‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 99 sur 449 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

SI ma raison en moy s'est peu remettre.

Si recouvrer aslheure je me puis ,

Si j'ay du sens , si pins homme je suis ,

Je t’en merde , ù blon-heureuse lettre !

Qui m’eust ( hclas ! ) , qui m’eust sceu recoguoislre , 1/Ors qu’enragé, vaincu de mes ennuys,

En blasphémant ma dame Je poursuis?

De loin g , honteux , Je le vis lors paroislre,

O saine! papier! alors je me revins.

Et devers toy dévotement Je vins.

Je te don roi s un autel pour ce faict ,

Qu’on vist les traicts de ceste main divine.

Mais de les veoir auicun homme n’est digne;

Ny moy aussi , «'elle ne m'en cust faict.

J’estois prest <f encourir pour jamais quelque blasme ; De choiera eschauffé mon courage bruslolt ,

Ma foie voix au grc de ma fureur branioit ,

Je dospiiois les dieux et cucore ma dame :

Lors qu’elle de k>ing Jette un brevet dans ma flamme ; Je le sentis soubdain comme il tue rabilloil ,

Qu’aussi tost devant luy ma fureur s'en alloit ,

Qu’il me rciidoit , vainqueur , en sa place mou arae.

Entre vous , qui de moy ces merveilles oyez ,

Que me dictes vous d’elle? et. Je vous pri’, veoyez, S’ainsi comme Je fats, adorer je la dois ?

Quels miracles en moy pensez vous qu'elle face De son oeil tout puissant ou d'nn ray de sa face.

Puis qu’en moy firent tant les traces de scs doigts?

Je tremblais devant elle et attend ois transy.

Pour venger mon forfaict quelque juste sentence ,

A moy mrsnie consent du poids de mon offence,

Lors qu’elle me dict : Va , je le prends à tucrcy.

Que mon kxz désormais par tout soit esclaircy : Employé là tes ans : et sans plus, roeshuy pense D’enrichir de mon nom par tes vers neutre France; Couvre de vers la faulic et paye moy ainsi.

Sus donc , ma plume , U fault , pour jouyr de ma peine, Courir par sa grandeur d’une plus large veine.

Mais regarde à son œil , qu’il ne nous abandonne.

Sans ses yeulx , nos esprits se mourraient languissant*. Ils nous donnent le coeur, il» nous donnent le sens.

Pour sc payer de raoy , il faut qu'elle me donne.

O vous, maudits sonnets, vous qui printes l'audace De toucher à ma dame ! ô maJings et pervers ,

Des Muses le reproche et honte de me» vers .’

SI je vou* tels Jamais , s'il fault que je me face

Ce tort de confesser vans tenir de ma rare,

Lors pour vous les ruisseaux ne furent pas ouverts D'Apollon le dort , des Muses aux yeulx verts ;

Mais vous receut naissants TW phone en leur place.

Si fa y oncq quelque part & la postérité ,

Je veulx que fun et l'autre en soit déshérité.

Et si au fieu vengeur dés or je ne vous donne ,

C'est pour voos diffamer : vivez chelifc , vivez ;

Vivez aux yeulx de loua , de tout honneur privés ;

Car c’est pour vous punir qu'ores je vous pardonne.

trayez plus , mes amis, n’ayez plus reste envie Que je cesse d’aymer ; laissez moy , obstine. ,

Vivre et mourir ainsi, pub qu'il est ordonné :

Mou amour , c'eut le til auquel se tient ma vie.

Ainsi me dict la Fée -, ainsi en OEagrie Elle feit Mclcagre à l'amour destiné,

Et alluma sa souche à l’heure qu'il fcusl né ,

Et dict : Toy, et ce lieu , tenez vous couipaiguie.

Elle le dict ainsi , et la On ordonnée Suyvit après le fil de ceste destinée.

La souche ( ce dict l'on ) au feu (eut consommée ;

El dès lors ( grand miracle ! ) , en un mesme moment ,

On veid , tout à un coup , du misérable amant La vie et le tison s’en aller en fumée.

