LIVRE l, CHÂP. XXVII
est diligent ; et ne crains pas tant un muletier joueur que imbeciUe, ny un cuisinier jureur qu'ignorant. Je ne me mesle pas de dire ce qu’il fault faire au monde, d’aultres assez s’en meslcnt, mais ce que J’y foys.
Mihi sic usus est : Ubi, ut opus est facto, face,.
A la familiarité de la table j’associe le plaisant, non le prudent ; au lict, la beauté avant la bonté ; en la société du discours, la suffisance, voire sans la preud’hommie : pareillement ailleurs. Tout ainsi que cil qui feut rencontré à chevauchons sur un baston, se jouant avecques ses enfants, pria l’homme qui l’y surprint de n’en rien dire jusques à ce qu’il feust pere luy mesme 3 ; estimant que la passion qui luy naistroit lors en l’ame le rendroit juge équitable d’une telle action : je souhaiterois aussi parler à des gents qui eussent essayé ce que je dis : mais sçaehant combien c’est chose esloignée du commun usage qu’une telle amitié, et combien elle est rare, je ne m’attends pas d’en trouver aulcun bon juge ; car les discours mesmes que l'antiquité nous a laissé sur ce subject me semblent laschcs au prix du sentiment que j’en ay ; et, ence’poinct, les effectssurpassentles préceptes mesmes de la philosophie.
Nil ego contulerim jucundo sanus atnico j.
L’ancien Mcnander disoit celuy là heureux qui avoit peu rencontrer seulement l’ombre d'un amy 4 : il avoit certes raison de le dire , mesme s’il en avoit tasté. Car, à la vérité, si je compare tout le reste de ma vie, quoyqu’avecques la grâce de Dieu je Paye passée doulce , aysée, et, sauf la perte d’un tel amv, exempte d’affliction poisante, pleine de tranquillité d’esprit, ayant prins en payement mes commodités naturelles et originelles, sans en rechercher d’aultres ; si je la compare, dis je, toute aux quatre années qu’il m’a esté donné de jouvr de la doulce compaignie et société de ce personnage, ce n’est que fumée, ce n’est qu’une nuiet obscure et ennuyeuse. Depuis le jour que je le perdis ,
Quem semper acerbam,
Semper honora tum (sic di volutstis! ) habebo1,
(!) C’est ainsi que J’en use, faites comme vous l'entendrez. Tekkkce, Heautunt., art. ï, sc. 1, v. 88.
(i) Fut., Vie d'Agésilas, c. 9. C.
(S) Tant que j’aurai ma raison, je ne trouverai rien de comparable à uu tendre ami. lion., Sat., 1, 5, 44.
(4) lut., de C Amitié fraternelle , c. 3. C.
(5) Jour (aui que je dois pleurer, que je dois honorer b ja-
je ne foys que traisner languissant ; et les plaisirs mesmes qui s offrent à moy, au lieu de me consoler, me redoublent le regret de sa perte : nous estions à moitié de tout ; il me semble que je lui desrobe sa part.
Net fas esse ullà me voluptate hic frui Decrevi, tantlsper dion ille abest meus particeps 1 .
J’étais desjà si faict et accoustumé à estre deuxiesme partout qu’il me semble n’estre plus qu’à derny.
lllam meœ si partem animer tulit M aturior ils, quid moror alterà ?
Nec carus cequC, nec supers tes Integer. Ille dits utramque Dtiarit ruinant
Il n’est action ou imagination où je ne le trouve à dire ; comme si eust il bien faict à moy : car de mesme qu’il me surpassoit d’une distance infinie en toute aultre suffisance et vertu, aussi faisoit il au debvoir de l’amitié.
Qtd* desfderlo sit pudor, aul modus Tam cari capùiss ?...
O misero fraler adempte mihi !
Omnia teevm una perierunt gnudla nostra,
Qme tu us in vit à dulcis air bat atnor.
Tu mea, tu moriens fre.gi.ui comrnoday frater ;
Tecitm una iota est nostra sepuha anima :
Cujus ego intérim rota de mente fugavi Hœc studio, atque omnes delicias animi .
Alloquar? audlero nunquàm tua verba loqutntemT Y unquàm ego te, vità frater amubilior, Adspiciam posthùcf Al certè semper amabo *.
Mais oyons un peu parler ce garson de seize ans.
mnis, puisque telle a été, grands dieux, votre volonté suprême! Vrac., Eucid. , v,49.
(I) Et je ne pense pas qu’aucun plaisir me soit permis, maintenant que je u’ai plus celui avec qui je devais tout partager. Ter., Heautunt., art. I, sc. I, v. 97. Montaigne, comme il fait souvent, a changé id plusieurs mots.
(i) Puisqu’un sort cruel m’a ravi trop tfit cette douce moitié de mon âme, qu’a 4e U faire de l’autre moitié séparée de celle qui m’était bien plus chère ? Le même jour nous a perdus loua deux, lion., Od., Il, 17, s.
(3) Puis-je rougir ou cesser de pleurer une tête si chère? lion., ()d., I, 84, 4.
