CHAPITRE YI
Dei coches.
Il est bien aysé à vérifier que les grands aucteurs, escrivanls des causes, ne se servent pas seulement de celle» qu’il* estiment estre vrayes, mais de celles encore» qu’ils ne croyent pas, pourveu qu'elles ayent quelque invention et beauté; il» disent assez véritablement et utilement, s’ils disent ingénieusement. Nous ne pouvons nous asseurer de la maistresse cause ; nous en entassons plusieurs, pour voir si, par rencontre, elle se trouvera en ce nombre,
Namqtte imam dlrere camam
lion satin est, venu n plures, unde una tarnsn ait s,
{I) Car son feu dès l'abord se consume;
TH le chaume s'ételnt nu moment qu’il s’allume.
Vian., GSorg., III, U», Imtl. ,1c Delillr.
(S) Aiusi tombe ea roulait!, du chaste sein d’une jeune vierge, une pomme qu’elle a reçue de sou amant a la dérobée ; elle oublie qu'elle avait cache ce fruit sous sa robe, et, se levant a t'arrivée de sa mère, elle le laisse échapper : ta rougeur de son visage décèle sa houle et son secret. Oit., Carra., LXV, ».
(S) n la vertu de l’homme et de la femme est la même, a Mot ü'Aulisilièuc, rapporte dans sa l’fe par bmc. lassos, Vf, li. K.
{ I) Ce u'csl pas aster de nommer une acuje cause ; Il eu tau!
Me demandez vous d’où vient reste coustume de bénir ceulx qui esternuent? Nous produisons trois sortes de vents: ecluy qui sort par embas est trop sale ; celuy qui sort par la bouche porte quelque reproche de gourmandise ; le troisième est i’esternuement ; et parce qu’il vient de la teste et est sans blasme, nous luy faisons cest honneste recueil. Ne vous mocquez pas de reste subtilité ; elle est, dict on, d’Aristote1.
Il me semble avoir veu en Plutarque* (qui est, de touts les aucteurs que je cognoisse, celuy qui a mieulx meslc l’art à la nature, et le jugement à la science), rendant la cause du soublevement d'estomnch qui advient à ceulx qui voyagent en mer, que cela leur arrive de crainte, après avoir trouvé quelque raison par laquelle II prouve que la crainte peull produire un tel effect. Moy, qui y suis fort subjeet, sçais bien que ceste cause ne me touche pas; et le sçais, non par argument, mais par necessaire expérience. Sans alléguer ce qu’on m’a dict, qu’il en arrive de mesme souvent aux bestes, et spécialement aux pourceaux, hors de toute appréhension de dangier; et ce qu’un mien cognoissant m’a tesmoigné desoy, qu’y estant fort subjeet, l’envie de vomir lui êstoit passée deux ou trois fois, se trouvant pressé de frayeur en grande tormente, comme à cest ancien : Pejut vexabar, quam ut periatlum mt'At tuccurrerel 3; je n'eus jamais peur sur l’eau, comme je n’ai aussi ailleurs (et s'en est assez souvent offert de justes, si la mort l’est), qui m’ait troublé ou esbloui. Elle naist par fois de faulle de jugement, comme de faulte de cœur. Tout* les tlangiers que j’ay veu, c’a esté les yeux ouverts, la veue libre, saine et entière ; encores faut-il du courage à craindre. Il me servit aullrefois, au prix d’aultres, pour conduireel tenir en ordre ma fùyte, qu'elle feost, sinon sans crainte, toutesfbia sans effroy et sans estonnement; elle estoit esmeue, mais non pas estourdie ny esperdue. Les grandes âmes vont bien plus oultre, et représentent des fuytes, non rassises seulement et sai-
tndtquer ptiivlètm, quoiqu’il n'y en ait qu’une seule véritable. Lien., VI. 704.
(I) ProNcm., «et. 35, qu.vM- 9. C.
Dan» le traité intitule : les Causes naturelles, c. H de la tradtrtlofl d’Amynt. C.
