‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 93 sur 449 · Dior,. La eiice, Y, Il : ft ipuot, cwforc C · texte numérisé non relu

Dior,. La eiice, Y, Il : ft ipuot, cwforc C

■3) lùtd., V, ®. C.

toute aultre chose, de s’entre-bienfaire, relu y qui en preste la matière et l’occasion est celuy là qui faict le liberal, donnant ce contentement à son amy d'effectuer en son endroict ce qu’il desire le plus. Quand le philosophe Diogencs avoit faulte d’argent, il disoit qu’il le redemandoit à ses amis, non qu’il le demandoit *. Et pour montrer comment cela se pracliquc par effect, j’en reciteray un ancien exemple singulier*. Eudamidas, Corinthien, avoit deux amis, Charixenus, Sicyonien, et Areteus, Corinthien : venant à mourir, estant pauvre, et ses deux amis riches, il feit ainsi son testament : « Je le-

* gue à Areteus de nourrir ma mere, et l’en-

- tretenir en sa vieillesse; à Charixenus, de

* marier ma fille, et luy donner le douaire le

* plus grand qu’il pourra : et au cas que l’un

- d’eulx vienne à défaillir, je substitue en sa

* part celuy qui survivra. « Ceulx qui premiers veirent ce testament s’en moquèrent ; mais ses heritiers en ayants esté advertis l’aecepterent avec un singulier contentement : et l’un d’eulx, Charixenus, estant trespassc cinq jours après, la substitution estant ouverte en faveur d’ Areteus, il nourrit curieusement ceste mere; et de cinq talents qu’il avoit en ses biens, il en donna les deux et demy en mariage à une sienne fille unique, et deux et demy pour le mariage de la fille d’Eudamidas, desquelles il feit les nopees en mesme jour.

Cest exemple est bien plein, si une condition en estoit à dire, qui est la multitude d’amis; car ceste parfaiete amitié de quoy je parle est indivisible ; ehascun se donne si entier à son amy qu’il ne luy reste rien à despartir ailleurs; au rebours, il est marry qu’il ne soit double, triple ou quadruple, et qu’il n’ayt plusieurs âmes et plusieurs volontés, pour les conférer toutes à ce subject. Les amitiés communes, on les peull despartir ; on peult avmer en cestuy cy la beauté ; en cest aultre, la facilité de ses mœurs; en l’aultre, la libéralité; en celuy là, la paternité ; en cest aultre, la fraternité; ainsi du reste ; mais ceste amitié qui possède l’ame et la régente en toute souveraineté, il est impossible qu’elle soit double. Si deux en mesme temps demandoient à estre secourus, auquel courriez vous? S’ils requeroient de vous des offices contraires, quel ordre y trouveriez vous? Si

(Il Illor.. Uun, VI, 46. c.

(S) Extrait du Tojurti de Lccict, c. Xi J. v , [.

l'un commettoit à vostre silence chose qui feust utile à l’aultre de sçavoir, comment vous en dcmesleriez vous ? L'unique et principale amitié descoust toutes aultres obligations : le secret que j’ai juré ne deceler à un aultre, je le puis sans parjure communiquer à celuy qui n’est pas aultre, c’est moy. C’est un assez grand miracle de se doubler; et n’en cognoissent pas la haulleur ceulx qui parlent de se tripler. Rien n’est extrême qui a son pareil: et qui présupposera que de deux j’en aime autant l’un que l’aultre, et qu’ils s’entr’ayment et m’ayment autant que je les avme, il multiplie en confrairie la chose la plus une et unie, et de quoy une seule est encores la plus rare à trouver au monde. Le demourant de ceste histoire convient très bien à ce que je disais : car Eudamidas donne pour grâce et pour faveur à ses amis de les employer à son besoing ; il les laisse heritiers de ceste sienne libéralité , qui consiste à leur mettre en main les moyens de luy bienfaire : et sans double la force de l’amitié se montre bien plus richement en son faict qu’en celuy d’ Areteus. Somme, ce sont cffects inimaginables à qui n’en a gouslé, et qui me font honnorer à merveille la responsc de ce jeune soldat à Cvrus, s’enquerant à luy pour combien il vouldroit donner un cheval par le moyen duquel il venoit de gaigner le prix de la course, et s’il le vouldroit eschanger à un royaume : - Non certes, sire ; mais bien le lair- « rois je volontiers pour en acquérir un amy, ■ si je trou vois homme digne de telle alliance 1 . - Il ne disoit pas mal, ■ si je trouvois ; » car on treuve facilement des hommes propres à une superficielle accointance : mais en ceste cy, en laquelle on négocié du fin fond de son courage, qui ne faict rien de reste, certes il est besoing que touts les ressorts sovent nets et scurs parfaictement.

Aux confédérations qui ne tiennent que par un bout, on n’a à pourveoir qu’aux imperfections qui particulièrement intéressent ce bout là. Il n’importe de quelle religion soit mon médecin et mon advocat ; ceste considération n’a rien de commun avecques les offices de l’amitié qu’ils me doibvent : et en l’accointance domestique que dressent avecques moy ceulx qui me servent, j’en foys de mesme, et m’enquiers peu d’un; laquay s’il est chaste, je cherche s’il

(I) Xzsoruos, Cyroptdie, xin, 3. C.

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