(4) 0 mon frère.’ que je suis malheureux de lavoir perdu : Ta mort a détruit tous nos plaisirs ; avec toi s’est évanoui tout le bonheur que me donnait ta douce amitié.’ avec toi mon âme est tout entière easevclic ! Depuis que lu n’cs plus, j’ai dit adieu aux muses, â tout ce qui faisait le charme de ma vie J... Ke pourrai-je donc plus te parler et t’entendre? o toi qui m'étais plus cher que la vie, 6 mon frère ! ne pourralje plu* le voir? Ah! du moins je t’aimerai toujours! Catkl. , LXYHl, 80; LXV, 9.
Parce que j'ai trouvé que ecst ouvrage' a esté depuis mis en lumière, et à mauvaise fin, par ceux qui cherchent à troubler et changer l’estât de nosire police, sans se soucier s’Hs l'amenderont, qu’ils ont meslé à d’aultres escripts de leur farine, je nie suis dedict de le loger icy. Et à fin que la mémoire de l'aueteur n'en soit intéressée en l'endroict de ceulx qui n'ont peu cngnoislre de près ses opinions et ses actions, je les advise que ce subject feut traicté par luy en son enfance par maniéré d’exercitalion seulement, comme subject vulgaire et tracassé en mille ondreicts des livres. Je ne foys nul doubte qu’il ne creust ce qu’il escrivoit ; car il estoit assez consciencieux pour ne mentir pas tnesmc en se jouant : et sçay davantage que s’il eust eu à choisir, il eust mieulx aymé estre nay à Venise qu’à Sariac ; et aveCques raison. Mais il avoit une auitre maxime souverainement empreincte en son ame, d’obeyr et de se soubineltre très religieusement aux loix sous lesquelles il estoit nay. Il ne feut jamais un meilleur citoyen, ny plus affectionné au repus de son pais, ny plus ennemy des remuements et nouvelle!» de son temps ; il eust bien phtstost employé sa suffisance à les esteindre qu’à leur fournir de quoy les esmouvoir davantage : il avoit son esprit moulé au patron d'aultres siècles que ceux cy. Or, en cscliange de cest ouvrage serieux, j’en substitueray un auitre », prodoict en «este mesme saison de son nage, plus gadlard et [dus enjoué.
Vingt et neuf sonnet» dE etienne de La Boutie.
A MADAME DE Cn.UtMOXiT, COMTESSE DE CL'ISSENl.
Madame, je ne vous offre rien du mien, ou
Le traité âe la ’&rri'ftude volontaire. Imprimé pour la première fol* co 1578, dan» le troisième tome de* Wihnotres de rttal de la France sous Charles IX. ( Votj. H In fin de ce volume.) Comme cet ouvrafio de La Boétie a pour second litre le Commun (traduit par De Thon, Ant-Hmottcon), Vernier, dans *a Itotlce sur les T.xxats de Vmtatjne, t. !, p. f76, l'appelle, set» doute par méprise, les Quatrt contre mt. 3. V. L.
(5) Les vinsi-neuf soooetÿ de La Boctic qui se trouvent dans le chapitre suivant.
(S) Diane, Vicomtesse de Ixmvigny, dite la belle O trisomie
parce qu'il est desjà vostre, ou pour ce que je n’y trouve rien digne de vous; mais j’ay voulu que ces vers, en quelque lieu qu’ils se veissent, portassent vostre noot en teste, pour l’honneur que ce leur sera d’avoir pour guide ceste grande Corisande d’Andoina. Ce présent m'a semblé voua estre propre, d’autant qu’il est peu d* danses en France qui jugent mieulx et se servent pins à propos que vous de la poésie; et pois, qu’il n'en est point qui 1a puissent rendra vifve «t animée comme vous faictes par ces beaux et ricltes accords de quoy, parmy un million d'aultres beautés, nature vous a es- Irenèe. Madame, ces vers méritent que voua les chérissiez; car vous serez de mon advia, qu’d n’en est point sort y de Gascoigne qui eussent plus d’invention et de gentillesse, et qui tesmoignent estre sortis d'une |>ios riche main. El ntenlrcz pas en jalousie de quoy vous n’avez que le reste de ce que pieça j’en ay faict imprimer1 sou lis le nom de monsieur de Foix, vostre bon parent : car, certes, ceulx cy ont je ne sçay quoy de plus vif et de plus bouillant ; comme il les fait en sa plus verte jeunesse, et eschauffé d’une liede et ooltie ardeur que je vous diray, madame, un jour à l’aureille. Les aultres furent faicls depuis, comme il estoit à la poursuilte de son mariage, en faveur de sa femme, et sentant desjà je ne scay quelle froideur maritale. Et raoy je suis de ceulx qui tiennent que la poésie ne rid point ailleurs comine elle faict en un subject folastre et desreglé.
d'AmSmim, niants* en «567 h Hiililxvt, c«nte de Cnaansnt et de r.uiche, qui mourut au sle.fi** de la Fère en 1380. Audoins on Andmiins était onebaromrte du Béarn, A trais Hrues de pau. Le roi de Navarre, depuis Henri tv, idni» cette belle veuve t% eut même l'iutflutien «le fepouaer. HaaiiUdit, <taus «ou e|*tre au couilc de ürannuoat, dual U a écrit les Mémoires, lui pelle sou Illustre aïeule :
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CortoiMk vil h jour, Me. I. 'L.
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