(5) j etais trop malade pour songer au jhMI. Sla., F.phi, 53,
n?s, mais fieres; disons celle qu’Alcibiades recite de Socrates, son compagnon d’armes : «Je le trouvay, dict-il', après la roupie de « nostre armée, lui et Lâchés, des derniers «entre les fuyants; et le consideray tout à «mon aysc, et en seureté; carj’eslois sur un «bon cheval, et luv à pied, et avions ainsi «combattu. Je remarquav premièrement com- « bien il montroit d’advisemont et de resolu- « tion, au prix de Lâchés ; et puis la braverie « de son marcher, nullement different du sien « ordinaire ; sa veue ferme et réglée, conside- « rant et jugeant ce qui se passoit autour de « luy ; regardant tanlost les uns, tantost les « aullres, amis et ennemis, d’une façon qui « encourageoit les uns, et signifioil aux aultres
• qu’il estoit pour vendre bien cher son sang « et sa vie à qui essaveroit de la luy oster ; et
• se sauvèrent ainsi, car volontiers on n’atta- « que pas ceulxcy, on court après les effrayés." Voylà le tesmoignage de ce grand capitaine, qui nous apprend ce que nous essayons touts les jours, qu’il n’est rien qui nous jecte tant aux daugiers, qu’une faim inconsidérée de nous en mettre hors : Quo timnris minus est , eo minus ferme periculi est4. Nostre peuple a tort de dire : « Celuy là craint la mort,» quand il veult exprimer qu’il y songe et qu’il l’a preveoid. La prévoyance convient egualement à ce qui nous touche en bien et en mal ; considérer et juger le dangier est aucunement le rebours de s’en estonner. Je ne ine sens pas assez fort pour soubtenir le coup et l'impétuosité de ceste passion de la peur, ny d’aultre plus vehemente; si j’en eslois un coup vaincu et atterré, je ne m’en releverois jamais bien entier ; qui auroit faict perdre pied à mon ame ne la remettroit jamais droicte en sa place ; elle se retaste et recherche trop vifvement et profondément, et pourtant ne lairroit jamais résoudre et consolider la playe qui l’auroit percée. Il m’a bien prins qu’aulcune maladie ne me l’ayt encores desmise ; à chasque charge qui me vient, je me présente et oppose en mon hault appareil ; ainsi, la première qui m’emporteroit me mettroit sans ressource. Je n’en fois point à deux ; par quelque endroict que le ravage faulsast ma 1c-
(I) nam PLvrcw, Btmquci, p. tso« do l'édition de Francfort, ISO*, c.
(1) Pour l'ordinaire, moins It y a de crainte, moins II y ade danger. Titb Uvg, Xîl, b.
vée, me voylà ouvert et noyé sans remede. Epicurus diet 1 que le sage ne peult jamais passer à un estai contraire; j’ay quelque opinion de l’envers de ceste sentence, que qui aura esté une fois bien fol ne sera nulle aultre fois bien sage. Dieu me donne le froid selon la robbe, et me donne les passions selon le moyen que j’ay de les soubtenir; nature m’ayant descouverl d’un costé, m’a couvert de l’aultre; m’ayant desarmé de force, m’a armé d’insensibilité, et d’une appréhension réglée ou mousse.
Or, je ne puis souffrir long temps (elles souffrais plus difficilement en jeunesse) ny coche, ny lictiere, ny bateau, et hais toute aultre voicture que de cheval, et en la ville et aux champs; mais je puis souffrir la lictiere moins qu’un coche, et, par mestne raison, plus ayséement une agitation rude sur l’eau, d’où se produict la peur, que le mouvement qui se sent en temps calme. Par ceste legiere secousse que les avirons donnent, desrobbant le vaisseau soubs nous, je me sens brouiller, je ne sçais comment, la teste et l’eslomach; comme je ne puis souffrir soubs moy un siégé tremblant. Quand la voile ou le cours de l’eau nous em porte egualement, ou qu'on nous toue, ceste agitation unie ne me blece aulcunement ; c’est un remuement interrompu qui m’offense; et plus quand il est languissant. Je ne sçaurois aultrement peindre sa forme. Les médecins m’ont ordonné de me presser et cengler d’une serviette le bas du ventre, pourremedier àcest accident; ce que je n’ay point essayé, ayant accoustumé de luicter les defaults qui sont en moy, et les dompter par moy mesme.
Si j’en avois la mémoire suffisamment informée, je ne plaindrais mon temps à dire icy l’inlinie variété que les histoires nous présentent de l’usage des coches au service de la guerre; divers, selon les nations, selon les siècles; de grand effect, ce me semble, et nécessité; si que c’est merveille que nous en ayons perdu toute cognoissance. J’en diray seulement cecy, que tout freschement, du temps de nos peres, les Hongres les meirent très utilement en besongne contre les Turcs ; en chascun y ayant un rondellier4 et un mousquetaire, et nombre de harquebuses rengées, prestes et chargées, le tout couvert d’une pavesade5, à la mode
(i) Dloc. Uracr.X, iit. c.
(*) Soldat nriiH* d'une romitlU ou rondachc .
(3> Ou imwiuule, do /htms.