‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 96 sur 449 · III · texte numérisé non relu

III

Quand viendra ce jour Ik , que ton nom au vray passe Par France, dans mes vers? combien et quanlcsfols S'eu empresse mon cœur, s'en demangeut mes doigts? Souvent dans mes cscripls de soy mesme il prend place.

llaugrc rooy je l'escris, raaugré moy^e l' efface.

Quand Astréc viendroit , et la foy cl le drnict ,

Alors joyeulx , ton nom au monde se rond roi t.

Ores, c'est à ce temps, que cacher il te face,

C'est à ce temps ma lin g une grande vergoigne- Donc , Madame , taudis tu seras ma Dourdouigne. Toutefois laisse moy, laisse moy ton nom mettre ;

Ayc pitié du temps : si au jour je te mets ,

Si le temps ce cognoist , lors je le promets ,

Lors il sera doré, s’il le duibl jamais eslre.

O , entre tes beautés , que ta constance est belle!

C’est ce cœur asseuré , ce courage constant ,

C’est , part» y te» vertus , ce que l'on prise tant :

Aussi qu’est il plus beau qu'uue amitié Üdclle?

Or, lie charge donc rien de la sœur InOdelte,

De Veserc • ta sœur : elle va s'écartant

Tuusjours flottant inal seure cil m>ii cours inconstant.

Veoy lu comme à leur gré les vents se Jooént d'elle?

Et ne le repens point , pour droiel de (ou a U nage, D'avoir desjà eboisy la coustancc eu partage.

Mesme race porta l'amitié souveraine

Des bons jumeaux , desquels l'un à l'autre despart Du ciel et de l'eufer la moitié de sa part ;

El l'amour diffamé de la trop belle Hclcine.

Je veois bien, ma Dourdouigne, encor humble tu vas ; De te moostrer Gasconne en France, tu as boule.

Si du ruisseau de Sorguc ou fait ores grand coûte.

Si a U bien esté quelquefois aussi bas.

Veoys tu le petit Loir comme il liastc le pas?

Comme desjà paroi y les plus grands il se conte?

(t) La Filtre est une rivière qui se jette dans la Dordogne à Limeuil, à trois lieues de Belvcz, en Périgord. On a vu dans le sonnet précédent que La Boetie adoptait le uom de Dordogne pour designer celle qu'il aimait. J. V. L.4

Comme il marche haultain d'une course plus p rompit!

Tout à costé du Mince , et U ne s'en plaiuct pas ?

Cn seul olivier d'Arne , enté au bord de Loire,

Le faict courir plus brave et luy donne sa gloire i.

Laisse, laisse moy faire, et un jour, ma Dourdouigne,

Si je devine bien , on le cognobdra mieulx ;

El Garonne, et le Rhône, et res aultres grands dieux En auront quelque envie , et possible vergoigne.

Toy qui oys mes souspirs, ne roc sois rigoureux Si mes larmes à part toutes miennes je verse ,

Si mou amour ne suit cn sa douleur diverse Du Florentin transi le» regrets laugooreux ,

Xy de Catulle aussi , le folaslre amoureux ,

Qui le cœur de sa dame en chatouillant luy perce ,

Ny le sçavant amour du migregeois Properce * ;

Ils n'ayineut pas |K>ur moy, je ii'ayine \kxs pour eulx.

Qui pourra sur aultruy ses douleurs limiter :

Celuy pourra d'auliruy les plainctes imiter :

Chacun sent son tourment et sait ce qu'il end un* ;

Chacun parla d’amour ainsi qu'il l'enteiMlil.

Je dis oe que mon cœur, ce que mon mal me dict- Que celuy ayme peu qui ayme à la mesure !

Qooy! qu'est cc? ô vents! 6 nues ! 6 l'orage !

A poinct nommé , quand d'elle m'approchant ,

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