‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 336 sur 449 · LIVRE III, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. IV

aveeques ses soldats pour le forcer, et comme luy, tout desarmé, se deffendoit ohstinéement de poings et de pieds, il le feit mourir en ce débat, dissipant en prompte cholere et tumultuaire le sentiment pénible d'une mort longue et préparée à quoy il estoit destiné.

Nous pensons tousjours ailleurs : l’esperance d’une meilleure vie nous arreste et appuyé , ou l’esperance de la valeur de nos enfants , ou la gloire future de nostre nom , ou la fuyte des maulx de ceste vie, ou la vengeance qui menace ceulx qui nous causent la mort :

Spero equidem medils, $t quid pin numlna possunl. Supplicia hauturum tcopulis, et nominc Dido Sape vocaiurum...

Âudiam ; et hœc mânes veniet mihi fama tub tmos *.

Xenophon saerifioit, couronné, quand on luy veint annoncer la mort de son fils Gryllus en la battaille de Mantinée ; au premier sentiment de ceste nouvelle, iljccta sa couronnée terre; mais, par la suitte du propos, entendant la forme d’une mort très valeureuse, il l’amassa, et remeit sur sa teste1 *: Epicurus mesme se console, en sa fin, sur l’etemité et l’utilité de sesescripts3 4 *: omnes clari et nobilitati lubores fiunt tolerabiles * : et la mesme playe, le mesme travail, ne poise pas, dict Xenophon, à un general d’armée comme à un soldat3 : Epaminondas print sa mort plus alaigrement, ayant esté informé que la victoire estoit demeurée de son coslé6 : turc $unt solatia, hœc fomenta tummorum dolorum 7: et telles aultres circonstances nous amusent, divertissent et destournent de la considération de la chose en soy.

(I) S'il est encore un Dieu redoutable aux ingrats,

/espère que bientôt, pour prix d’un si grand crime. Brisé contre un écueil, plongé dans un abîme.

Tu paires mes malheurs, periide .* et de Didou Ta voix, ta voix plaintive invoquera le nom.

et dans l'empire sombre

te bruit de tes malheurs viendra charmermon ombre, vue. Enéide, IV, 38g, 387.

(S) Vax. Maxime, IV, 10, are. 3; Dioc. Latacs, rie de/énop Son; Suait, Hül. dit-, III, 3; Siocee, aise. T et 100, etc. J. V. L.

(3) Dans sa Ecrire ù Bermachus ou ù Idoménée. CIC., de finit., H, 30 ; Dioc, Uaaca, X, *3. c.

(4) Tous les travaux accompagnés de gloire sont ladies & supporter. Cic., Tiuc. g aveu., II, 34.

(Sj Eaidem tabores non esse œq ue graves imperatort et mitai. CIC., T use. quant., Il, 30.

(0 1 Coan. Naros, Vie tt'Epmiinotitlm, c. 0. C.

(7) C'en là ce qui console, ce qui adoudt les plus grandes douleurs, etc., Tttsc . qucetl., II, 33.

Hostau, ag.

Voire, les arguments de la philosophie vont a touts coups eostoyant et gauchissant la matière, et à peine essuyant sa erouste : le premier homme de la première escholc philosophique et surintendante des aultres, ce grand Zenon, contre la mort: « Nul mal n’est honorable; la mort l’est: elle n’est pas doneques mal< : - contre l’y vrongneric : - Nul ne fie son secret à l’ivrongne: chascun le fie au sage; le sage ne sera donc pas ivrongne*. » Cela est ce donner au blanc? j’aime à veoir ces âmes principales ne se pouvoir desprendre de nostre consorce3 ; tant parfaicts hommes qu'ils sovent, ce sont tousjours bien lourdement des hommes.

C'est une doulce passion que la vengeance, de grande impression et naturelle : je le veois bien, encore que je n’en aye aulcune expérience. Pour en distraire dernièrement un jeune prince, je ne luy allois pas disant qu’il falloit presler, la joue à ccluy qui vous avoit frappé l’aultrc, pour le debvoir de charité ; ny ne luy allois représenter les tragiques événements que la poésie attribue à ceste passion: je la laissay là; et m’amusay à luy faire gouster la beauté d’une image contraire, l’honneur, la faveur, la bienvueillance qu’il acquerroit par clemence et bonté: je le destournay & l’ambition. Voylà comme l’on en faict.

Si vostre affection en l’amour est trop puissante, dissipez la, disent ils; et disent vray, car je l’av souvent essayé avec utilité : rompez la à divers desirs, desquels il y en ayt un regent et un maistre, si vous voulez ; mais, de peur qu’il ne vous gourmande et tyrannise, affoiblissez le, séjournez le-*, en le divisant et divertissant:

Quum morosa vago singulliet inguine t enu »,

Conjlcito humorem collée tum In corpora quccque * ;

et pourvoyez y de bonne heure, de peur que vous n’en soyez en peine, s’il vous a une fois saisi;

Si non prima noiis conturbe » ruinera plagia,

Volglvagaque vagua venere ante rteenlia cure $ 7.

(I) Si»., EpisU ». C.

(i) b., Episl. 83.

(3) De notre communauté.

(4) Donne z- tut du repos.

(51 lorsque vous serra tourmenté par Ira plus ,io|enu de. sirs. Perse, SaL, VI, 73.

W xwouvmer-ltts sur le premier objet qui s'offrira. Ura

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