat/tjorte. On appelle prAlicamcnts, eu logique, les ait cnlegories (l'Arislolo. h J.
(3) Prœmia veioel conjux. tlntlamlifae dalnmlttr;
Mort pretium lord U : ta k'J cerlatmnis esta.