LIVRE I, CHAP. III
pond il. Si j’avoisâ m’en empescher plus avant, je trouveroy plus galant d’imiter ceulx qui entreprennent, virants et respirants, jouvr de l’ordre et honneur de leur sépulture, et qui se plaisent de veoir en marbre leur morte contenance. Heureux qui sachent resjouyr et grat ifier leur sens par l'insensibilité et vivre de leur mort !
A peu' que je n’entre en haine irréconciliable contre toute domination populaire, quoiqu'elle me semble la plus naturelle et équitable, quand il me souvient de ceste inhumaine injustice du peuple athénien, de faire mourir sans rémission, et sans les vouloir seulement ouyr en leurs drffenses, ces braves capitaines venantsdegaigner Contre les Laecdemoniens la battaillc navale près les isles Argineuses, la plus contestée, la plus forte battaille que les Grecs ayent oneques donnée en mer de leurs forces , parce qu’après la victoire ils avoient suyvi les occasions que la loy de la guerre leur presentoit plustost que de s’arrester à recueillir et inhumer leurs morts. Et rend ceste execution plus odieuse le faict de Diomedon : ccstuy cv est l’un des condemnés, homme de notable vertu et militaire et politique, lequel, se tirant avant pour parler, après avoir ouï l’arrest de leur condamnation , et trouvant seulement lors temps de paisible audience, au lieu de s’en servir au bien de sa cause et à descouvrir l'évidente injustice d’une si cruelle conclusion, ne représenta qu'un soing de la conservation de ses juges, priant les dieux de tourner ce jugement à leur bien, et, à fin que, par faulte de rendre les vœux que luy et ses compaignons avoient voués en rccognoissance d’une illustre fortune , ils n’attirassent l’ire des dieux sur eulx, les advertissant quels vœux c’estoient ; et, sans dire aultre chose et sans marcliander, s’achemina de ce pas courageusement au supplice1.
l.a fortune, quelques années après, les punit de mesme pain soupe; car Chabrias, capitaine general de leur armée de mer, ayant eu le dessus du combat contre Pollis, admirai de Sparte, en l’isle de Naxe, perdit le fruict tout net et comptant de sa victoire, très important à leurs affaires, pour n’encourir le malheur de cest exemple ; et, pour ne perdre peu de corps morts de ses amis qui Qottoient en mer, laissa voguer
{•) peu s'en tint.
(-») DiotUMft DK Ktui.r., XIÏ1, 51,32 C.
MoàTAicaK.
en sauveté un monde d’ennemis vivants qui depuis leur feirent bien acheter ceste importune superstition1.
Quarris, quo jaceas, post obitum, locof Quo non nota jacent *.
Cest aultre redonne le sentiment du repos à un corps sans ame :
Xequesepulcrum,quo recipialur, ha beat, portion corporis ; Ibi, mnissa humana vita, corpus rcquiescat a malt s 5 ;
tout ainsi que nature nous faict veoir qn ; plusieurs choses mortes ont encores des relations occultes à la vie ; le vin s’altcre aux caves, selon aulcunes mutations des saisons de sa vigne; et la chair de venaison change d’estat aux saloirs, et de goust, selon les loix de la chair vifve, à ce qu’on dict.