‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 98 sur 449 · LIVRE I, CHAP. XXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XXVIII

In soir, vaincu par les Dois rigoureux ,

Voyant dc«jà,ce vailiaut amoureux,

Que l'eau maistretseà son plaisir le tourne,

Pariant aux Dots , leur jecta ceste voix :

Pardonnez raoy maintenant que j’y veoys,

El gardez moy la mort, quaud Je retourne.

O cœur Ieger! 6 courage mal seur!

Penses tu plus que souffrir Je te puisse ?

O bonté creuze 1 ô couverte malice ,

Traistre beauté, venimeuse doulceur!

Tu eslols donc toujours sceur de ta soeur ?

Et moy, trop simple , U talloit que J'en fisse Cessa y sur moy , et que tard j'entendisse Ton parler double et tes chants de chasseur ?

Depuis le jour que j*ay prins ù l’aymer , q J’eusse vaincu les vagues de la mer.

Qu’est ce ineshuy que Je pourrais attendre ?

Comment de toy pourrais Je esirc content ?

Qui apprendra ton coeur d’est rc constant , puis que le mien ne le luy peu!! apprendre?

Ce n’est pas moy que l'on abuse ainsi ;

Qu’à quelque enfant ses ruses on employé ,

Qui n'a nul goust , qui n'entend rien qu’il oye :

Je sçay aimer , Je sçay haïr aussi.

Contente toy de m'avoir jusqu'kry Fermé les yrulx , Il est temps qne j’y voyc;

Et que roeshuy la» et honteux Je sore D’avoir mal mis mon temps et mon soucy.

Oserais tu, m'ayant ainsi traîne ,

Parler à moy jamais de fermeté?

Tu prends plaisir à ma douleur extreme ;

Tu me deffends de sentir mon tourment ;

Et si veulx bien que je meure en l'aymant.

Si je ne sens, comment veulx lu que j'ayme?

O I*ay je dlct? Hélas! l’ay Je songé?

Ou si pour vray j’ai dlct blasphémé telle?

S’a fauce langue, Il fault que l'honneur d'elle,

De moy, par moy, dessus moy, soit vengé.

Mon coeur chez toy, 6 ma dame, est logé :

Là , donne luy quelque gcénc nouvelle ;

Fais luy souffrir quelque peine cruelle;

Fais, fays luy tout, fors luy donner congé.

Or seras tu {Je le sçay) trop humaine,

Et ne pourras longuement venir ma peine;

Mais un tel faict, fault il qu'il se pardonne?

A tout le moins haull Je me desdiray De mes sonnets et me desmentiray :

Pour ces deux (aulx , cinq cents vrays Je t’en donne. Montaigne.

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