Quand tes yeulx conquérants estonné je regarde ,

J’y veoy dedans à clair tout mon espoir cscript ,

J’y veoy dedans amour luy mesme qui me rit ,

Et m’y montre inlgnard le bon heur qu'il me garde.

Mais quand de te parier par fois je me Itazarde ,

C’est lors que mon espoir deasdché se tarit ;

Et d’advoucr jamais ton œil qui me nourrit ,

D'un seul mot de faveur , cruelle , tu n’as garde.

Si tes yeulx sont pour moy, or veoy ce que je dis :

Ce sont ccutx lit , sans plus, & qui je me rendis.

Mou Dieu , quelle querelle en toy mesme se dresse ,

Si ta bouche et tes yeulx se veulent desroentir!

Mieulx vault, mon doux (ourmenl,mieulx vault les desparlir. Et que je prenne au mol de tes yeulx la promesse.

Ce sont tes yetilx tranchants qui me font le courage; je veoy saulter dedans la gave liberté ,

Et mon petit archer, qui mené a son costé La belle gaillardise et le (ilaislr volage.

Mais après , la rigueur de ton triste langage Me montre dans ton eœur la fiere honnestelé ;

Et condamné , je veoy la dure chasteté Là gravement assise et ta vertu sauvage.

Ainsi mon temps divers par ces vagues se passe ;

Ores son œil m'appelle , or sa bouche me chasse.

Mêlas 1 en cesl csirif, combien ay je enduré!

Et pub, qu'on pense avoir d'amour quelque asseuranee ; Sans cesse nuict et jour à la servir je pense,

Ky encor de mon mal ne pub estre asseuré.

Or, dis Je bien , mon espérance est morte;

Or est ce faiel de mon ayse et mon bien.

Mon mal et clair : maintenant je veoy bien,

J'ay espousé la douleur que je porte.

Tout me court su», rien ne me réconforté ,

Tout m'abandonne , et d’elle Je n’ay rien ,

Sinon tousjours quelque nouveau soustien ,

Qui rend ma peine et ma douleur plus forte.

Ce que f attend», c'est un Jour d’obtenir Quelques soosplr» de» gents de radveotrï Quelqu’un dira dessus moy par ptdé :

Sa dame et luy naquirent destinés ,

Egalement de mourir obstiné» ,

L’un en rigueur et Faoltre eu amitié.

J'ay tant vescu chétif, en ma langueur,

Qu’or j'ay veu rompre , et suis encor en vie ,

Mou espérance avant me» yeulx ravie ,

Contre l'cscueil de sa lierc rigueur.

Que m’a servy de tant d'an» la longueur T Elle u'est pas de ma peine assouvi») :

Elle s’en rit , et n’a point d'aullre envie Que de tenir mon mal en sa vigueur.

Doncquca l'aura)' , malheureux en a)mant ,

Tous jours un cœur , loueurs nouveau tourment. Je me sens bieu que j'en suis hors d'haleine ,

Prest à laisser la vie soubs le faix :

Qu'y feroU on , sinon ce que je lais T Piqué du mal , je m'obsliue en ma peine.

pub qu'aiusl sont mes dures destinées.

J'en saouleray, si je puis, mon soucy.

Si j'ay du inal , elle le veut aussi ; j’acconipliray me» peines ordonnées.

Nymphes des bob, qui avez, estunnée»,

De mes douleurs , je croy , quelque rnrrcy ,

Qu'eu pensez vous ? pub je durer aiusi ,

Si à mes niaulx trefves ne sont données ?

Or, si quelqu’une à m’escoutor s’endine.

Oyez , pour Dieu , ce qu'ore» je devine :

Le jour est près que mes forces jà vaines Ke pourront plus fournir à mon tourment.

C’est mon espoir ; si Je meurs eri armant , a donc, Je croy, blUiray je à mes peines.

Lors que lasse est de me lasser ma peine ,

Amour, d'un bien mon mal rcfrtschbsaut ,

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