‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 95 sur 449 · SONNETS · texte numérisé non relu

SONNETS

Pardon, amour, pardon ; ô Seigneur! je le voue Le reste de mes au*, ma toit et mes «scripts.

Me» sanglots, mes souapirs, mes larmes « mes cria; Rien, rira lenir d'aufcun, que de toy, Je n'advooé.

Hélas ! comment de moy ma fortune se joue !

De toy n’a pas longtemps, amour , je me suis ri».

J’ay talHy, je le veoy, je tue rends, je suis pris.

J’ay trop garde mon «sur, or je le dcsadvuue.

Si j'ay pour le garder retardé ta victoire.

Ne l’en t raille plus mal, plus grande en e*t la gloire;

Et si du premier coup tu ne m’a» abbattu,

Pense qu’un bon vainqueur , et nay pour es Ire grand , Sou nouveau prisounier, quaud un coup U se rend,

U prise et Payme inieulx , s’il a bien combattu.

C’ftst amour, c’est amour, c'est luy seul , Je le sens :

Mais le plus vif amour, la poison ta plus forte,

A qui oucq pauvre oœur ait ouverte la |x>rte.

Ce cruel u’a pa* mta un de m» traict» perçants,

Mais arc, traictset carquois, et iuy tout dans mes sens. Encor un mois u’a pas que ma franchise est morte,

Que ce venin mortel dam mes veine* Je porte,

Et desjà j’ay perdu et le coeur et le set».

Et quoy ? si t'est amour A mesure croissait ,

Qui en si grand tourment dedans moy se conçoit ?

O crois U, si lu peuix croître , et amende en croissant.

Tu te nourri* de pleurs , des pleurs je te promet».

Et pour te rofrcschir , des souspirs pour Jamais :

Mais que le plus graud mal soit au moins en naissant.

ni.

C’est faict , mon cœur, quittons hi Iberté.

Dequoy meshuy servir oit la détoure,

Que d'agrandir et la peine et rotouce?

Plus ne sqU fort , aluti que j'ay esté.

La raison feust un temps de mon eosté :

Or, révoltée, elle veut quo je pense

Qu’il fault servir et prendre en recompense

Qu’oncq d'un tel nœud nul ne feust attesté.

S’il se fault rendre , alors U est saison,

Quand ou n’a plus devers soy la raison.

Je veoy qu’amour , sans que je le deserve ,

Sans aulcup droict se vient saisir de moy;

Et vcov qu’euror il fault A ce grand roy,

Quand il a tort , que la raison luy serve.

(t) Supprimés dans la plupart des éditions qui suivirent celle de 15WA ; on y a substitué cette note : « Ces vingt-neuf sonnets d’t-tieuue de LaJBnetle, qui estoieul mis eu ce lieu, ont ç*l« députa imprimés avec ses œuvres, a

C’estoil alors, quand, les chaleur» passées,

Le sale Automne aux cuves va foulant Le raisin gras dessoubs le pied coulant ,

Que mes douleur» furent eocominencréa.

Le paisan bal ses gerbes amassées.

Et aux caveoux ses bouillants muta roulant,

El des fruitier» son automne croulant,

Se venge lors des pciues adv..iKèes.

Seroit ce point un présagé donoé Que mon espoir est detjA moissonné ?

Non, certes, non. Mais pour certain, Je pense,

J’auray, si bien A deviner j’en tends,

Si km peuJt rien prognostique r du temps ,

Quelque grand fruicl de ma longue espérance.

J’ay veu ses yeulx perçant* , fau veu sa face claire;

Nul jamais, sans son daui, ne regarde les dieux:

Froid, sans cœur me laissa son œil victorieux,

Tout es lourd y du coup de sa forte lumière.

Comme un suri tris de nuiet aux champ», quand il cscUire, Estonné, se pollisl , si la fléché des cieulx Sifnaiit luy passe ctmin* et luy serre les yeul* ;

Il trembk: et vuuit transi Jupiter eu choie re.

Dy moy, Madame, au vray, dy moy, si les yeulx verts Ne sont pas ceulx qu'on U ici que l’amour tient couverts T Tu les a vols, je croy, la fois que je t’ay veue ;

Au moins 0 me souvient qu’il me feust lors advis Qu'amour, tout A un coup, quand premier je te vis, besbauda dessus moy et sou arc et sa veue.

CO dict maint un de moy, dequoy se plainct il tant, Perdant ses ans meilleur* eu chose si legicrc?

Qu’a il tant A t rier, si encore U espere ?

Et s’il n’espere rien , pnurquoy n’est il content ?

Quand j'estois libre et sain, j'en disou bien aulanL Mai» , certes , celuy IA u’a la raison entière ,

Ains a le cœur gaste de (|ueique rigueur flore ,

8'il »c plainct de ma plalnrtc, et mon mal il n'entcod.

Amour tout A un coup de cent douleurs me point ,

Et puis l'on m'advenu «pie je ne crie point.

Si vain je ne suis pas que mon mal s’agrandisse

A force de parler : s'ou m'eu peuli exempter.

Je quille le» sounets , je quille le chauler ;

Qui me delTeud le deuil, celuy IA me guérisse.

Quant A chanter ton los par fois je m’adventure,

Sam oser ton grand nom daus me» vers exprimer, Sondaut le molli* profond de reste large nier,

Je tremble de m'y perdre et aux rive» m'assure.

Je crains , eu louant mai , que je te face injure.

Man le peuple estouné d'ouir tant t'estimer,

; Ardent de te coguobtrc , essaye à te nommer ,

Et cherchant ton sainct nom ainsi à l'adveulure,

Esblouï n'atteint pas ft veolr chose si claire ;

Et ne le trouve point ce grossier populaire,

Qui, n’ayant qu'un moyen, ne veoit pas celuv là :

C'est que , s'il peult trier , la com|>araison faicte .

Des parfaictcs du monde, une La plus par fai rte,

Lors , s'il a voix , qu'il cric hardiment : la vuylA.

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